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LE MERLE PAUVRE

Voyons, vous tous, qui mangez à votre appétit, qui buvez à votre soif, qui dormez dans des lits bien chauds, il y a trois cent mille individus dans Paris, qui n'ont rien à mettre, entre les dents, que leurs poings^

Je ne veux pas être un fauteur de révolutions.

CROQUIS F>K MISKRE 255

Mais que diriez-vou^, ducs, comtes, marquises, baronnes, bourgeois, employés, commerçants, si toute cette bande, l'estomac vide et voulant du pain à triturer, venait à descendre sur les boulevards, à piller vos hôtels, vos maisons, vos magasins, si tousces pauvres gens demandaient à vivre — puisqu'ils sont nés. Vous les feriez fusiller, et vous auriez raison. Mais ils n'auraient pas tort, peut-être.

Une de ces familles, ou les enfants pullulent, où le pain manque, a, dans une cage suspendue au plafond, près de la fenêtre, un merle. Le mari, qui creuse des trous au cim.etière du Père-Lachaise, pour les fondations des monuments, a trouvé, dans le cimetière, l'autre matin, ce merle, blotti au pied d'un arbre, au milieu des feuilles tombées, les pattes repliées dans les plumes du ventre, la tête cachée sous l'aile. Il avait froid, sentant la neige prochaine, et, d'avance, s'était mis dans une fosse de feuilles. Le terrassier a pris le merle, pour le lâcher dans le cimetière, quandyretourneralesoleil. Maintenant, il est dans une cage. Le père, sans ouvrage, les enfants, petits garçons et petites filles, — lorsque la mère a apporté de chez le boulanger quatre sous de pain à crédit, toute la subsistance pour une journée,

— ôtent quelques miettes et les donnent au merle.

Vous tous, gens riches de Paris, voici des pauvres bien tranquilles, bien doux, tapis dans des mansardes sous les toits et prêts à mourir, si vous n'avez pitié d'eux. Les enfants ont des cheveux blonds et des yeux bleus, comme les enfants que vous avez. Tous, ceux-ci et ceux-là, se ressemblent.

Ils doivent être de même nature.

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