UNE NUIT AU BOIS DE BOULOGNE
Voici ce que Viguiers lut dans les journaux :
« Hier matin, deux terrassiers en se rendant <( à leur travail, près de Billancourt, furent atti- « rés par des râles qui sortaient d'un buisson. « Ils s approchèrent et découvrirent un jeune (( homme étendu sur le dos, dans une mare de « sang. Des papiers trouvés sur la victime, dont « Vétat est des plus graves, permirent d'établir « son identité. C'est un nommé Mancel, musi- (î cien, demeurant rue des Ecoles où il demanda (( à être transporté. Il na pu donner que de va- « gués renseignements sur ses agresseurs. Le
« vol paraît être le mobile de cette lâche agrès- (( sion... etc. »
Une heure après Jacques était chez ManceL Les oiseaux de la vohère ensoleillée et pleine de nids, rivalisaient de virtuosité.
— Mon cher Viguiers, murmura le blessé avec un faible sourire, heureusement pour la Providence, que ses desseins sont insondables î
Il se tourna vers sa maîtresse.
— Jeune personne ne faites pas des signes désespérés à mon ami Viguiers et laissez-moi parler. Ces docteurs sont de cruels imbéciles. Je me sens bien mieux. Les journaux sont mal renseignés. Ils ont donné un récit fantaisiste de mon accident, car je n'ai pas même été assassiné. Un agent de pohce m'a envoyé, par mégarde, deux balles de revolver. On ne m'a pas dévalisé. Oui, figurez-vous. Les gamins de Billancourt m'avaient informé qu'un nouveau rossignol solfiait près du bois. Il y avait pleine lune. Je me promettais une nuit enchantée. Je me tenais sous un tilleul. La couleur du ciel, la branche sur laquelle était perché le compère, formaient une belle estampe japonaise. Soudain, un coup de sifflet... puis un autre... des appels. Pour la première fois, je songe que ces escapades présentent quelque danger — un bruit de lutte... les fortifications sont fort mal fréquentées au printemps... je croyais qu'un rêveur comme moi ne courrait aucun ris-