LA VIEILLE AUX POUX
Au deuxième étage, 16, rue de Charonne, une vieille aux cheveux blancs habite et pourrit dans le tambour de l'escalier, dans une niche de chien, au milieu d'un tas de torchons et de ses ordures. Le tambour a, comme largeur et grandeur, un mètre à peine. La vieille demeure là, assise, jour et nuit, sur un fauteuil cassé. Hâve et mangée par la vermine, elle dit à ceux qui avancent la tête dans sa niche :
— N'approchez pas trop, parce que j'ai des poux.
Des ouvriers serruriers^ dont l'atelier est au rez-de-chaussée, la nourrissent avecles restes de leurs repas. Le voisin, un pauvre ouvrier qui lui donne rhospitalilé du tambour, nous montre, par la lucarne du palier, unca^-aquin delà vieille sur la neige couvrant un toit de hangar. Denis Poulot, le maire dn vingtième arrondissement, était avec moi. Nous avons aperçu, le long des coutures des manches, plus d'un millier de poux gelés. J'avais des nausées, en descendant, et nous serrions les coudes contre le corps pour ne pas frôler la muraille.