I. GÉNÉRALITÉS
Le décollement ou détachement de la rétine ne constitue pas, comme tel, une entité morbide ; il n'est, à proprement parler, qu'un accident anatomique susceptible de compliquer des affections oculaires très diverses. Ses causes sont multiples et souvent difficiles à élucider, d'autant plus que deux ou trois d'entre elles peuvent se combiner et agir dans un même cas (m, p. 285)1,
Ce qui caractérise anatomiquement le décollement rétinien, c'est la séparation plus ou moins complète de la rétine d'avec la choroïde ; toutefois, comme l'épithéUum pigmentaire demeure à la surface de la choroïde, il serait plus exact de dire que la séparation a Heu entre la couche des cônes et bâtonnets et celle de l'épithélium rétinien, l'espace pathologique ainsi formé étant occupé par un hquide séreux, hémorragique ou purulent, selon la nature spéciale du décollement.
Le terme de « décollement » est lui-même impropre en ce sens que la rétine n'est, à l'état normal, pas « collée » au plan profond ; ses seules attaches fixes se voient au niveau de la papille optique, dont ses fibres sont l'expansion, et sur le pourtour du cercle cihaire, à l'ora serrata, où elle cesse d'exister comme membrane nerveuse ; dans toute l'étendue de la zone intermédiaire, elle se trouve simplement appliquée à la surface de la choroïde par la pression du corps vitré. Quand il y a séparation des deux
' Les renvois de ce genre, sans nom d'auteur, se rapportent à mes propres publications, selon la liste qui en est donnée dans l'index bibliographique. Ils me permettront de ne pas m'attarder aux nombreux faits ou opinions que d'autres auteurs ont apportés comme nouveaux, mais qui se trouvaient déjà énoncés ou réfutés dans mes publications antérieures. J. G.
membranes ainsi apposées, on devrait donc parler simplement de déplacement de la rétine. Nous conserverons cependant l'expression de « décollement », puisqu'elle est consacrée par l'usage.
Les causes premières du décollement rétinien, dans son acception anatomique, peuvent être de nature traumatique ou non traumatique. Parmi les traumatismes, il faut surtout mentionner :
1° les contusions de l'œil avec ou sans rupture de la sclérotique ; 2° les plaies perforantes avec ou sans infection consécutive ; 3° le séjour d'un corps étranger dans l'ceil.
Quant aux formes non traumatiques du décollement rétinien, elles sont en relation avec des états pathologiques très variés, dont ^ oici les principaux :
aj Développement d'une tumeur intra-oculaire (gliome, sarcome, cysti-
cerque, etc.). \j^nj\~^ h) Troubles de circulation (rétinite albuminurique, stase ou œdème
papillaire, tumeur de l'orbite, rétinite exsudative de « Coats » ou
accompagnant la maladie de v. Hippel).
c) Processus inflammatoires intéressant les tuniques de l'œil ou les tissus voisins (rétinites métastatiques, choroïdites séreuses ou purulentes, sclérites, abcès rétrobulbaires, sinusites, etc.).
d) Epanchements hémorragiques dans le corps vitré ou à la surface de la rétine avec développement consécutif de membranes ou de tractus connectifs comme on les observe principalement dans les formes morbides connues sous le nom d'« hémorragies rétiniennes des adolescents », et de « rétinite proliférante ».
e) Foyers disséminés de choriorétinite ou de dégénérescence choriorétinienne dans les régions antérieures de l'œil avec décollement postérieur et rétraction plus ou moins avancée du corps vitré. La nature de ces altérations et leur rôle dans la production du décollement rétinien sont encore discutés.
Contrairement à une opinion assez répandue, la myopie ne peut être donnée comme une cause véritable de décollement, mais seulement comme une condition qui prédispose au décollement rétinien (m, p. 286) ; il n'existe en effet aucune forme de décollement qui soit spéciale à la myopie, >^v- ^^ et l'on voit des personnes très myopes qui échappent au décollement, tandis ir^ï I que cet accident atteint bien des yeux dont la myopie est faible ou même tout à fait nulle ^. De même, quand les deux yeux du malade sont myopi-
' D'après «ne statistique de Frœhlich portant sur 1193 personnes atteintes d'une myopie supérieure
I à 10 D., le décollement rétinien se serait trouvé, dans le 2 % des cas, avant l'âge de trente ans, et dans
le 6,5 °Q des cas après trente ans. Sur un total de 7940 myopes qu'il a examinés, Arruca (254 p. 17,)
en a vu 398 avec décollement rélinien, ce qui donne une moyenne de 5 ^q. L'influence de la myopie forte
est donc surtout marquée quand elle se combine avec la sénilité (voyez p. 121).
qiies à un degré différent, ce n'est pas toujours l'œil atteint de la myopie la plus forte qui présente le décollement.
La grande diversité des causes susceptibles d'entraîner un décollement rétinien fait prévoir que le mécanisme n'en saurait être le même dans tous les cas et que les désordres intra-oculaires qui en résultent présentent aussi de notables différences : c'est ce que nous confirment les examens anatomiques (ii et iv).