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l[ ." Selon le dogme catholique , nous sommes pécheurs à cause du pcché de notre premier père; mais notre premier père, pourquoi fut-il pécheur lui-même? Pourquoi la rnémc raison, par laquelle vous expliquerez son péché , ne seroitelle pas applicable à ses descendants sans le péché originch?
11 est étonnant qu'un auteur aussi grave que vous, Monsieur, se joue ainsi sur une pure équivoque. JSous sommes pécheurs , à cause du péché de notre premier père. Si par pécheurs vous entendez enclins au péché , cela est vrai; si vous entendez capables de pécher, cela est faux. INous sommes enclins au péché par la concupiscence qui est l'eiTet du péché originel ; et nous sommes capables de pécher, par le libre arbitre qui est un apanage de notre nature. Notre premier père, au contraire, étoit capable de pécher comme nous , parce qu'il avoit le libre arbitre ; mais il n'étoit pas enclin au péché autant que nous , parce qu'il n'avoit pas une concupiscence effrénée comme nous l'avons.
Le péché originel, continuez-vous , explique tout, excepté son principe, et c'est ce principe qu'il s'agit d'expliquer. Si par le principe du péché, vous entendez l'inclination au péché, ou la concupiscence, le péché originel l'explique fort bien , et mieux que votre système; si vous entendez la capacité de pécher, ou le libre arbitre, le péché originel ne l'explique point, et ne doit point l'expliquer.
Vous ne sa^^ez voir que l'homme entre les mains du diable, et moi je vois comment il y est tombé. Assurément la décou-
. 1 LçUr. , p. ai et 22.
RÉFUTÉ PAR LUI-MÊME l85
verte est rare de voir comment l'homme, capable de pêcher par son libre arbitre , est tombe entre les mains du diable. Personne ne l'auroit deviné sans vous. Dispensezmoi , je vous prie , de relever toute la tirade que vous ajoutez sur le même ton, et de montrer le ridicule du triomphe que vous vous attribuez pour avoir si bien rcmonlé au principe ' .
§ Vin.
5.° Mais il n'est pas vrai , à ce que vous pre'tendez , que la concupiscence soit un effet du péché or'\g\ne\. Regimber contre une défense inutile cl arbitraire est un penchant naturel conforme à l'ordre des choses et à la bonne constitution de l'homme , puisqu'il seroit hors d'état de se conserver, s'il n'avoit un amour très-vif pour lui-même et pour le maintien de tous ses droits , tels qu'il les a reçus de la nature^. Ce que nous appelons la concupiscence, n'est rion autre chose que cet amour vif de l'homme pour soi-même et pour sa liberté.
Vous supposez très-mal à propos d'abord , que la défense faite à notre premier père ctoit une défense inutile. Dieu ne se devoit-il pas à lui-même d'exiger d'Adam une marque d'obéissance , comme un hommage à son pouvoir souverain? Cet hommage peut -il être regardé comme arbitraire et superflu?
C'est un penchant naturel à l'homme d'aimer sa liberté, et de regimber contre toute loi qui la gêne ; mais ce penchant peut être plus ou moins violent, plus ou moins soumis à la raison. Dieu , en créant l'homme , le lui a-t-il nécessairement donné dans le degré de vivacité où nous l'éprouvons? Ce degré est-il tellement nécessaire à notre conservation , qu'elle fût impossible , si nous avions plus d'empire sur nous-mêmes? \ous l'affirmerez , sans doute, pour ne pas reculer ; mais sur quel fondement?
» Letlr. , p. a3. — s Ibid. , p. aa , en note.
l86 IF. DF.ISME
Los anciens philosophes . vous le savez , en ont jngë autroinciit. Kn rellethlssant sur la tyrannie de nos penchants , ils ont conjecture que la nature humaine cloit déchue d'un eljit plus parfait, .l'ai d('jà ohservë que leur raisonnement n eloit pas dënionslratif ; c'est par la rëvc'lation (jue nous connoissons le péché et la dégradation de l'honune ; sans cette révélation , nous ne saurions pas certainement si la concupiscence est un elTet du péclié, ou un apanage de la nature. Car encore une fois, Monsieur, je ne suis ni aussi téméraire que ceux qui prétendent que Dieu ne pouvoit créer Adam avec la concupiscence, ni aussi hardi que vous, qui insinuez que Dieu ne pouvoit le créer sans elle, parce qu'elle étoit nécessaire à sa conservation. Dieu seul sait ce qu'il peut faire, la révélation se borne à mapprendre ce qu'il a fait , et je m'en tiens là. Klle m'enseigne que Dieu avoit alTranchi l'homme de la concupiscence et de la mort; par conséquent, quoique l'une et l'autre soient, absolument parlant, naturelles à l'homme , elles ne sont cependant point dans l'hypothèse présente, mais une suite du péché.
§ix.
6." L'ordre enfreint par Adam , parotl moins nnercritahle défense qu'un avis paternel, c'est un avertissement de s'abstenir d'un fruit qui donne la mort. Cette idée est assurément plus conforme à celle qu'on doit avoir de la bonté de Dieu , et même au texte de la Genèse , que celle qu il plaît aux docteurs de nous prescrire ^.
Si je vous connoissois moins instruit , je serois tenté de croire que vous n'avez pas lu le texte de la Genèse , ou que vous ne sentez pas la -force des termes. Voici le texte : je le traduirai sur l'original, pour ne pas vous donner l'ieu de chicaner sur les versions ; vous verrez que la nôtre est très-fidèle. Gen. 2, 16 : Le Seigneur Dieu commanda à
* Lettr. , p. aa , en note.
T homme , et lui dit : Tu mangeras de tons les fruits du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la science du bien et du mal. Chap. 3 , 1 1 : Qui est-ce qui t'a fait connoîlre ta nudité , sinon parce que tu as mangé du fruit dont je t'avois défendu de manger? Je puis vous attester que la langue hébraïque n'a point de terme plus fort pour exprimer un ordre rigoureux ou une défense sévère.
Quand cela ne seroit pas, qu'auriez-vous gagné ? Si l'ordre de Dieu n'étoit qu'un avis paternel , pourquoi Dieu prononce-t-il contre Adam cette sentence terrible ? Gen . 3, 1 7 : Parce que tu as écouté la voix de ton épouse , et que tu as mangé du fruit que je i'avois défendu, en te disant : Tu n'en mangeras pas , la terre sera maudite quand tu la cultiveras : tu mangeras ses fruits avec douleur tous les jours de ta vie : elle le produira des ronces et des épines , et tu mangeras ion pain à la sueur de ton front , jusqu'à ce que tu retournes dans la terre dont tu as été tiré. Pourquoi Dieu chasse-t-il Adam du paradis , et en rend-il l'entrée inaccess ible , de peur qu'il ne porte la main sur T arbre de vie, et que mangeant de son fruit il ne vive éternellement? Vers. 22. IN'auriez-vous pas eu plus tôt fait de dire , que toute cette histoire de la Genèse est une fable , puisqu'elle s'accorde si peu avec les idées que vous vous formez de la bonté de Dieu ? vous voyez qu'il parle ici pour le moins aussi durement que saint Augustin et les théologiens. Dieu est bon et infiniment bon , il est juste et infiniment juste ; mais nous n'avons de sa bonté et de sa justice que des idées imparfaites, vous en convenez ; devez-vous donc être surpris si la conduite de Dieu ne paroît pas toujours conforme à ces idées ?
']." A considérer dans toutes ses circonstances le péché d'Adam, F on n'y peut trouver qu'une faute des plus légères; cependant, selon eux (les docteurs), quelle effroyable punition !.,,, Etre condamné lui et toute sa race à la mort en ce
l88 LE DÉISME
monde, et à passer f éternité ^ dans t autre, dévoré des feux de l'enfer ' .
Vous êtes mal instruit rlc notre croyance , Monsieur; je vous ai déjà dit que les docteurs (du moins les docteurs catholiques) n'enseigncntpoint qu'Adam ait elc condamné avec toute sa race , pour le seul péché orijjjincl , à être dévoré des feux de l'enfer pendant toute l'éternité. Saint Thomas et le torrent des théologiens, après le très-grand nombre des Pères de l'Eglise, soutiennent formellement le contraire. Us disent et ils le prouvent, que la seule peine réservée au péché originel pour l'autre vie, est la privation de la béatitude surnaturelle, ou de la vision intuitive de Dieu. Si quelques-uns ont jugé à propos d'embrasser le sentiment contraire, ce n'est pas une règle à suivre, l'Eglise ne l'a point adopté 2.
Nous convenons qu'Adam et toute sa race ont été condamnés à la mort temporelle ; mais cette mort est la destinée naturelle de riunnanilé; elle n'est une peine dans l'hypothèse présente , que parce qu'Adam en avoit été affranchi par un privilège purement gratuit.
INous avouerons encore que cette peine, ajoutée à une vie malheureuse , est effroyable ; mais nous ne vous accorderons pas ce que vous assurez avec tant de confiance, que l'on ne peut trouver dans toutes les circonstances du péché d'Adam, qu'une faute des plus légères. Pour en juger sûrement , il faudrolt des connoissances que vous ne pouvez pas avoir; il faudroit estimer l'importance et le motif de la loi , la puissance des secours accordés pour l'accomplir, le degré de force de la tentation : et quel autre que Dieu peut en juger? Il y a donc beaucoup de témérité à prononcer sur ce qui passe vos lumières; mais vous vous êtes fait un plan de censurer la conduite de Dieu , avec autant de liberté que vous blâmez celle des hommes.
Vous dites : Le péché d'Adam ne paroît qu'une faute lë-
• Leur. , p. a3, en note. — a Censure d'Enoile parla Sorboaae,prop. a^, 93j 26 «t 33 , p. yo et i55.
Réfuté par iui-même. 189
gère ; donc Dieu n'a pas pu le punir sévèrement. Un chrétien dit au contraire : Dieu, a puni très-sëvèrement le pèche d'Adam , la révélation me l'enseigne ; donc ce péché est une faute trcs-griève. Quel est le raisonnement le plus solide? Vous vous appuyez sur l'idée que vous vous formez de la chate d'Adam , dont vous ne pouvez connoître ni la nature , ni les circonstances ; le chrétien se fonde sur la déclaration précise de la l'évélation.Yous attaquez donc une chose claire par une chose obscure , au lieu de vous servir de ce qui est clair pour juger de ce qui est obscur. » Remarquez , Monsieur, le peu de solidité de vos objections. Elles consistent à prouver que la doctrine du péché originel ne s'accorde pas avec la bonté et la justice de Dieu , telles que vous les concevez. Pour sentir la force de votre raisonnement, il faut le former de cette manière : J'ai de la justice et de la bonté de Dieu des idées claires, justes , certaines : or, le dogme du péché originel ne s'accorde point avec ces idées; donc il est faux. Votre majeure, qui fait toute la force de l'argument , est justement la proposition contradictoire au principe que vous avez posé ailleurs ', et qui sert de fondement à mes réponses. Ce que vous ajoutez de plus n'est qu'une fausse imputa-^ tion d'une doctrine que nous ne soutenons pas.
Voilà donc à quoi se réduisent ces difficultés terribles c^c vous vouliez opposer à la croyance catholique. L'effort n'a pas dii être douloureux : les théologiens ne les ont pas ignorées, et n'ont jamais été embarrassés d'y répondre. JNous avançons , Monsieur, vers une matière qui doit vous intéresser davantage, c'est votre plan d'éducation : nous y donnerons une attention particulière.
Je suis , etc. ',
1 Voyes la jireréûère î.eilrc.