‹ Le dédale, pièce en cinq actes, en prose. Représentée pour la première fois sur la scène du Théatre-Français, le 19 décembre 1903Chapitre 87 sur 130 · SCÈNE III Les Mêmes, VILARD-DUVAL · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les Mêmes, VILARD-DUVAL

VI LARD-DU VAL, intervenant.

Qu'est-ce que vous dites ?

MARIANNE, à son père.

Vous écoutiez?

VILARD-DUVAL, accablé.

Malheureuse!... C'est toi, ma chère fille! c'est toi qui en es là!

MARIANNE, à madame Vilard-Duval.

Il y a des déchéances qu'on n'avoue qu'à sa mère!... Cachez-moi!

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MADAME VILARD-DUVAL

Dans une crise aussi grave, ne faisons pas de secrets de femmes à ton père. Qu'il intervienne, en chirurgien. Nous avons à trancher.

VILARD-DUVAL, à sa femme.

Je VOUS ai interrompue quand vous lui rendiez le mauvais service de l'aveugler sur sa faute. Ou voulez-vous en venir?

MADAME VILARD-DUVAL, à son mari.

L'unique enfant dont nous soyons les grandsparents est né de M. de Pogis. Celui-ci est, devant Dieu, le seul mari de notre fille. Après ce qui vient de se passer, je déclare que personne ne doit être un obstacle entre eux. Je n'ai jamais reconnu M. Le Breuil pour mon gendre. A vous de réparer votre erreur, en sachant l'écarter de votre famille.

MARIANNE

Songez, ma mère, que je dois un terrible compte à Thomme dont vous parlez si aisément!

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MADAME VILARD-DUVAL, àsafiUe.

Ta situation me justifie quelque peu de prétendre actuellement à te conduire. (Avec douceur.) Tais- toi! (A Vikrd-Duvai.) Le mariage avec M. Le Breuil ne s'est fondé que sur un divorce. Déiruisez-le par le divorce.

VILARD-DUVAL

Vous vous égarez : lors même que Guillaume y souscrirait, Marianne ne pourrait pas ainsi s'appeler une seconde fois M°^^ de Pogis. Il faudrait qu'elle devînt veuve. La loi interdit de reprendre un ancien époux par le moyen d'un nouveau divorce.

MADAME VILARD-DUVAL

Alors, le malheur de notre fille est irréparable!... Si vous voyez, pour elle, une ligne droite à suivre, une conduite possible, indiquez-la!

VILARD-DUVAL, à Marianne.

Ecoute, mon enfant : Ta mère m'a forcé d'in-

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tervenir en un sujet où j'aurais souhaité que tout mon silence allégeât ta détresse... Puisque j'ai commencé, veux-tu que nous causions un peu plus?

MARIANNE

Ah! Je suis tombée si bas!... Dans l'hurnihation d'avoir aussi affaire à vous, je ne sentirai que du secours.

VILARD-DUVAL, avec autorité.

Tu as été victime d'une minute d'égarement. Tu viens d'entendre que ton premier mari ne saurait te rendre une situation légitime. Je ne te ferai donc pas l'injure de supposer que tu accepterais avec lui des relations clandestines.

MARIANNE

Non ! Je ne me traînerai pas dans une liaison furtive. Il me serait impossible de supporter l'existence dans des conditions inavouables. Je ne reverrai pas M. de Pogis.

MADAME VILARD-DUVAL; à sa fille.

Tu te flattes, quand il est dans la fièvre de sa

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victoire, qu'il ne la poursuivra pas!... Allons donc! Tu l'aimes. Vous vous aimez... Il n'a pas fini d'être sur ta route!...

MARIANNE

J'ai entrevu, depuis quelques heures, le moyen qu'on a toujours d'échapper à trop d'avilissement. J'ai déjà failli me tuer.

Oh!

MADAME VILARD-DUVAL

Chasse cette pensée abominable!... D'un caractère comme le tien, elle épouvante!

VILARD-DUVAL

Tu as un enfant, Marianne. Tu ne dois jam^ais perdre cela de vue. Ton devoir de vivre pour lui est supérieur à tout.

MARIANNE

Mon cher petit!... C'est la vision que j'en ai eue... Pardonnez-moi, vous deux!... c'est sa seule

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image qui m'a retenue, à Tinstant de me faire écraser sur les rails !

MADAME VILARD-DUVAL, àsonmari.

Vous l'avez entendue?... Comprenez-vous que nous côtoierons la catastrophe, tant que notre fille se débattra dans des considérations qui l'oppriment, tant qu'elle voudra lutter contre un amour qui l'appelle, qui l'attire, et qui a des droits!... M. le maire, avez-vous dit, ne redonnerait pas son agrément à un nouveau contrat avec M. de Pogis? Je me contenterais de nous savoir d'accord avec la vieille loi du bon Dieu!... (A Marianne.) Commence par te retirer du monde, auquel il ne faut jamais demander qu'il s'embarrasse de nos cas difficiles ou fâcheux. Cela fait, en face de toi-même, tu prononceras. J'aurai fini de te conseiller. Je ne me permettrai plus de te rien dire. Mais si tu te sentais alors l'audace exemplaire à laquelle je songe, c'est moi que tu aurais, cette fois, à ton côté. Je serais là pour dissuader qu'on te jette la pierre, pour te couvrir de mon honnêteté. Je te soutiendrais de tout le crédit que ma vie a mérité, je mettrais tout mon honneur à te défendre, le JQur où tu ne

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