‹ Le déisme réfuté par lui-mêmeChapitre 17 sur 42 · III · texte numérisé non relu

III

Voyons cependant si votre système se suit et se soutient. Il est contraire à l'Evangile , cela est clair , mais est-il au moins conforme à la raison? Vous prêchez la tolérance mutuelle aux juifs, aux chrétiens , aux mahométans ; voudriez-vous nous dire pourquoi vous ne parlez pas des ido-

RÈFIITK PAU LUI-MEME. l3l

lâtres? Ils doivent être tolc'rës, selon vos principes. Je pense , dites-vous , que l'essentiel de la religion consiste en pratique . que non-sculcriiciit il faut être homme de bien , humain, charitable, miséricordieux , mais que quiconque est vraiment tel, en croit assez pour être saui'CK Un idolâtre, peut être tout cela , et quelques-uns ont paru tels ; ils en croyoient donc assez pour être sauvés. Vous faites consister la religion humaine et sociale , à croire que tous les hommes sont frères, ont une origine commune ; que notre âme est immortelle ; qu'il y a une Providence et une vie à venir2. Les païens ne nient aucun de ces articles; qui est-ce qui pourroit donc empêcher de les croire dans la voie du salut? Selon vous encore , un homme de bien, dans

quelque religion qu'il vive de bonne foi, peut être sauvé ;

un fils n'a jamais tort de suivre la religion de son père"^. Un homme né et élevé dans Tidolâtrie , est donc aussi assuré de son salut , que le chrétien le plus éclairé et le plus vertueux. Pourquoi n'avez -vous pas compris les idolâtres dans une association de laquelle dépend, si Ton vous en croit, la tranquillité et le bonheur du genre humain? ISe péchez-vous point en cela contre la charité chrétienne, dont vout êtes l'apôtre et le vengeur?

Il est vrai que les païens ne confessent point l'unité de Dieu, que vous regardez cependant comme un des dogmes de la religion naturelle. Cela ne fait rien. Si nos dogmes sont tous de la même vérité, tous ne sont pas de la même importance. Il est fort indifférent à la gloire de Dieu quelle nous soit connue en toutes choses; mais il importe à la société humaine, et à chacun de ses membres, que tout homme connaisse et remplisse les devoirs que lui impose la loi de Dieu envers le prochain et envers soi-même. Qu'il y ait un seul Dieu suprême , ou qu'il y ait des divinités subalternes qui président à certaines parties de la nature ; qu'il faille n'adorer qu'un seul Dieu , ou partager son culte entre ces divinités particulières : Je ne vois pas que la décision de ces

l Letir. , p, 5^. — 2 Ibid; p. 8a. — î Jbid. , p, 86. "'

1^2 I.K DÉiSMf:

questions , en apparence essentielles , importe plus à l'espèce humaine , que de sm^oir quel jour de la lune on doit célébrer la Pdquc — Que chacun pense là-dessus comme il lui plaira, j'ignore en quoi cela peut intéresser les autres : quant à rnoi^ cela ne m'intéresse point du tout. Mais ce qui m' intéresse , moi et tous mes semblables, c'est que chacun sache qu'il existe un arbitre du sort des humains, duquel nous sommes t()us les enfants : qu'il nous prescrit à tous d'être justes , de nous aimer les uns les autres , d'être bienfaisants et miséricordieux, de tenir nos engagements envers tout le monde , même envers nos ennemis et les siens ; que l'apparent bonheur de cette vie n'est rien: qu'il en est une autre après elle, dans laquelle cet Etre suprême sera le rémunérateur des bons et le jugé des méchants. Ces dogmes et les dogmes semblables sont ceux qu'il importe d'enseigner à la, jeunesse et de persuader à tous les citoyens^. Voilà votre morale; qu'un idolâtre en soit persuade, i) est suffisamment orthodoxe, vous lui ferez grâce sur son idolâtrie.

Vous ferez encore sans doute un accueil plus favorable aux déistes ; ils admettent la religion naturelle, ils se croient obligés à être gens de bien , du moins ils le disent, ils sont tolérants, ce sont les croyants par excellence.

Restent les matérialistes, les athées, les pyrrhoniens; qu'en ferons-nous? Selon vous, il faut les punir. Quiconque combat les dogmes essentiels dont on vient de parler, mérite châtiment sans doute , il est le perturbateur de l'ordre et l'ennemi de la société'^. En soutenant que chacun n'a que son jugement pour maître , vous ajoutez quant aux opinions qui ne tiennent point à la morale, quin'infuent en aucune manière sur les actions , et qui ne tendent point à transgresser les lois^. Or les opinions des spinosistes, des pyrrhoniens, des athées tiennent à la morale , influent infiniment sur

» Emile , tome 4 , p. 86. — » Ibid. , p. 88, — 3 LcUr., p. 78»

RÉFUTÉ PAR LUI-MÊME. l33

les actions , sont contraires aux lois. Ailleurs vous ordonnez que si quelqii un dogmatise contre la religion universelle, il soit banni de la société , comme ennemi de ces lois fondatitcntales ^ : or les impies dont nous parlons , dogmatisent contre la religion naturelle , qui est la religion universelle.

Mais , Monsieur , qu'importe à la société' qu'un homme croie les dogmes de la religion naturelle , pourvu qu'il en remplisse tous les engagements , qu'il en pratique fidèlement tous les devoirs? Qu'un atlie'e soit juste et bienfaisant, par l'espérance d'être heureux en l'autre vie, ou par le désir d'être tranquille dans celle-ci , en quoi cela nous intéresse-t-il ? il est faux qu'il soit perturbateur de l'ordre, ni ennemi de la société; dès qu'il se conduit à l'extérieur en bon citoyen , les lois ni la police n'ont rien à voir à sa croyance.

Qu'il croie ce qu'il voudra, direz-vous, mais qu'il ne dogmatise point. Celui qui dogmatise contre la religion universelle , détruit les liens de la société ; il en est donc l'ennemi : fort bien. Sur le même principe , tous ceux qui donnent quelque atteinte à ces liens sacrés, qui enseignent une doctrine capable de les affoiblir , ne sont-ils pas aussi ennemis de la société , et dignes d'être punis comme tels? Or quiconque ose parler ou écrire contre une religion révélée , autorisée par les lois, dont un des principaux objets est de resserrer les nœuds qui unissent les hommes entre eux , ne se rend-il pas coupable de cet attentat? Ne travaille-t-il pas à diminuer la subordination et la soumission aux puissances légitimes que l'Evangile nous prêche avec tant de force ? Celui qui enseigneroit , par exemple , que l'esprit du christianisme est trop favorable à la tyrannie , que les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves^ ; ne tiendroit-il pas un langage séditieux, et digne d'attirer sur lui tout le poids de l'autorité souveraine? Le gouvernement seroit donc aussi -bien fondé à sévir contre lui que

< Lettr., p. 83. — 3 Contrat «ocial , 1. 4t c. 8.

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contre les athées : en ordonnant de punir ces derniers, vous rendez à l'intolérance le poignard que vous feijjnez de lui Atcr.

Le môme motif qui engage à exterminer les ennemis de la religion sociale et des lois, oblige de châtier tous ceux qui se rendent complices du même crime ; ou il n'en faut tole'rer aucun , ou il faut les tole'rer tous ; on vous defie d'établir entre eux. une règle fixe d'exception ou de différence'.

Saper ouvertement les fondements de la société', c'est un grand crime ; c'en est peut-être un moindre de les miner sourdement et de les ébranler, mais c'est toujours un crime , et il mérite toujours la vengeance publique. Le gouvernement ne doit point souffrir que l'on touche en aucune manière à un point si essentiel ; dès que vous mettez des bornes à son pouvoir, dès que vous ralentissez son activité et son zèle, vous autorisez la licence, et la licence ne respecte point de lois.

Pourquoi doit-on punir les athées? Est-ce parce que leurs opinions sont fausses? Par cette raison il faudroit punir toutes les erreurs. Est-ce parce qu'elles sont damnables? Mais selon vos principes, si un athée est liornnxt de bien , il en croit assez pour être sauvé^; et selon les nôtres , toute erreur volontaire sur la religion exclut du salut. Est-ce parce qu'elles sont contraires aux lois? Mais quiconque attaque une religion autorisée par les lois , pèche contre les lois. Est-ce parce qu'elles sont pernicieuses à la société? Mais toute doctrine contraire à une religion qui est utile à la société ne peut être avantageuse à la société. Or, nous verrons, par vos propres aveux, que le christianisme est très-utile à la société. Par conséquent , dès qu'on ne doit point tolérer les athées , on ne doit tolérer aucun des ennemis de la religion.

I Voyez, Bayle, t. 2. Comment, ptîlos. , a.o part., c. 7 , p. 4l9' — ^ I^M^m

page 59.

KÉrtlTÉ PAR lUI-MÊME. lîS

Voilà, Monsieur, ce qu'il eût fallu e'claircir, avant que de déclamer contre l'intolérance. Jusqu'à ce que vous ayiez mieux ajusté votre système, il demeure prouvé qu'il est contradictoire ; ou il ne faut point admettre la tolérance , ou elle doit être universelle; si elle est universelle, elle anéantit toute religion.

Mais fût-elle moins pernicieuse, je la soutiens encore impraticable, si ce n'est aux fourbes et aux hypocrites. Regarder le christianisme comme une religion nationale , une loi de pure police extérieure, c'est me persuader qu'il ne m'oblige qu'autant que je suis dans le pays où cette loi est en vigueur; qu'ainsi je dois croire chez les chrétiens que Jésus-Christ est le Fils de Dieu , le Sauveur des hommes; parmi les. Tuifs, qu'il est un imposteur; avec les Turcs, qu'il n'est que le précurseur de Mahomet; ou plutôt je ne dois rien croire, mais seulement me comporter à l'extérieur comme si je croyois. Loin d'être obligé de verser mon sang pour confesser Jésus-Christ, comme l'Evangile me l'ordonne , je dois, pour me conformer à la police extérieure des différentes nations , l'adorer en France , le renier en Turquie , et le blasphémer dans une synagogue.

Ainsi , en nous accusant d'hypocrisie , vous nous l'enseignez , vous la réduisez en système , vous nous voulez faire jouer un personnage dont les païens mêmes ont eu horreur ; vous savez qu'ils regardoient avec mépris ceux d'entre les chrétiens qui n'avoient pas le courage de persévérer dans leur religion : et voilà la sainte morale que l'on professe avec la religion naturelle.

Aussi êtes -vous forcé de convenir que jamais aucune secte , aucun parti n'a pu se résoudre à cette tolérance , selon vous , si nécessaire ; et l'on peut \'X)us prédire , qu'excepté les libertins déclarés , personne ne s'y résoudra jamais.

1% LE DKISME

§ VI

A Dieu ne plaise , dites- vous , que jamais Je prêche aux hommes le dogme cruel de l'intolérance, que jamais je les porte à détester leur prochain , à dire à d'autres hommes : vous serez damnés^. Voilà, Monsieur, le grand secret que vous avez trouve pour rendre notre doctrine odieuse , la déji^ulser et nous calomnier. Il est absolument faux qu'elle nous porte à détester le prochain quel qu'il soit. L'Kgllse catholique est si éloignée de ce sentiment, qu'elle prie et invite tous les fidèles à prier pour les hérétiques et pour les infidèles , afin que Dieu les éclaire et se fasse connoîtrc à eux : c'est le sens de la prière que nous faisons tous les jours à Dieu, en lui disant, selon l'ordre de Jésus-Christ : voire nom soit sanctifie^,

11 est encore plus faux que nous disions à personne : vous serez damné ; rien n'est plus contraire à ce que l'on enseigne communément sur le sort des différentes sectes qui sont hors du sein de l'Eglise 3.

i.°Pour ce qui regarde les hérétiques qui sont baptisés, qui croient en Jésus-Christ , et qui ont pour objet de leur créance les principaux mystères de la foi, nous sommes persuadés que tous ceux qui viventde bonne foi dans leurs erreurs, qui croient, par une ignorance invincible, être dans la voie du salut, qui scroient prêts à rentrer dans l'Eglise romaine, si Dieu leur faisoit connoître qu'elle seule est la véritable Eglise ; nous sommes persuadés que ces âmes simples et droites, sont, par la disposition de Irur cœur, autant d'enfants de l'Eglise catholique. C'est le sentiment de tous les théologiens, d'après saint Augustin, qui enseigne que l'Eglise de Jésus-Christ, semblable aux épouses de Jacob, donne des enfants à son époux, non-

I Emile , tome 3 , p. 172. — 2 On »ait que ITglîse prie spécialement pour cet objet le joui du Vendredi-Saint. — 3 Voyez; la Censure d'Emile par la Sorbonnc, propos. 24 «' sui^M P- 89 , prcp. 55 , p. a2 et ^53.

seulement par elle-même , mais encore par le secours de ses servantes : Sivc per se , sive per uteros ancillarum ' .

2.° Quand il est question des infidèles , vivant sans religion , comme les Sauvages , s'ils sont assez abrutis pour être incapables de s'élever par eux-mêmes à la connoissance de Dieu et des principes de la loi naturelle (supposition très-hasardee) , nous présumons que Dieu les traitera comme des imbéciles et les enfants morts sans baptême ; et il s'en faut beaucoup que nous condamnions ceux-ci à tous les supplices de l'enfer, quoique vous nous en accusiez , comme nous le verrons ci-après.

3.0 Si on parle des infidèles qui ont quelque connoissance de Dieu et de la règle des mœurs : ou ils suivent en toutes choses les mouvements de leur conscience, ou ils ne les suivent pas. Dans le second cas , ils sont coupables ; ils seront par conséquent punis , non pas pour leur infidélité , que l'on suppose involontaire , mais pour leur résistance à la voix intérieure : et vous êtes obligé de dire la même chose, si vous croyez sincèrement l'obligation où sont tous les hommes d'observer la religion naturelle , dès qu'ils la connoissent.

4.° Si ces infidèles, aidés de la grâce , suivent exactement la loi de Dieu écrite au fond de leur cœur ; dans cette supposition qui nous paroît presque impossible , en vain vous nous demanderez comment Dieu pourvoira à leur salut , comment il justifiera à leur égard la volonté sincère où il est de sauver tous les hommes, quels moyens sa providence emploîra pour les éclairer? iNous vous répondrons que nous n'en savons rien ; que la révélation ne nous l'apprend point , que Dieu ne nous doit point rendre compte de sa conduite : mais que nous savons seulement qu'il ne fera injustice à personne. Si quelque théologien a cru et enseigné que les enfants morts sans baptême, ou les infidèles qui n'auroient commis aucun péché actuel , sont condamnés au feu éternel , son sentiment particulier ne fait règle pour personne : l'Eglise ne l'a point ainsi décidé.

i L. i. de Bapt, contra Donat, t. 10.

l38 lE DKISME

Voilà, Monsieur, comme nous sommes cruels, barhares, ennemis du genre humain, obstines à damner tout le monde : jw^oz de réqulto de vos accusations. Vous les coqtinuez cependant.

§ Vil.

Le devoir de sukre et d' aimer la religion de son pays ne s'clend pas jusqu'aux dogmes contraires à la bonne morale , tel que celui de l'intolérance. C'est ce dogme horrible qui arme les hommes les uns contre les autres , et les rend tous ennemis du genre humain^. Par conséquent, avant que l'Evangile ne nous eût enseigne ce dogme horrible , les hommes ne s'armoient point les uns contre les autres ; la terre étoit le séjour de la paix , de la justice , de la charité mutuelle ; les guerres , où l'intérêt de religion n'entroit pour rien , dévoient être beaucoup moins sanglai/tes. Point du tout, vous nous apprenez tout le contraire : que le christianisme a rendu les gouvernements moins sanguinaires et les mœurs plus douces; qu'il a fait ce que les sciences et les lettres n'ont jamais pu faire chez aucune des nations policées. Nous verrons cet important a^ eu dans la lettre suivante.

C'est le dogme horrible de l'intolérance, c'est-à-dire, de la nécessité de croire en Dieu et en .Tésus-(]hrist pour être sauvé, qui conduit nos missionnaires chez les peuples barbares , qui leur fait tous les jours braver la mort , pour instruire, pour civiliser, pour apprivoiser des hommes sauvages et abrutis. Comment un dogme, si pernicieux en Europe, peut-il être si salutaire en Amérique? comment peut-il inspirer la haine de l'humanité et le courage de se sacrifier pour elle?

Mais cela ne vous touche point : les missionnaires ne vous semblent guère plus sages que les conquérants ^ ; c'està-dire , que ceux qui éclairent les hommes , ne valent pas

» Emile, t. 3, p. 173, en note. — ^ Letlr., p. 83.

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mieux que ceux qui les exterminent. En effet, pourvu que la tolérance nous délivre en Europe des entraves de la religion , qu'importe que le reste de l'univers soit dans la barbarie? Tel est le zèle que la tolérance inspire pour l'humanité.

Ce dogme de l'intolérance esl contraire à la bonne morale ; et il est enseigné dans l'Evangile , dont vous avez canonisé la morale ; n'importe, la tolérance donne le droit de se contredire , quand on juge à propos ; et c'est un privilège dont vous faites un fréquent usage.

§ VIll.

Tous les partis ont été persécuteurs et persécutés^. Soit. Donc les sociniens et les déistes, aujourdliui persécutés, seroient à leur tour persécuteurs s'ils étoient les maîtres. Ils doivent donc nous savoir gré de leur épargner ce ridicule , en les empêchant , autant que nous pourrons , de s'emparer de l'autorité.

Un de leurs dogmes fondamentaux est la tolérance; cela est vrai : mais ce dogme qui ne se lit point dans l'Evangile, ne peut être fondé que sur l'intérêt présent. Or les intérêts changent avec le temps , et très -certainement alors le dogme changera aussi ; nous avens pour nous l'expérience.

Fut -il jamais un parti plus éloquent à prêcher la tolérance , que les calvinistes dans les commencements? On sait comment ils l'ont observée dans les pays où ils se sont trouvés les plus forts. Est-il à présumer que les socinient et les déistes leurs enfants seroient plus débonnaires, s'ils se sentoient capables d'écraser leurs ennemis? Vous conviendrez , Monsieur , que s'ils pensent tous comme vous , il n'y a guère d'apparence. Vous haïssez encore plus les intolérants que les esprits forts^ , c'est-à-dire, en bon françois , que vous haïssez encore plus les catholiques que les

> Lcttr. , p. 72. — - Ibid. p. ^.

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alhccs. Dans riiiccililude de ce ipic nous aurions à redouter de votre haine, si par mallicur nous étions forces de viviH; sous vos lois , il est de la prudence de conserver nos avanta^çes : et jusqu'à ( c que vous nous ayez prouve , l'epee à la main , connue ont fait vos pères, que rKvan^^ilc veut qu'on vous soufire , nous ne verrons point cela dans l'Evangile. Puisque rinlolcrancc est une nialadieattachee à toute religion dominante , couinic vous le prétendez , ce n'est pas la peine de changer nos principes. H vaut encore mieux être catholiques intolérants par un raisonnement suivi, que de devenir déistes intolérants par inconséquence.

J'ai montré que le fondement sur lequel on établit la tolérance , prouve qu'elle doit être universelle et sans exception : qu'il faut tolérer par la gradation les calvinistes, les sociniens, les déistes, les matérialistes, les athées; d'autres l'ont prouvé avant mol, et mieux que moi'. Voudriez-vous former une société religieuse avec ces derniers? INon sans doute : vous ordonnez qu'ils soient bannis de la société-. La tolérance toujours prêchée par les plus folbles, et jamais accordée par les plus forts, n'est donc qu'une chimère dont on amuse les simples , et dont les hommes instruits ne sont plus la dupe.

Quant au terme odieux de persécution dont vous vous servez indistinctement, il est bon de l'éclaircir. Peut- on l'appliquer généralement à toute religion qui prend la voie de l'autorité, pour se maintenir et arrêter la licence? Si, maître d empêcher la profession de l'athéisme, vous jugiez à propos de le pvmir par les lois, vous crolriez-vous pour cela persécuteur ? Vous ordonnez qu'on punisse , qu'on bannisse de la société, quiconque dogmatise contre la religion universelle. 11 y a donc , de votre propre aveu, des cas où l'on peut sévir contre les ennemis de la religion, sans que cette vérité puisse être traitée de persécution.

' Voyez Papin, sur la tolérance, 3.« part. Bayle, tome 2 , Comment, philos., a.« part. , c. 7 , p. 419- — ^ Lcltr. , p. 63.

La charité Ti est point meurtrière , l'amour du prochain ne porte point à le massacrer i . Non ; mais l'amour Ju prochain doit céder à lamonr de la justice et de la tranquillité publique : celle-ci exi^e souvent que Ton punisse de mort ceux qui entreprennent de la troubler. Ce n'est point a^OTS faire à l'humanité une plaie cruelle, ni ofrir à Dieu des sacrifices de sang humain; c'est purger le corps politique d'un sang impur ; c'est retrancher un membre pourri, dont la contagion pourroit infecter tout le reste. Vous ne soutiendrez pas, je pense , qu'en envoyant Cartouche sur la roue , l'on ait fait une plaie à Thumanitë.

Vous voyez, Monsieur, que c'est une mauvaise méthode de commencer par déclamer, sans avoir pesé' auparavant les conséquences de ce qu'on veut dire ; mais vous l'avez reconnu vous-même , la malignité est ai>eugle, et la passion ne raisonne pas. Mettez dans la bouche d un athée la tirade que vous faites contre les persécutions^, vous sentirez que tout l'odieux retombe sur vous.

Moins un culte est raisonnable , plus on cherche à l'établir par laforce^. Si on excepte le mahométisme, nous ne connoissons aucun culte qui se soit établi par la force. Ils se maintiennent tous par la force, lorsqu'ils l'ont acquise, mais un culte naissant est toujours un parti foible. La religion, une fois autorisée par le souverain, devenue partie des lois d'une nation, se maintient, comme toutes les autres lois, par la punition des infracteurs. Vous ne pouvez blâmer cette conduite , sans vous contredire ; mais cela ne vous fait pas de peine. Je ne crois pas , dites-voiis , (juon puisse lé-gitimement introduire en un pays des religions étran" gères , sans la permission du souverain ; car, si ce n'est pas directement désobéir à Dieu, c'est désobéir aux lois; et qui désobéit aux lois , désobéit à DieuL II y a une restriction à

» Lettre, p. 74. — a Ibid., et suiv. — 3 lUd. , et suiv. — t 2^/f/. , p. 86.

l42 LK DKISMF.

mettre à ce principe ; mais vous , Monsieur, qui n'en mettez jamais au\ vôtres, voudricz-vous nous dire pourquoi l'on a tort <le punir, scion les lois, celui qui attaque une roli;^ion autoriscc par les lois.

Ainsi r intolérance et l' inconséquence ont la même source. Tout au contraire, rintolcrance est une conséquence trèsjuste (lu principe que je viens de citer d'après vous; c'est la tolérance que vous prêchez encore maljjré ce principe , qui est une inconsc'quencc.

Je dis q^'ll y a une exception à faire à ce principe trop ge'nèral : on ne peut légitimement introduire en un pays des religions étrangères , sans la permission du souverain. S'il ètoit vrai dans toute la rigueur, on en concluroit que Jësus-Christ même n'a pas pu légitimement prêcher sa religion sans l'aveu des magistrats, ni les apôtres malgré les ëdits des empereurs. Il s'ensuivroit que Dieu nepouvoil plus envoyer personne pour extirper l'idolâtrie, des qu'elle étoit autorisée par les lois civiles. 11 faut donc dire seulement que l'on ne peut introduire une nouvelle religion sans la permission du souverain, à /72o//25 (juel on ne soit spécialement envoyé de Dieu pour cela, et que l'on ne soit en état de prouver sa mission. Sans cette restriction, vous mettez les lois civiles au-dessus de l'autorité de Dieu même.

La plupart des cultes nouveaux s' établissent par le fana^ tisme, et se maintiennent par l'hypocrisie ^. Il est vrai que c'est l'histoire du culte calviniste que vous faites semblant de suivre. Il s'est établi par une haine furieuse et fanatique contre l'Eglise romaine; il s'est maintenu ensuite par la voie d'autorité qu'il avoit rejetée pour s'établir : contradiction grossière, et par conséquent hypocrisie s'il en fut jamais. Il est vrai encore que si jamais le culte que vous enseignez vient à s'établir, il ne pourra le faire que par les mêmes moyens, en rejetant les mystères pour croire des absurdités, en prêchant la tolérance pour s'établir, et en y renonçant pour se maintenir : tout cela est démon-

I Lcltr, , p. y6.

RÉFUTÉ TAR LUI-MEME l43

tre. Mais il en est d'autres qui ont suivi une me'lhode différente. Quand Dieu se servit de Jesus-Christ et des apôtres pour établir un culte nouveau , ils n'employèrent ni le fanatisme ni Thypocrisie : vous avez reconnu vousmême que Jésus-Christ n'a été ni un enthousiaste , ni un ambitieux sectaire. Ils se dirent envoyés de Dieu; ils le prouvèrent par des œuvres surnaturelles , et moururent constamment pour attester la vérité de leur mission. Us ne commencèrent point par demander la tolérance pour eux et pour leurs disciples; mais ils demandèrent , en vertu de l'autorité de Dieu , dont ils étoient revêtus , l'obéissance à la foi chez toutes les nations"^. Us n'enseignèrent point que l'on pouvoit se sauver dans toutes les religions , mais qu'il falloit renoncer à l' idolâtrie , croire en Jésus-Christ, faire pénitence, pour éviter le jugement de Dieu^. Si vous traitez cette conduite de fanatisme, vous vous en rendez coupable vous-même.

On pourroit passer sous silence le merveilleux traité de paix que vous faites conclure entre les juifs, les chrétiens et lesTarcsS; c'est un chef-d'œuvre de politiqiie, auquel il ne manque que du bon sens : aussi vous commencez par bannir les théologiens de l'assemblée : la précaution est sage; c'est très-bien fait de les éloigner, quand on veut déraisonner en liberté. S'il s'en trouvoit là quelqu'un , il vous représenteroit que, s'accorder sur la religion , sans s'informer de ce qui est agréable à Dieu , c'est transiger sur les intérêts d'un tiers , sans daigner le consulter, et malgré sa réclamation ; que Dieu ayant manifesté de la manière la plus authentique sa volonté sur cet article , il est ridicule de supposer que c'est encore une question , et que l'on ne peut pas savoir quel culte lui est le plus agréable.

l Rom, ; 5.-2 Act. , 17 , 3p, — 3 Lsttr., p. 81.

l44 ^'^' I>l'-IS]ME

Il vons forolt obFCrver que, si vous prenez pour règle l'iili/itc (les hommes, il faut <lonc s attacher à celle de toutes los rolij^ions qui peut cire la plus utile; par conséquent à celle qui enseigne la morale la plus pure : que dans ce cas la victoire du christianisme est incontestable, et que votre prétendue religion humaine ne peut être ni raisonnable , ni sociale qu'autant qu'elle sera chrétienne.

11 ajouteroit que regarder ce que vous appelez la religion nationale, comme Tinc alTaiie de pure police, et la suivre cependant en sincérité de cœur, c'est une chimère : que la police n'a pour objet que les actions extérieures, et notre conduite envers les hommes, qu'elle n'a aucune inspection sur nos sentiments; aii lieu que la religion doit nous lier envers Dieu , qui seul peut soumettre nos esprits et Tics cœurs : que n'avoir de la religion que 1 extérieur, c'est, selon vous-même , n'en point avoir du tout. 11 vous dlroit que suivre en sincérité de cœur une religion que Ton sait être fondée sur l'erreur et le mensonge ', c'est une hypocrisie dont un honnête homme est incapable.

Mais il ne seroit pas écouté. 11 faut donc supposer le traité conclu , et vous entendre plaider la cause des calvinistes françois. ,Te puis vous protester qu'ils n curent jamais un avocat plus infidèle : il semble que vous n'ayez épousé leurs intérêts que pour les trahir. Reprenons vos principes.

§XI

Je ne crois pas qu'on puisse légitimement introduire en un pays des religions étrangères sans la permission du souverain ; car si ce Jiest pas directement désobéir à Dieu , c'est

désobéir auxlois;et qui désobéit aux lois , désobéitàDieu

Je conviens sans détour, qu'à sa naissance , la religion réformée n'avoit pas droit de s'établir en France , maigre les lois^. Voila de terribles aveux, en avez-vous senti Its conséquences?

) Contrat social , liv. 4i c. §. '-s XrTttr., p. $6 et 87t

RÉFUTÉ PAR LUI-MÊiME. l45

Si la religion reformée n'avoit point droit de s'établir en France malgré les lois , le gouvernement avoit donc droit de s'y opposer et de sévir contre ses sectateurs ; ils desobéissent aux lois. La liberté de conscience qu'ils demandoient étoit donc , à parler franchement , la liberté de désobéir aux lois , puisque c'étoit la liberté de s'établir malgré les lois ; il eût fallu abroger les lois pour la leur accorder. Le gouvernement étoit donc bien fondé à la leur refuser; et puisqu'ils l'ont demandée les armes à la main , il est clair qu'ils ont été dos séditieux, contre lesquels le gouvernement a dû s'armer pour les remettre dans l'obéissance.

Voilà donc les protestants responsables de tous les troubles qui ont agité le royaume à leur naissance , et de tout le sang qui a été répandu : car enfin , sur qui les feronsnous tomber? sur le parti des protestants, qui avoient tort, de votre aveu; ou sur le gouvernement qui tenoit le parti des lois et de la religion dominante!*

Il est lien différent, dites-vous, d'embrasser une religion nouvelle , ou de vivre dans celle oii l'on est né ; le premier cas seul est punissable ^.Yj^sréiovmésemhTdiSsoieuivine. religion nouvelle, le calvinisme étoit inconnu avant Calvin ; ils renonçoient à la religion de leurs pères, ils éioient donc punissables : et si leurs enfants étoient aujourd'hui assez sages pour se réunir à l'Eglise , ils ne feroient que réparer la faute et le scandale. Deux siècles de durée n'ont point effacé la tache que vous reconnoissez vous-même dans l'apostasie de leurs aïeux. Un fils n'a jamais tort de suivre la religion de son père. Mais si le père a eu tort , a été punissable en l'embrassant, comment le fils a-t-il raison d'y persévérer? Une erreur héréditaire est-elle moins une erreur? l'opiniâtreté peut-elle la rendre excusable?

La raison de la tranquillité publique est toute contre les persécuteurs^. Mais ici c'étoient les protestants qui troubloient la tranquillité publique , en voulant s'établir malgré les

I leur. , p. 86. - 3 Ibid. , p. 86 «i 87,

lAG T.E DÉISMR

lois. Les cfTorlsqiie faisoil le gouvernement pour les dompter, n'etolent donc pas une persécution , mais une rigueur légitime. S'il ne peut réprimer une sédition, un attentat tontre les lois, sans être persécuteur, son autorité est nulle. A proprement parler, ce sont les protestants armés contre les lois et contre leur souverain , qui étoient les persécuteurs.

Jamais les protestants n'ont pris les armes en France , gîte lorsqu'on les y a poursuivis : si l'on eût pu se résoudre à les laisser en paix, ils y seroient demeurés. C'est-à-dire, que si l'on eut pu se résoudre à casser les lois, pour laisser les protestants s'établir en paix , ils n'auroient pas pris les armes pour obtenir leur établissement; cela se conçoit; et c'eût été de leur part une rare modération. Mais enfin on les a poursuivis dès leur naissance, parce que leur établissement étoit contre les lois , et ils ont pris les armes pour se maintenir, dès qu'ils se sont sentis assez forts pour le faire.

Il est encore faux que les protestants, libres de s'établir, eussent laissé en paix les catholiques. La religion romaine leur paroissoit une idolâtrie , qu'il falloit anéantir à quelque prix que ce fut ; l'on sait jusqu'où les chefs de la réforme ont poussé là-dessus le fanatisme , et quels principes ils suggéroient à leurs sectateurs. Il est encore trop tôt pour le nier ; les monuments en sont trop récents et trop multipliés'.

La religion ?ï excite jamais de troubles dans un état, que quand le parti dominant veut tourmenter le parti foible , ou que le parti foible intolérant par principe , ne peut vivre en paix avec qui que ce soit. Selon vous-même, Monsieur, le parti dominant est en droit de tourmenter le parti foible , lorsque le parti foible cherche à s'établir malgré les lois. Le parti dominant est encore bien plus autorisé à le faire.

• Voyez Bayle, Avis aux réfugies. Réponse aux quest. d'un Prov. c. 63. Etuis sur YW'.U gp'n., t. 4, p. i34, t. 5,c. 176. L'Espril de la ligue, t. ï , p. ï48* Pensées libres sur la religion, par Mandeville, p, fia. Shaflesbury , LeUre sur ftntbousiasme , sect, 3, Hume, ïjiii, ^c la maisva de Tudor, t, a, p. 4^8.

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lorsque ic parti foible est intolérant, comme l'e'tGient les calvinistes à regard des catholiques ; le parti dominant doit choisir alors, ou de détruire, on d'être détruit; et c'est la triste situation où se sont trouve's les catholiques en France, dès la naissance de la réforme. Si vous en doutez , lisez ce qu'ont fait les premiers dans les villes dont ils s'étoieut rendus les maîtres; où libres d'exercer en paix leur religion , ils ont cependant pillé les églises, brisé les autels et les images, et réduit les catholiques au désespoir. Pour ne pas vous citer un auteur suspect , je vous renvoie à Bayle dans l'article Mdcon. Si donc les calvinistes n'étoicnt pas intolérants par principe , ils l'étoient par contradiction; lequel vaut mievix?

Quand vous aurez justifié tous les excès dont leurs propres historiens conviennent, nous répondrons alors à ceux que vous nous objectez '.

Mal^ tout culte légitime, c'est-à-dire, tout culte où se trompe la religion essentielle, et dont par conséquent les sectateurs ne demandent que d'être soufferts et vivre en paix, n'a jamais causé ni ré^'oltes ni guerres cii^iles , si ce n'est lorsqu'il a fallu se défendre et repousser les persécuteurs ^.

Tout ceci n'est qu'un tissu de suppositions démenties par l'histoire. Vous tombez d'abord en contradiction , en appelant culte légitime, celui qui demande à s'établir malgré les lois. Vous avancez contre la vérité que les calvinistes n'ont demandé qu'à être soufferts et vivre en paix ; ils le demandèrent d'abord, et furieux de ne pas l'obtenir, ils ne ménagèrent plus rien , et mirent tout à feu et à sang. Vous supposez encore faussement qu'ils n'ont jamais été les aggresseurs , lorsqu'ils se sont trouvés les plus forts. Enfin, vous oubliez ce que vous avez dit ailleurs, que la véritable cause des guerres de religion étoit les cabales de la cour et les intérêts des grands. Des intrigues de cabinet brouilloicnt les affaires, et puis les chefs ameutaient les peuples au nom deDieu^. Les calvinistes ainsi ameutés,

I Leur,, p. 98. — a Ibi(l.,f, 86. — 3 Ibid., p. 88.

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«îoniaiidoioiil donc autre rhoso qu'à élrc soufferts et à vivre en paix. Leurs partisans les plus zélés ont ('lé forcés d'en convenir •.

On ne peut donc justifier plus mal que vous le faites rétablissement des calvinistes en France; on ne peut pas prouver plus mal que le parti dominant dcvoit les souffrir; on ne peut même avouer plus clairement qu'ils se sont établis contre toutes les lois divines et bumaincs : qu'oserez-vous demander aujourd'iiui pour eux ?

Mais, lorscjue transmise des pères aux enfants, cette religion fui devenue relie d'une partie de la nation françoise , et que le prince eût solennellement traité avec cette partie, par ledit de Nantes , cet c'dit devint un contrat inviolable , qui ne pouvait plus être annule que du commun consentement des deux parties ; depuis ce temps , l exercice de la religion protestante est, selon moi, légitime en France ^.

C'est une grande question , Monsieur, de savoir si un c'dit extorqué les armes à la main, arracbé du souverain par la nécessité des circonstances est une loi si inviolable, que le souverain ne puisse plus y donner atteinte, lors même qu'il croira que le bien de ses peuples et la tranquillité de son royaume l'exigent : c'est une autre grande question d'examiner si la diversité de religions dans un royaume , et surtout de religions aigries l'une contre l'autre, par le souvenir du passé, n'est pas toujours un grand mal; et si, pour en prévenir les suites, le souverain n'est pas en droit de retrancher ce mal que la foiblesse des gouvernements précédents avoit laissé introduire.

C'est enfin une troisième question de savoir si les calvinistes ont e'té jusqu'ici assez soumis et assez tranquilles,

« Bayle , t. 2, C.iliq. de l'iiist. du Calvin. Lettre 17, p. 78, t. 3. Bop. aux quest. d'un prov., 3,« part., c. ao, p. $54. Essai» sur l'hist. gén., t. 4» C 166 , p. 387.— a Lettr., j). 87,

ilKFUTÈ PAR LIII-MKME. I^g

pour que l'on u'alt rien à craindre d'eux dans un temps de fermentation intérieure, et dans le cas où ils se croiroient en état de bouleverser le royaume , comme ont fait leurs pères.

Comme ces questions ont plus de rapport à la politique qu'à la religion , vous me permettrez de laisser à d'autres le soin de les décider i. Je parle volontiers de religion, parce que je l'ai étudiée, et que je suis chargé de l'enseigner ; mais je ne me mêle point de politique , parce que je n'y entends rien , et que je ne suis point fait pour y entendre. Entre nous, Monsieur, si vous et bien d'autres faisiez de même , les choses n'en iroient pas plvis mal.

Ici , comme ailleurs , vous ne raisonnez pas conséquemment. Selon vous , la forme du culte est la police des religions , et non leur essence , et c'est au souverain qu'il appartient de régler la police de son pays^. Le souverain est donc en droit d'interdire par fait de police l'exercice de la religion protestante en France : jamais il n'a prétendu se priver, par ledit de Nantes , du droit de régler la police dans ses états, ni par conséquent de défendre un jour ce qu'il croyoit devoir permettre pour lors.

Vous accordez au souverain le droit d'empêcher l'établissement des nouvelles religions ; c'est sans doute parce que cela intéresse le bien et la tranquillité de l'état. Or , cette tranquillité ne peut- elle pas exiger de même que Ton supprime une religion déjà établie ? Par quelle raison contestera-t-on au souverain le droit de le faire , lorsqu'il le jugera nécessaire ou utile? Pvien de suivi, rien de lié dans vos opinions , partout elles se démentent et se détruisent.

Quand vous auriez raison pour le fond , vous auriez encore tort pour la forme. Ce n'est point à un étranger, à un républicain , à un homme sans caractère , de venir diriger le conseil de nos rois. 11 lui convient encore moins de re-

I Vo^ez l'Esprit ds la ligue , t. 3 , p. 325 et 340. — a Lettr, , p. 85,

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prochcr à ceux qui nous gouvernent, q\ie~ ce sont leurs préjuges et leurs courtes vues qui/ont le malheur des nations^ . W est surprenant qu'avec une vue si longue , vous ne vous aperceviez pas que ce ton indécent n'est propre qu'à indisposer tout le monde contre la cause que vous voulez soutenir; qu'il nous fait sentir que le parti dont vous êtes, n'a pas dégénère de son ancien génie.

Je laisse à part la harangue funèbre du Parsis de Surate 2. C'est un sermon fort éloquent sur la tolérance ; mais les tours de phrase ingénieux, le style oriental, les figures brillantes, ne sont pas des raisons, .le crois avoir suffisamment répondu à toutes celles que vous avez dites.

Si la France eût professé la religion du prêtre savoyard , cette religion si simple et si pure ^ qui fait craindre Dieu cl aimer les hommes , des fleu<>es de sang n'eussent point si souvent inondé les champs françois^. Nous avons vu, Monsieur , par vos propres aveux , à qui l'on doit imputer les fleuves de sang qui ont inondé les champs françois. 11 est singulier que vous nous reprochiez encore les maux que vos pères ont faits. Si la France eut professé la religion du prêtre savoyard, nous serions aujourd'hui sans religion. Avec le beau système de la tolérance , la France seroit devenue le refuge de tous les visionnaires et de tous les libertins de l'univers, toujours prêts à s'y introduire. Nous serions réduits à tolérer l'athéisme , et à vivre en société avec des monstres. Après avoir oublié les lais de l Kvangile , nous aurions vu abolir nos propres lois , les séditions renaître sans cesse , le trône , dont la religion est le plus ferme appui , toujours chancelant et peut-être renversé , les peuples devenir la proie et l'objet du premier usurpateur. Instruits par l'exemple de nos voisins et par nos propres dangers, nous bénissons le ciel d'avoir sauvé par un même prodige la religion et la monarchie.

• L«tlr. , p. 90. — * IbiJ. — 3 Jbid., p. 97.

RKFUTÉ PAR LUI-MEME. iSl

Je passe aux prétendus abus que vous imputez à la religion , c'est ce qui fera le sujet de la lettre suivante.

Je suis , etc.

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