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L^INVASION SUISSE

L'incohérence —idée fort originale de M. Jules Lévy et très réjouissante en sa primeur — n'est plus de mode ; c'est un vieux jeu. Aujourd'hui, tout à la décadence. Ceci a tué cela, par la main des Suisses. — Comment des Suisses, des marchands d'horloge et de cascades ?

Oui, Guillaume Tell.

Ils n'écoutent plus le conseil de Tœpfer, les bons Suisses, les doux Suisses :« Si j'étais artiste, artiste de talent.je m'efforcerais de chercher et de trouver ma réputation ici, à Genève ; j'aimerais mieux y marcher parmi les premiers de l'endroit que là-bas, à la queue... » Car ils viennent tous à Paris maintenant, les jeunes Suisses. — L'invasion des Helvètes ! Gare I

Ces naïfs ont pris au sérieux quelques plaisanteries hermétiques, mystifications divertissantes

d'un poète français qui a de Tesprit, beaucoup d'esprit, M. Mallarmé.

La preuve de sa fantaisie est dans ses adresses en vers que les facteurs ébahis gardent longtemps sous le nez :

Monsieur le comte de Villiers De l'Isle-Adam (qu'on serait aise De voir parmi mes familiers ;) A Paris, place Clichy. seize,

Et cette autre suscription d'un billet à une très belle et très charmante femme, Méry Laurent, dont la chevelure d'or figure, sur sa tête gracieuse, « comme un casque guerrier d'impératrice enfant » :

Madame la propriétaire Du neuf, boulevard Lannes, coin De verdure ample et solitaire, Dont mon esprit n'est jamais loin.

Les Suisses sont venus ; ils n'ont rien compris à la finesse de M. Mallarmé ; mais ils ont passé de longues veilles à lire, à élucider ce poème discret : l'Après-midi d'un faune.

Ajoutant le pessimisme au suggestif, empruntant à leur modèle le bizarre des tournures et l'obscurité voulue, sans arriver jamais à l'esquisse essence qui, des fois, s'exhale du flacon opaque — avec gravité, avec candeur — ils dé-

clarent aujourd'hui, sans rire, la France décadente, au nom de la Suisse !

Paris, cité de bon sens et de malice, ils l'ont déjà appelé: « le Badaudois». C'est une scène pour les revues de fin d'année, la France conquise par le fromage de Gruyère, déliquescent. La décadence, au son du Ranz des vaches 1 Un rêve !

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