‹ Le défiléChapitre 26 sur 41 · PLUS TARD, LA FETE · texte numérisé non relu

PLUS TARD, LA FETE

Dans le vingtième arrondissement, impasse Ronce, n° 5, un ménage a huit enfants. Le mari seul peut travailler ; il est tabletier, aplatisseur de cornes pour les peignes, et gagne quatre francs par jour. Il lui faut avec cela payer un loyer de cent cinquante francs par an, nourrir sa femme et huit enfants. L'aîné a seize ans et, depuis un mois, est couché sur un grabat. Il a une fièvre typhoïde ; lorsquMl était en bonne santé il était occupé dans une fabrique de papiers de fantaisie, et rapportait, chaque soir, trente sous. A présent, une vingtaine de francs doivent suffire à entretenir, pendant une semaine, dix personnes.

La demeure de ces pauvres gens se compose de deux pièces. La porte d'entrée, au rez-de-chaussée, sur la cour, pleine de neige, n'a pas de vitres. La fenêtre non plus. Les carreaux sont mal bouchés avec des feuilles de papier. Le bois de la fenêtre est brisé en deux, elle s'avance dans la chambre et laisse passer la bise. Les volets sont fermés, mais ils ne joignent pas. Dans cette chambre es un lit. Autant s'étendre sur un banc, au dehors, que sur le matelas sale qui est là.

J'entre dans la seconde pièce. 11 est cinq heures du soir. Pas d'autre lumière que celle d'un feu qui luit dans un petit poêle. Encore un lit. Le fils y est couché, et, secoué par la fièvre, profère des paroles incohérentes. J'aperçois dans la pénombre, des silhouettes, et je me heurte à un berceau. Dans le berceau dort un bébé qui n'a que deux mois. Les silhouettes m'apparaissent plus distinctes. Ce sont, sur un espace de deux mètres carrées un garçon de treize ans, une fille de dix ans, une fille de huit ans, une fille de sept ans, un garçon de cinq ans, un gosse de trois ans. Dans la journée, quelqu'un avait donné vingt sous à la mère. Elle avait acheté du charbon et de la viande pour son fils aîné malade. Il avait une fièvre de cheval, et elle faisait pour lui un bouillon de cheval. La livre de rossinante ne coûte que cinq sous.

J'allais partir, le cœur soulevé, lorsqu'une gamine est entrée. Elle venait de l'école. Tonte gentille, sa tête mignonne recouverte en arrière par une capeline usée, elle avait deux grands yeux bleus, au-dessus desquels flottait son éblouissante chevelure blonde poudrée de neige.

Que deviendra, dans dix ans, celle jolie peiile fille?

Elle était heureuse de voir la terre blanche ; elle ne songeait pas au froid et à la faim.

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