ACTE I, SCÈNE III II
rapporté cela de mon existence chez les sauvages. Ne vous choquez donc point de la question que je vais vous poser.
MARIANNE
Dites I
GUILLAUME
Marianne, je vous aime, vous m'acceptez, vous êtes libre, nous avons l'approbation de votre chef de famille. Répondez-moi si vous laisseriez prévaloir, contre tant de droits, le scrupule qui tombe du ciel sur nous ?
Oh! mon ami! vous n'exigez pas de moi une rupture avec ma mère?
GUILLAUME
En effet! Je n'écoutais que ma passion. Je me suis exagéré l'écho qu'elle peut avoir en vous !
MARIANNE
Pourquoi ce ton de reproche et d'amertume?...
Lorsque vous m'avez offert de nous marier, je vous ai accueilli avec reconnaissance, avec tendresse. Mais, en même temps, je vous prévenais que vous songiez ainsi à vous donner une compagne dont les élans aveugles, les enthousiasmes fous étaient restés aux ronces de son chemin...
GUILLAUME
Je le reconnais : vous ne m'avez promis qu'un fidèle dévouement.
MARIANNE
Ce que mon cœur pouvait recouvrer, je vous bénis de me l'avoir rendu. J'en étais à la conviction que, sauf d'élever mon fils, je ne serais plus heureuse de rien. Vous m'avez vite persuadée que je pourrais l'être encore de faire votre bonheur... Ce n'est pas tout : vos flatteries ont bientôt ranimé mon pauvre orgueil, ces chères vanités de la femme que je croyais qu'on m'avait tuées. Mes idées devant vous, mes phrases pour vous se sont remises à faire de la toilette. L'impatience de vous attendre, la joie de votre présence, vos protestations, vos soins sont devenus comme des