ACTE II, SCÈNE VI 8f
PAULETTE
Qu'il fasse ce qu'il voudra, pourvu qu'il ne me demande plus rien!
MARIANNE
Peut-être prolonges- tu excessivement la rancune?... Ne t'offusque point de ce que je vais te rappeler : un jour oh la nécessité t'y contraignait, il y a plus de deux ans, tu m'as révélé que tu n'étais pas, toi-même, sans reproche. Nous n'avons jamais reparlé de cela; et je voudrais croire que tu n'as eu là qu'une minute d'étourdissement dans ta vie. Je me permets une allusion pour tâcher que tu en retires une leçon d'indulgence, dont profiterait ton mari.
PAULETTE
Je n'ai pas oublié la circonstance, ni comment tu as fulminé, alors, contre la femme qui accepte de se partager.
MARIANNE
Oui, je me souviens. Mes sentiments là-dessus
sont inakérabies : à Tidée que des créatures de mon sexe subissent cette ignominie, mon instinct se soulève, ma chair frémit de répulsion... Pour ma part, je préférerais mille fois la fuite, le drame, la mort!...
PAULETTE
Approuve-moi donc d'avoir saisi le premier prétexte de ne plus être qu'à un seul.
MARIANNE
Mais je n'ai pas donné le conseil d'opter pour l'amant !... C'est à ton mari que tu te dois !
PAULETTE
Tu viens d'invoquer la voix de ton instinct. Le mien parle aussi. Et le baiser qu'il me dénonce comme le plus impur, ce n'est pas celui que la loi défend : c'est le baiser dont on n'a pas envie...
MARIANNE
Moi, j'estime si haut les pudeurs de la femme que je n'admets pas la possibilité, pour un homme,