ÉGOÏSME
Vers minuit, Alfred de Musset, venant du théâtre, rentrait chez lui. La neige et it tombée
dans la journée ; Paris avait revêtu une pelisse de glace. Le froid était aigu et piquait la peau. Mussetj traversant le Pont-Neuf, était serré dans ses habits, et, les mains plongées dans les poohes, il filait rapide. Comme il laissait le pont pour prendre les quais, il rencontre un homme, vieux et grelottant, qui lui demande quelques sous.
Musset se dit que les mendiants sont nombreux dans Paris et qu'une foule de déclassés fait métier de quémander l'aumône. Il passe sans paraître faire attention au vieux, accoté frileusement contre le parapet des quais.
Au bout d'une soixantaine de pas, le .poète songe que peut-être ce lamentable va rester là, par la nuit claire et glacée, dans la neige. Il sent qu'il ne pourra dormir ou que son sommeil sera troublé par la vision de ce vieux aux cheveux blancs comme les flocons tombés. Il revient sur le chemin fait. Le mendiant était parti.
Le poète, inquiet, le cherche. Enfin, il le trouve près des Tuileries et lui remet tout l'argent qu'il a sur lui. — Il n'avait pas fait l'aumône par charité, mais par égoïsme, pour être content de lui.
Il faut être content de soi.
CROQUIS DE M[SERE 249