ACTE 1, SCÈNE III I
fleurs quotidiennes, qui ont recommencé de sentir bon dans les heures de ma vie...
GUILLAUME
Marianne!...
MARIANNE
N*est-ce là que du dévouement, sans rien de plus vif ni de plus doux?
GUILLAUME
Ah! je suis sans doute ingrat, injuste, trop exigeant! Mais c'est que, moi, je vous adore avec la frénésie d'un premier amour!... Avant de m'être rapproché de vous, je ne me doutais pas que Ton fût sujet à concentrer sur un être unique tous ses rêves et tous ses appétits, tous ses délicieux espoirs et tous ses besoins de sacrifice. Il m'a fallu vous connaître pour apercevoir de quelles nuances subtiles, de quels chastes raffinements est composé ce qui mérite de s'appeler une Femme ! Et vous m'avez enseigné ma dignité d'homme, je vous dois le plus pur de moi-même
pour m'avoir fait éprouver que le respect peut égaler le désir !
MARIANNE
Le bien que vous me faites, en me parlant avec cette ardeur généreuse, je suis confuse de ne savoir vous le payer que par des petits mots!
GUILLAUME
Ces petits mots, comme vous dites, je saurais m'en contenter, si nous étions mariés. Je me résignerais à ce que les grandes expressions ne montassent jamais à vos lèvres, si vos lèvres étaient à moi... Mais, dans la difficulté où nous sommes, je frémis de mesurer, par votre langage, combien vos sentiments à mon égard sont limités!... Puisque vous n'enfreindrez pas Tordre de votre mère, je n'aurais plus que la chance de la voir céder à vos instances. Et vous n'aurez pas, hélas ! Tangoisse, l'exaspération, la douleur ^ qui seraient nécessaires! Vous manquerez de ces Ij plaintes, de ces cris, comme je me retiens de 1 vous en faire entendre, moi qui aime, moi qui souffre!...