‹ Le déisme réfuté par lui-mêmeChapitre 12 sur 42 · I04 I^E DÉISME · texte numérisé non relu

I04 I^E DÉISME

tellement propre à l'Ej^lise catholique, qu'aucune autre secte ne peut le lui disjjuter ni se l'approprier; je le montrerai bientôt.

Rien n'est donc plus clair que la fausseté de votre proposition : qu'iljanl un aussi grand appareil de preuves pour cette autorité qu'aux autres sectes pour établir directement leur doctrine. Les autres sectes ne peuvent ctaLlir leur doctrine que sur des textes de l'Ecriture ; et, selon vous-même, il n'en est aucun sur lequel on ne puisse disputer, et qui n'engage à des discussions infinies. L'autorité de ['Kj^lisc est démontrée par de simples faits sur lesquels on ne peut former aucun doute raisonnable.

11 est encore plus faux que nous fassions ce raisonnement : l'Eglise décide que l'Eglise a droit de décider; ni qu'aucun théologien ait jamais procédé de cette manière; l'assertion vague que vovis faites du contraire , est une calomnie i. Mais noiT5 disons que, par une possession de plus de dix-sept cents ans, l'Eglise catholique jouit du droit de décider; qu'elle Ta exercé depuis les apôtres, aussi constamment et aussi évidemment, que le parlement de Paris a exercé le sien depuis son institution ; que si ce droit étoit abusif, c'est aux apôtres mêmes et à Jésus-Christ qu'il faudroit imputer cet abus.

Comme les apôtres ne pouvoient prêcher, ni dans tous les temps, ni dans tous les lieux, ils ont envoyé des disciples pour fonder des églises, comme ils en avoient fondé eux-mêmes, pour y exercer le même ministère, la même autorité dont ils étoient eux-mêmes revêtus; ils ont ordonné aux fidèles d'écouter leurs pasteurs et de leur obéir, comme on leur obéissoit à eux-mêmes. Ces pasteurs , ainsi associés aux apôtres , en ont choisi d'autres pour exercer , avec eux et après eux , les fonctions apostoliques. Ce corps

» Lettr. , p. 122.

des envoyés de Jésus-Christ est donc perpétuel par sa nature avec tous ses privilèges. En se donnant de nouveaux membres , il transmet successivement la même autorité qu'il tient de Jésus-Christ. Cette autorité toujours solidaire ne peut recevoir d'accroissement ni de diminution ; elle est la même après dix-sept siècles. Si l'Eglise, au temps des apôtres , a eu le droit de décider , elle le possède encore aujourd'hui; si on conteste ce droit aux apôtres mêmes , il faut donc supposer qu'ils l'ont usurpé, puisque certainement ils ont décidé.

Je pourrois me borner à cette preuve , elle suffit pour apaiser tout homme non prévenu ; mais pour vous , Monsieur, il faut quelque chose de plus : après avoir établi l'auiorité de l'Eglise sur le fait, il faut l'appuyer encore sur le droit, et vous montrer que ce que Jésus-Christ a fait , il a dû nécessairement le faire.

Lorsque .Tésus-Christ a fondé son Eglise , ce nétoit paS pour quelques jours ou quelques années. Ce grand ouvrage, annoncé depuis tant de siècles » préparé avec tant d'appareil , opéré par tant de prodiges , ne devoit pas être une institution passagère , mais un établissement durable. Convenoit-il à la sagesse de Dieu de bouleverser l'univers, pour ne montrer aux hommes qu'une lumière momentanée, prête à disparoître comme un éclair? Or , l'Eglise de .Tésus-Christ ne pouvoit subsister sans une autorité toujours vivante pour enseigner , pour terminer les disputes , pour proscrire les erreurs ; donc Jésus-Christ , dont la sagesse ne se démentit jamais , devoit établir cette autorité. Cette Eglise no pouvoit subsister que par la profession constante de la doctrine de .Tésus-Christ ; rappelez-vous , Monsieur, en quoi consiste cette doctrine, et ce que vous y avez remarqué vous-même, d'un côté des dogmes incompréhensibles, de l'autre une morale pure et parfaite : or, une aulorité visible étoit également nécessaire pour maintenir la foi des uns et la pratique de l'autre ; donc la perpétuité de l'Eglise exigeoit nécessairement cette autorité.

Il étoit aisé de prévoir que l'orgueil de la raison s'élève-

rolt bicntAt contre la croyance des mystères , que Taudacc des passions ne tarderoit pas à lutter contre la sévérité des prccoples: quel autre moyen de réprimer leurs attentats, qu'un tribunal toujours subsistant, cl»ar};;é de conserver ce double dépôt, de prévenir toute altération dans la foi , et toute corruption dans la morale , de condamner également les dépravateurs de Tune et de l'autre? Les fastes de l'E^^lise ne prouvent que trop bien la nécessité de cette précaution : l'histoire de dix-sept siècles n'est autre chose que le récit de ses combats ; ils ont commencé du temps même des apôtres.

Bayle , qui a senti la force de cette preuve , a cherché à l'éluder. 11 prétend que l'utilité et la nécessité de l'infaillibilité de l'Eglise ne suffisent pas pour démontrer quelle a |véritablement ce privilège; autrement, dit-il, on pourroit conclure que chaque évêque, et même chaque curé est infaillible , parce que cela seroit nécessaire pour mieux assurer la foi des fidèles i.

i.° Bayle reconnoît donc la nécessité absolue de cette infaillibilité; puisqu'il avoue au même endroit que, sans ce caractère , l'Eglise est incapable de terminer aucune contestation en matière de foi. 2.° Cette infaillibilité est prouvée d'ailleurs par la conduite que l Eglise a tenue constamment depuis les apôtres, comme nous l'avons observé. 3.° La conséquence que Bayle veut en tirer est fausse. Pour rendre la foi certaine , il suffit que chaque fidèle ait une entière certitude que son curé et son évêque ne lui proposent point une autre créance que celle de l'Eglise universelle : et ce fait lui est évidemment démontré, comme nous l'avons vu.

Vainement prétendriez-vous , avec vos frères les calvinistes , que l'Evangile suffit pour conserver la doctrine de Jésus-Christ et la société de ses disciples. C'est le sens même de l'Evangile qui est l'objet de toutes les disputes ; et , selon vos propres observations , cela ne pouvoit être

I Tome a, Gritiq. dcTHist. du calvin. Lettre 39, § 10, 1 1 et la.

autrement. Jamais on ne s'est avisé de croire qu'un corps politique piit subsister par le secours muet d'un code de lois, sans magistrats charges d'en faire l'application , et d'en fixer le vrai sens : il etoit réservé à la réforme d'enfanter ce système ridicule, et de nous peindre Jésus-Christ comme le plus imprudent de tous les législateurs.

Quand l'Evangile suffiroit seul pour fixer la croyance des savants, ce qui n'est pas; de quel usage peut-il être pour les ignorants , pour ceux qui ne savent pas lire? Comment enlendronl-ib la doctrine de Jésus-Christ , si personne ne la leur prêche ^ ? et seront-ils obligés de croire le prédicateur , s'il n'est revêtu d'une autorité divine?

Mais il faut vous entendre parler vous-même , et voir un nouvel exemple des contradictions qui vous sont si familières. Les Livres sacrés sont écrits en des langues inconnues;.... ne voilà -t- il pas une manière bien simple d'instruire les hommes , de leur parler toujours une langue qu'ils n entendent point? On traduit ces livres , dira-t-en ; belle réponse! Qui m'assurera que ces livres sont fidèlement traduits; qu'il est même possible qu ils le soient; et quand Dieu fait tant que de parler aux hommes, pourquoi faut -il qu'il ait besoin d'interprète^? Les livres sont des sources de disputes

intarissables ; le langage humain n'est pas assez clair.

Dieu lui-même , s'il daignoit nous parler dans nos langues , ne nous diroit rien sur quoi l'on ne pût disputer^.

On ne peut pas mieux prouver , ce me semble , qu'une écriture muette et souvent fort obscure , n'est pas l'uni-r^ie moyen dont Dieu a voulu se servir pour nous enseigner les vérités révélées ; qu'il falloit un oracle toujours vivant pour instruire les ignorants et pour terminer les contestations qui pourroient naître sur le véritable sens des Livres saints ; que toutes les disputes de religion ne sont venues

« Jîowi., :o, i5. — a Emile, t. 3, p. i5a — 3 Lcttr.,p. yS.

io8 T. r, nlf.isME

que (le l'obstînalion de quelques hommes à rejeter renseignement public de l'Eglise, pour s'attacher au sens partirulicr qu'ils donnoiout au texte de l'Ecriture : en un mot, on ne peut condamner plus clairement le principe fondamental de la reforme que vous feignez cependant de suivre' , qu'il faut s'en tenir uniquement à l'Ecriture , pour savoir ce que l'on doit croire ; et plusieurs protestants habiles ont déjà été forcés de faire les mêmes aveux 2.

(>'est donc avec raison que M. l'archevêque de Paris vous a soutenu , que la conslilullon du christianisme et l'esprit de l'Evangile tendent à démontrer l'autorité et l'infaillihUité de l'Eglise : vous traitez cette proposition de discours vague , qui ne démontre rien^; je viens de vous faire voir le contraire.

Quand ces raisons ne scroient pas évidentes par ellesmêmes , les événements nous en auroient fait sentir la vérité. Qu'est devenue l'unité de la foi chrétienne dans toutes les sectes qui ont rejeté l'autorité de l'Eglise, et qui ont prétendu que le texte seul de l'Ecriture devolt fixer leur croyance? Bientôt divisées en autant de partis qu'il s'est trouvé d'hommes capables de s'attacher des disciples, elles ont senti par leur propre embarras l'inconvénient de leur principe. Une division est devenue le germe d'une autre division , et un parti a produit de nouveaux partis. Etonnées de la rapidité du torrent qui les entraînoit, elles ont été forcées d'y opposer une digue ; elles ont osé attribuer à elles-mêmes et à des pasteurs sans mission cette autorité qu'elles avoient contestée aux successeurs des apôtres , et se contredire ainsi à la face de l'univers. Cette inconséquence n'a rien opéré que leur honte et la confirmation du dogme catholique. Après avoir mis en pièces l'Evangile, il a fallu , par un enchaînement de conséquences , en venir à la tolérance universelle , à fraterniser avec les Juifs et les mahométans ; et nous verrons que cette belle ressource est

t l,ettr. , p. 57. — ^ Ba) le , t. 2 , Supplc'm, du comment, phllcs. , c. 1 1 et la. La Chapelle, r^éccssité du rulte public, tome a, p. 186. — î Lettr. , p. ia3.

lïEFUTE PAR LITI-MKMK." IO9

la (Icstrucllon infaillible de toute foi et de toute religion.

Voilà , Monsieur, comme Ion s'égare , des que l'on abandonne un moment le principe d'unité que Jésus-Christ a établi. C'est encore ce que vous a, représenté M. l'archevêque de Paris, lorsqu'il vous a fait envisager les erreurs et la faiblesse de l'esprit humain, comme une nouvelle raison qui exige l'autorité de TEglise. Votre propre exemple en est une preuve trop frappante; il devroit intimider pour jamais ceux qui seroient tentés de s'écarter de l'unique voie par laquelle .Tésus-Christ a voulu nous conduire à la vérité.

Qu'avcz-vous donc fait, en invectivant avec tant d'amertume contre les divisions en matière de religion? Vous avez mis au grand jour les suites funestes de voire principe, qui est celui de tous les sectaires; vous nous avez fait comprendre ce que nous savions déjà , que du moment où Ton abandonne le centre de l'unité dans la foi, c'est-à-dire, l'enseignement public et uniforme de l'Eglise , la religion n'est plus qu'un cliaos ; que ce lien sacré , loin de servir à réunir les hommes, ne sert plus qu'à les diviser et à faire leur malheur. C'est l'esprit particulier qui a été la source de toutes les hérésies , de tous les schismes et de leurs suites, et qui lésera jusqu'à la fin dessiècles. A tousces maux, la tolérance que vous prêchez , est un palliatif, et non un remède ; nous le verrons dans la lettre suivante.

\ous me demanderez peut-être pourquoi, en établissant l'autorité de l'Eglise , je n'ai point suivi la méthode ordinaire des théologiens qui la prouvent par l'Ecriture. Faites réflexion , Monsieur, qu'il faut raisonner différemment, selon les principes divers que suivent les adversaires que l'on veut convaincre. Lorsqu'il a été besoin d'établir l'autorité de l'Eglise contre les protestants , comme leur dogme fondamental est que l'Ecriture seule doit servir à décider les questions en matière de foi , les contres

IIO T.E DF.ÎSMF.

vcrsistes callioliiiiics sp sont allaclu's principalement à de'monlrer raulorité de l'Eglise par rKcrllure. C'etoil alors en terme de l'école, un argument ad horninern; mais ils n'ont pas pas prétendu renoncer aux autres preuves que l'on peut apporter de cette même vérité.

(^)uand il s'agit de la prouver à ceux qui n'admettent, ni l'autorité de l'Eglise , ni celle de l'Ecriture , il faut nécessairement suivre un ordre différent. INous soutenons qu'alors il faut commencer par prouver l'autorité de l'Eglise, et nous la prouvons, comme je l'ai fait , par la mission même des apôtres et de leurs successeurs , par la constitution du christianisme, par la nécessité d'un centre d'unité dans la foi. INous nous en servons ensuite pour appuyer tous les dogmes catholiques, et en particulier l'authenticité et la divinité de l'Ecriture ; nous prétendons même que cette authenticité et cette divinité ne peuvent être solidement étahlies sans l'autorité de l'ïlglise. Ainsi le pensoit saint Augustin , lorsqu'il disoit : Je ne croirois pas à l'Evangile si l autorité de l'Eglise catholique ne m'y déterminait pas ^ .

Que répliquent à cela les protestants? Ils nous reprochent de tomber dans un cercle vicieux ; de prouver l'autorité de l'Eglise par l'Ecriture , et l'Ecriture par l'autorité de l'Eglise 2.

Le ridicule de cette accusation saute aux yeux. Ce que l'on appelle un argument ad homincm, est-il un cercle vicieux ? La preuve de l'autorité de l'Eglise contre les protestants par l'Ecriture , est un argument de cette espèce , c'est-à-dire , tiré de leurs propres principes. INous leur disons : vous Messieurs , vous faites profession de regarder l'Ecriture comme un livre divin , et comme la seule règle de votre foi : que vous ayiez raison ou tort , c'est ce que nous n'examinons pas à présent : or l'Ecriture enseigne

• Lib. contra Ep'ist.fundam., c. 5. — * Eay'.e, tome i. >"ouv. de la Rc'pub. de* Lettres , nov. 1684 1 art. i , p. i6i ; tome 2, Critique de l'Histoire du calvln» teitrc 38, § 1 1 et 13 , p. i3i, Dict. criti<j. art. Nicole, G. et Peiisson, D,

l'autorité de TE^^lise, et on vous le montre par un grand nombre de passages ; donc cette autorité est prouvée par vos propres principes. Si vous n'admettiez ni l'Eglise , ni l'Ecriture , nous nous y prendrions autrement. Encore une fois , est-ce là un cercle vicieux:*

Quel est donc Tordre que suit un catholique dans l'examen des principes de sa foi? Convaincu en premier lieu de l'autorité de l'Eglise, par les principes évidents que j'ai tâché d'établir, et par le sentiment de son propre besoin , persuadé ensuite de la divinité des Ecritures par l'enseignement de l'Eglise, il voit avec satisfaction dans ces Ecritures mêmes les passages qui attribuent à l'Eglise son autorité. Il en est confirmé plus efficacement dans sa croyance ; et indépendamment des preuves qu'il avoit déjà, il croit l'autorité de l'Eglise, sur le témoignage de la parole de Dieu. Il ne tombe point alors dans le cercle vicieux , parce qu'il est parti d'abord d'un principe différent , et que deux preuves qui se soutiennent l'une l'autre , ne portent point à faux, quand l'une des deux est encore soutenue suffisamment d'ailleurs.

Vous voyez , Monsieur, que malgré tant de calomnies et de clameurs, il n'y a rien que de juste et de régulier dans cette méthode. Ces principes une fois établis, vos objections qui n'ont plus le mérite de la nouveauté, tombent déjà d'elles-mêmes , et ne sauroient plus nous arrêter long-temps.

Parmi tant de religions dii^erses gui se proscrivent et s' ex* clueni mutuellement, une seule est la bonne, si tant est gu une le soit. Pour la reconnoîlre , il ne suffit pas d'en examiner une, il faut les examiner toutes; et dans quelque matière que ce soit, on ne doit point condamner sans entendre ; il faut comparer les objections aux preuves; il faut savoir ce que cho^ cun oppose aux autres , et ce qu'il leur répond^,

f Emile, t. 3, p. 1461

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