‹ Le décollement de la rétineChapitre 48 sur 81 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Traitement des décollements rétiniens autres que le décollement

idiopathique.

Un grand nombre de décollements secondaires à d'autres affections de l'œil échappent à l'observation ophtalmoscopique, ou ne sont point passibles d'un traitement direct, lors même qu'ils peuvent être reconnus ; dans ce dernier groupe, il faut ranger ceux qui accompagnent les tumeurs intra-oculaires, gUomes et sarcomes, ou des états inflammatoires, comme des papillo-rétinites ou des sclérites. Certains soulèvements liés à des troubles circulatoires généraux (rétinite albuminurique) ou dépendant d'une affection

du voisinage (sinusites, abcès ou tumeurs de l'orbite) guérissent spontanément avec la cause qui les a provoqués : c'est le cas notamment des décollements rétiniens dus à la néphrite gravidique ; toutefois, s'ils paraissent vouloir se prolonger et mettre en péril le retour des fonctions rétiniennes, on peut admettre l'utilité d'une ponction évacuatrice de l'épanchement rétro-rétinien, mais c'est là une éventualité devant laquelle on se trouvera rarement.

Ce sont les décollements trauniatiques qui constituent le plus souvent de simples trouvailles d'autopsie ; ils s'accompagnent d'autres lésions si graves (hématome choroïdien, infiltration hémorragique ou inflammatoire du corps vitré, etc.), qu'elles excluent d'emblée toute possibiUté de traitement utile. Parmi ceux qui sont reconnaissables à l'ophtalmoscope, il faut individuahser chaque cas : si l'on note un cordon cicatriciel pareil à ceux que représentent les figures 1 B, 2 et 3, à Tab. XXXVIII, résultant de la pénétration d'un corps vulnérant et menaçant d'attirer une partie opposée de la rétine, on pourrait être tenté de le sectionner avec le couteau de Deutschmann pour la dilacération du vitré, mais les essais que j'ai faits dans ce sens ne m'ont point réussi, soit que le tractus ne se laissât pas diviser, soit que les tronçons sectionnés se fussent à nouveau rejoints. Au reste, les eflPets de tractions de ces cordons transvitréens peuvent se stabihser sans avoir abouti à une déchirure de la rétine, comme j'ai pu le constater à la suite d'une déchirure par pointe de flèche ; le soulèvement conique qui s'était formé dans la rétine, au point diamétralement opposé à la plaie d'entrée, s'est graduellement dissipé, en ne laissant qu'une cicatrice avec inégalités de pigmentation.

J'ai de même assisté à la stabilisation d'un décollement rétinien qui débutait à la suite de l'arrachement du point d'insertion d'un tractus consécutif à l'implantation puis à l'extraction par aimant d'un corps étranger métallique dans la rétine ; la raison de cet arrêt se trouvait dans la présence voisine de cicatrices chorio-rétiniennes. Lorsqu'un décollement semblable tend à devenir progressif par suite de déchirures localisées de la rétine, comme la fig. 1 A, Tab. XXXVIIl, en offre un exemple, une thermocautér-isation peut lui opposer une résistance suffisante (fig. 1 B) et paraît offrir, dans ce sens, plus de garantie que les autres procédés aptes à obturer les déchirures d'un décollement idiopathique. En revanche, quand l'effet des tractions cicatricielles a été un arrachement de la rétine à son insertion périphérique (fig. 3), les chances d'obtenir opératoirement une contreadhérence suffisante sont bien minimes.

Les plis rétiniens consécutifs à la rétraction cicatricielle d'une plaie perforante de la région cihaire peuvent aussi se stabiliser, mais j'en ai vu progresser lentement dans le cours d'une année de façon à intéresser peu

à peu, avec la région maculaixe, les deux tiers de la rétine sans qu'il s'y produisît une déchirure, car en ce dernier cas, l'extension du décollement se fût faite plus rapide. La thérapeutique me paraît impuissante contre cette progression des replis irradiants d'une cicatrice. Il serait bien aléatoire de tenter la transfixion de la rétine au delà de son point d'attirance pour limiter

Fig. 77. — Désinsertion supérieure de la rétine résultant d'une contusion par barre

de fer.

Les bords de la rétine désinsérée sont irréguliers. Une déchirure parallèle se voit dans le tissu rétinien.

ensuite par une ligne de barrage la grande déchirure ainsi produite, comme on le ferait d'une désinsertion.

La plupart des décollements traumatiques reconnaissables à l'ophtalmoscope résultent de contusions et sont marqués par un arrachement de la rétine à l'ora serrata ou dans son voisinage. Comme ils s'accompagnent souvent de trouble hémorragique du vitré, ils ne sont parfois reconnus que tardivement. Contrairement aux désinsertions non traumatiques, la déchirure rétinienne se voit habituellement dans la région supérieure de l'œil et ses bords sont plus irréguliers (fig. 77) ; on arrive cependant à l'obturer

opératoirement par un barrage d'adhérences de la même façon que les désinsertions spontanées ; les tliermoponctions m'ont procuré ici des résultats plus sûrs que les adhérences diathermiques, les deux procédés pouvant être d'ailleurs avantageusement combinés.

Somme toute, les décollements traumatiques passibles d'un traitement opératoire sont beaucoup moins fréquents que pour les formes idiopathiques ; étant donné les conditions très différentes dans lesquelles ils se présentent, je ne les ai pas compris dans mes statistiques, à l'opposé de plusieurs autres opérateurs. Je dois cependant spécifier à ce propos que j'ai uniquement classé comme décollements traumatiques ceux pour lesquels il fallait admettre que le traumatisme subi aurait vraisemblablement entraîné un décollement rétinien dans tout œil sain, de sorte qu'on pouvait le tenir pour la seule et unique cause du décollement.

Les cas, beaucoup plus nombreux, oii le traumatisme allégué par le malade ou supposé par le médecin (contusions légères, chocs ou ébranlements indirects, etc.) ne peut être admis qu'à titre de cause occasionnelle, ne différant point par l'aspect ophtalmoscopique des décollements dits idiopathiques, répondent aux mêmes indications thérapeutiques que ces derniers.

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