LETTRE IV
SUR LA VOIE DONT niEU VEUT SE SERVin. POHR NOUS FAIRE CONNOÎTRB LA RÉVÉLATION, OU SUR l'aUTOKITÉ DE l'ÉGLISE.
Ce seroit en vain , Monsieur, que Dieu auroit éclairé les hommes par une lumière surnaturelle, s'il ne leur avoit donné des moyens sûrs pour connoître quelle est la doctrine qui les oblige de croire et de professer. Conséquemment, ce n'est pas assez d'avoir montré l'existence d'une révélation, et la solidité des preuves sur lesquelles elle est établie ; il reste encore à savoir où l'on en peut trouver le dépôt, et ce qu'elle nous apprend. 11 n'est que deux voies pour y parvenir : l'examen des dogmes qu'elle nous propose, c'est le moyen auquel vous vous arrêtez, et dont se servent les protestants ; l'examen de la mission ou de l'autorité de ceux qui enseignent , c'est la méthode qu'ont retenue les catholiques.
J'ai déjà montré dans les lettres précédentes, que dans
I Emile, t. a , p. 3a5 , et Letlr. , p. 38.
102 LE DÉISMF.
riiypolhèsc que Dieu a révèle des dogmes obscurs et incomprélicnslbles. hypothèse où nous sommes certainement, l'examen de ces dogmes est non-seulement impraticable, mais encore ridicule; que quand il serolt proporllontie aux savants, ce qui n'est point, il seroit impossible au peuple, c'est-à-dire, aux trois quarts du genre humain. Dieu en faisant prêcher la religion chrétienne ne l'a point soumise aux recherches de la raison, dont elle passe les lumières : nous renvoyer à ce seul tribunal , c'est anéantir la foi et l'autorité de la parole divine. Cette religion sainte doit se perpétuer par le même moyen dont Dieu s'est servi pour l'établir : or elle s'est établie par la croyance à la mission et à l'autorité de ceux qui l'ont prêchée : il ne s'agit donc encore aujourd'hui que de s'assurer si cette mission et cette autorité sont toujours subsistantes.
11 s'en faut donc beaucoup que la question de l'autorité de l'Eglise soit aussi obscure et aussi difficile que vous voulez le persuader. C'est un des articles sur lesquels vous défigurez le plus la croyance catiiollque. Vous trouvez mauvais que M. l'archevêque de Paris, dans son mandement, n'en ait point détaillé les preuves; cela n'étolt pas nécessaire , parce que ses diocésains, auxquels il parloit, en sont convaincus. Mais je vous les donnerai. Monsieur, je m'y suis engagé d'avance.
Commençons par vous écouter vous-même, ou plutôt votre organe ; que ce soit vous, ou que ce soit le Vicaire savoyard qui parle , cela est fort égal. Nos catholiques, ditil , font un grand brait de l'autorité de l'Eglise; mais que gagnent-ils à cela , s'il leur faut un aussi grand appareil de preuves pour cette autorité qu'aux autres sectes pour établir directement leur doctrine? L'Eglise décide que l'Eglise a droit de décider. Ne voilà-t-il pas une autorité bien prouvée ? Sor^ iez de là, vous rentrez dans toutes nos discussions '.
Ce vicaire est fort mal instruit ; l'autorité de l'Eglise ne demande point un grand appareil de preuves. Pour Teta-
lEmile, t. 3, p. i5a. Lettr. ,p. laa.
RÉFUTÉ PAR LUI-MÊME." Io3
Lllr, il n'est question que de prouver la mission des pasteurs et leur descendance incontestable des apôtres.
Je vous ai montré que la mission des apôtres est certaine par les monuments qui en subsistent : or, ces monuments attestent de même la mission de leurs successeurs ; la mission de ceux-ci est donc aussi certainement établie que celle des apôtres. De même que Jésus-Christ a envoyé ses apôtres, ceux-ci ont envoyé des pasteurs, et ils les ont envoyés pour remplir le même ministère dont ils étoient euxmêmes chargés. Le corps apostolique, c'est-à-dire, le corps des envoyés de Jésus-Christ, n'a jamais été dissous ni interrompu; ceux qui le composent aujourd'hui, remontent par une succession continuelle de mission , jusqu'aux apôtres et à Jésus-Christ. L'Eglise ne peut subsister sans la prédication de l'Evangile , et cette prédication , selon saint Paul , ne peut se faire sans mission : comment prêcheront- Us, s'ils ne sont envoyés^? Par conséquent le corps des envoyés doit subsister autant que l'Eglise ; et sans ce corps l'Eglise ne subsisteroit plus.
De ces vérités le simple fidèle forme un raisonnement également clair et persuasif. Il est aussi certain que les apôtres ont envoyé des pasteurs pour leur succéder, qu'il est certain qu'ils ont fondé des églises ; donc il est aussi certain que les pasteurs d'aujourd'hui sont envoyés par les apôtres et par Jésus-Christ , qu'il est certain que ces églises ont toujours subsisté et subsistent encore; donc ma foi est aussi certaine , aussi assurée , en croyant à l'enseignement des pasteurs de l'Eglise, qu'elle l'auroit été en croyant à la prédication même des apôtres.
Il n'est ici besoin , Monsieur, ni de livres, ni d'érudition ; le simple fidèle voit dans le ministère et la mission de ses pasteurs la même certitude qu'il aperçoit dans toutes les charges et les emplois de la société, c'est-à-dire, une certitude morale, poussée au plus haut point d'évidence auquel cette certitude puisse atteindre : et ce privilège est
^ hom,, 10, i5.