‹ Le déisme réfuté par lui-mêmeChapitre 15 sur 42 · I2Q LE DÉISME · texte numérisé non relu

I2Q LE DÉISME

rautorlle de l'Eglise ne puisse être prouve'e que comme tout autre tl(){i;ine particulier, et suivant la méthode des protestants, par l'Ecrilurc; du moins le catholique n'a que ce seul pointa examiner; dès qu'il est une fois décide, tout le reste se termine par une simple conséquence : tout ce <jue l'Eglise enseigne est la vraie doctrine de Jesus-Christ. pans les autres sectes chrétiennes, la discussion recommence sur chaque article en particulier ; selon vous-même > , il faut savoir les langues , voir quel est le sens que les auteurs sacres ont donné aux termes dont ils se sont servis, s'il est bien rendu dans les versions, s'il n'a pas change par trait de temps, etc. La vie suffit à peine pour achever l'examen, et il n'aboutit ordinairement qu'à multiplier les doutes , et à faire des incrédules.

Vous insistez encore. Il n'y a donc rien à gagner pour la facilité de l instruction, et le peuple n'est pas plus en étal d examiner les preuves de l'autorité de l Eglise chez les catholiques, que la vérité de la doctrine chez les protestants^. \ ous devez sentir maintenant, Monsieur, combien tout cela est faux. La preuve de l'autorité de l'Eglise chez les catholiques consiste dans un raisonnement fort simple et à la portée des plus grossiers ; la vérité de la doctrine chez les protestants ne peut être examinée que par la discussion des passages de l'Ecriture , travail immense, qui ne convient qu'à de savants théologiens, et dont le peuple est aussi incapable chez les protestants que chez nous. C'est donc aux protestants à vous répondre, et no^ pas à nous.

§ vm.

Comment donc se déterminera-i-il , le peuple , d'une manière raisonnable , autrement que par l'autorité de ceux qui [instruisent? Mais alors le turc se déterminera de même. En quoi le turc est-il plus coupable que nous? Voilà, Monseigneur, le raisonnement auquel vous navez pas répondu, et

« Letir. , p. 5i. — 2 Ihid. p. 124.

auquel je doute qu'on puisse répondre. Vous ajoutez dans une note : c'est ici une de ces objections terribles auxquelles ceux qui m attaquent se gardent bien de toucher^.

Vous comptez en vérité beaucoup sur l'indulgence de vos lecteurs ; pour un homme qui traite si durement les théologiens , vous les avez bien peu lus. Cette objection , à laquelle on n'a jamais touché, vient cependant encore d'être discutée tout récemment par M. l'évêque du Puy, dans ses réponses à un savant de Genève 2; et il n'a fait que développer les principes déjà établis par M. l'évêque de Meaux dans sa conférence avec le ministre Claude 3. Vous pourrez encore la retrouver dans Papin 4 et d'autres controversistes.

Cet argument terrible dont vous croyez nous écraser, est déjà réfuté d'avance par ce qui a été dit. Un catholique se détermine d'une manière raisonnable par l'autorité de ceux qui l'instruisent (j'entends de ses pasteurs), parce que cette autorité lui est démontrée par la preuve de fait, par leur mission successive qui remonte jusqu'aux apôtres. Un turc de même ne seroit pas coupable de s'arrêter à l'autorité de ceux qui l'instruisent, s'il pouvoit s'assurer qu'ils ont une mission divine. Mais où sont les preuves de cette mission? De qui Mahomet tenoit-il la sienne? De son sabre et de l'imbécillité de ses disciples , voilà tout le miracle.

Si le fils d'un chrétien, d'ites-\ox\s , fait bien de suivre, sans un examen profond et impartial^ la religion de sai père, pourquoi le fils d'un turcferoit-ilmalde suivre de même la religion du sien F Je défie tous les intolérants du monde de répondre à cela rien qui contente un homme sensé^.

Votre manière ordinaire de triompher. Monsieur, est de tourner le dos à l'ennemi, et de faire semblant de ne pas le voir : pour accepter votre défi , l'on n'a pas besoin de beaucoup de bravcxure. Le fils d'un chrétien catholique

' Lettre , p. laS. — 2 Conlrov. pacif. sur Tautorité de l'Eglise , page* 38o et saiv. — 3 Cinquième réflexion , p. 3l I et sulv. — 4 Tome l , p. 180 et 3oo. — 5 Emile, t. 3, p. 161.

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fait bien de suivre la religion de son père, non pas parce que son père l'a professée avant lui , mais parce qu'elle lui est enseignée par un corps de pasfeurs dont il connoît la mission divine, comme il a clé dit. Le fils d'un turc ne fait point de mal de suivre la religion de son père , tant qu'il n'est pas en état d'examiner si elle est bien ou mal fondée ; mais dès qu'il est parvenu à un agc raisonnable et à une capacité suffisante pour en connoîlrc la fausseté, s'il ne l'examine pas, il est coupable; s'il l'examine de bonne foi, il la trouvera destituée de preuves.

INous ne disconvenons pas que le malheur d'être né et élevé dans une fausse religion ne soit une tentation terrible; que les engagements de la naissance et les préjugés de l'éducation ne diminuent beaucoup aux yeux de Dieu la faute que l'on peut commettre en y persévérant. Qu'en conclurons-nous? Que cette faute est nulle? Que Dieu ne l'imputera point à ceux qui auroient pu s'instruire? Estce raisonner?

11 est de mauvaise grâce de dire que la foi des enfants et de beaucoup d'hommes est une afj'aire de géographie. Serontils récompenses d'être nés à Rome plutôt qu'à la Mecque? On dit à l'un que Mahomet est le prophète de Dieu , et il dit que Mahomet est le prophète de Dieu ; on dit à l'autre que Mahomet est un fourbe , et il dit que Mahomet est un fourbe : chacun des deux eût affirmé ce qu'affirme l'autre , s'ils se fussent trompés transposés. Peut-on partir de deux dispositions si semblables , pour envoyer l'un en paradis et l'autre en enfer ^ ?

C'est encore ici une objection à laquelle vous répondrez, s'il vous plaît : la religion naturelle , tout comme la religion révélée, peut être une affaire de géographie. Tel Sauvage , qui vit en brute dans les forêts de l'Amérique , auroit pu connoître aussi parfaitement que vous la religion natiirelle , s'il fût né ailleurs , et l'eût peut-être observée plus fidèlement. Serez-vous mieux récompensé que lui ? Si

> Emile, t. a, p. 3a3.

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VOUS dites que non , à quoi sert donc la religion naturelle? Mieux vaut rignorer que la connoîtrc : avec cette connaissance, on est expose' à la damnation , tandis que le salut d'un Sauvage est encore en sûreté par son ignorance. Le sort des Hurons est préférable à celui de votre élève. Dites donc avec nous : O altitudo! et convenez que les décrets de Dieu sont impénétrables.

Je vous ai déjà répondu que Dieu n'enverra point l'un en paradis , précisément parce qu'il est né chrétien , si ce n'est les enfants baptisés, mais parce qu'il a vécu en chrétien : ni l'autre en enfer, précisément parce qu'il a été turc ou païen , mais parce qu'il n'a pas suivi les lumières que Dieu lui a données.

On ne doit pas être surpris si vous avez formé un traité de tolérance et de fraternité avec les turcs ^ ; selon vos principes, vous ne pouvez le refuser, même aux idolâtres, sans une injustice criante. Vous ne voulez d'autre preuve de la révélation , ni de la vérité d'une religion , que l'examen de la doctrine qu'elle propose ; chez les chrétiens , et à pKis forte raison chez les turcs et chez les païens , le peuple est incapable de cet examen ; vous le soutenez , et nous en convenons. Donc chez les uns et les autres , le peuple est réduit à n'avoir d'autre religion que celle qu'il plaît à ses docteurs de lui donner; par conséquent à être athée , si on lui enseigne l'athéisme. Tout cela se suit parfaitement; et voilà où conduisent vos merveilleux principes.

Mais changez de méthode, Monsieur, revenez aux preuves de la révélation que Jésus-Christ et les apôtres ont données; examinez le caractère et la mission de ceux qui l'annoncent. Alors la foi du seul chrétien catholique est raisonnable et certaine ; la croyance de tous les autres peuples est aveugle et téméraire : le premier seul peut être moralement certain de ces trois faits : qu'il est enseigné par le corps des pasteurs , que ce corps a succédé aux apô-

I Leur. ,p. 8i.

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très, que les apAtres ont été envoyés de Dieu pour instruire. Trouvez, si vous pouvez , la même certitude dans aucune autre secte.

Vous de'montrez donc vous-même la fausseté de votre système , par l'absurdité des conséquences qui en découlent; je n'ai cessé de vous le représenter. Selon vous, si Dieu a fait une révélation, il na donné pour la reconnoître qu'un seul caractère qui est hors de la portée des trois quarts du j^cnre humain. Ils sont donc très-légitimement fondés à n'y pas croire ; Dieu ne peut, sans injustice et sans tyrannie , les punir de n'y avoir pas déféré. Aussi croyez -vous ([u'«« homme de bien, dans quelque religion qu'il vive de bonne foi , sera sauvé^; vous n'en exceptez pas même l'idolâtrie. Dieu a instruit les hommes; mais ses instructions , réservées pour un petit nombre de têtes savantes , sont fort inutiles au peuple : ces savants voient la vérité, mais pour eux seuls; ils sont sans caractère et sans autorité pour faire respecter leurs leçons. Le peuple qui doit se défier d'eux , parce qu'ils sont hommes et menteurs, ne leur doit aucune croyance-.

Vous conviendrez du moins que ce système n'est pas celui de Jésus-Christ ni des apôtres. Jésus-Christ a promis le salut , mais à ceux qui croiraient et seraient baptisés , et point à d'autres. Selon saint Paul, Dieu veut que tous les hommes soient saucés, non pas en professant l'erreur, mais en parvenant à la connaissance de la vérité. Jésus-Christ est le seul nom qui ait été donné aux hommes sous le ciel pour étresauvés; et vous prétendez qu'il est indillérent au peuple d'invoquer Jésus-Christ ou Mahomet. Selon vous. Dieu n'a montré la vérité qu'aux savants ; selon Jésus-Christ , Dieu l'a cachée aux prudejits, pour la révéler aux petits et aux ignorants. Selon vous, Dieu ne s'est point embarrassé

1 Leur,, p. 86. — a Ibid., p. 75.

<1e la croyance ni du salut du peuple; selon saint Paul, Dieu a choisi ce qui paroîl insensé aux yeux du monde, pour confondre les puisscmls et les sages ^. Etoit-ce la peine de prouver avec tant d'emphase la divinité de l'Evangile, pour le contredire ensuite avec si peu de ménagement?

Vous avez encore ajouté dans une note , que les théologiens , pour se tirer d'affaire , ont recours kjc ne sais quelle foi infuse qu'ils obligent Dieu de transmettre à l' enfant-. Lisez, Monsieur, lisez plus attentivement les théologiens, ou cessez de les calomnier. 11 est faux qu'ils aient jamais imaginé une foi infuse transmise des pères aux enfants (je parle des théologiens catholiques). C'est par le baptême et non par la naissance que Dieu donne la foi infuse avec l'habitude des autres vertus chrétiennes. 11 est encore plus faux qu'ils admettent cette foi infuse pour suppléer aux preuves de la révélation , Q.ipour se tirer d'affaire. Ils soutiennent que cette habitude infuse est nécessaire pour que l'acte de foi du chrétien soit surnaturel ; mais jamais ils n'ont fondé la certitude de cet acte sur un autre motif que sur la certitude même des preuves de la révélation. INous savons très-bien que vous n'admettez ni foi naturelle , ni vertus infuses , ni l'opération de Dieu pour sanctifier les âmes. Chez vous c'est la raison qui opère le salut , la grâce n'y entre pour rien : les savants seuls sont les élus. Mais nous ne nous sentons ni assez habiles pour prétendre à cette béatitude , ni assez intrépides pour vous suivre au travers de tant d'erreurs et d'absurdités.

De ce que nous avons dit, il résulte, Monsieur, que toutes vos objections contre l'autorité de l'Eglise portent sur de fausses oppositions , et que plusieurs peuvent se rétorquer contre vous avec avantage. Vous auriez donc pu vous dispenser de répéter ce que tant d'écrivains protestants ont déjà dit avant vous. Poussés à bout par les réponses qu'on leur a données , ils ont pris depuis long-temps

I Marc, i6, i6; i Tlrn, 2,4", Ad. 4» la; Luc. 10. ai ; I Cor. l^ay, -• ' Celtr., p. io5.

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le parti de fî;arder le silence ; et vous auriez sagement fait tle les imiter.

Je suis , etc.

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