‹ Le déisme réfuté par lui-mêmeChapitre 28 sur 42 · C)4 Ï-K DÉISME · texte numérisé non relu

C)4 Ï-K DÉISME

terpri'talion n'est donc pas celle d'un homme? Daignez nous prouver qu'elle est divine.

« Se laisser mener par autrui sur cette matière, c'est, » selon vous, substituer l'explication au texte, c'est se sou- » mettre aux hommes, et non pas à Dieu.» Voudricz-voiis nous montrer quelle soumission Ton témoigne à Dieu, quand on s'attribue le droit d'expliquer sa parole comme on juge à propos? Quelle force peut avoir une loi que tout particulier est le maître d'entendre comme il lui plaît? Voilà le mystère de la foi protestante, que nous n'avons pas encore pu concevoir.

§ IX

La seconde partie de vos objections sera peut-être plus sérieuse. 11 est question de prouver que les miracles ne sont pas un signe infaillible , et dont les hommes puissent j"ger.

Vous définissez d'abord le miracle : une exception réelle et visible aux lois de la nature " ; vous convenez qu'il seroit absurde de douter si Dieu pouvoit faire des miracles , cpic toute la question se réduit à savoir s'il le veut. Vous prétendez que pour la résoudre , il faudroit lire dans les décrets éternels, qu'il est impossible de la décider par les faits.

Selon vous, « soit qu'il y ait des miracles , soit qu'il n'y » en ait pas, il est impossible au sage de s'assurer que » quelque fait que ce soit, puisse en être un 2. » Sentezvous la contradiction , Monsieur? Dieu est assez puissant pour faire des miracles , et il ne l'est pas assez pour nous les faire connoître ; il peut changer à son gré l'ordre de la nature , mais il ne peut pas nous faire apercevoir ce changement; il est le maître d'interrompre le cours des lois qu'il a établies, et il ne l'est pas de nous rendre cette interruption si palpable , que nous ne puissions nous y mé-

» Troiàièine IcUrc , p. 87, — ? 2 Jbid. , p. lOO.

RÉFUTÉ PAR LUI-MÊME. SgS

prendre. Un miracle ts\. un changement sensible dans t ordre de la nature , une exception réelle et visible à ses lois, et un miracle ne peut jamais être sensible ni visible. Est-ce un philosophe , est-ce un homme sensé qui débite cette doctrine?

De votre aveu, Dieu peut faire des miracles, il peut donc avoir des raisons d'en faire; la Sagesse éternelle ne fait rien sans raison : il peut donc se servir des miracles pour nous faire connoître ses volontés. Les connoîtrionsnous alors, s'il étoit impossible de discerner sûrement le signe dont Dieu se serviront pour exciter notre attention ? Peut-il nous donner un signe équivoque , trompeur, que nous sommes incapables de discerner, et tendre ainsi un piège à notre ignorance? Selon vous , c'est une impiété de douter si Dieu peut faire des miracles, n'en est-ce pas une plus grande de supposer qu'il n'en peut faire, s'ils font un signe nécessairement trompeur?

En a-t-il fait? En a-t-il voulu faire? Quoi que vous en puissiez dire, cette question doit être décidée par les faits; elle ne sauroit l'être autrement.

Vous prétendez que c'est un sophisme grossier d'employer la preuve morale à constaterdes faits naturellement impossibles, puisqu'alors le principe même de la crédibilité fondé sur la possibilité naturelle est en défaut K

J'ai fait voir dans ma troisième lettre, que ce n'est point un sophisme d'employer la preuve morale à constater des faits , dès que ce sont des faits sensibles et palpables ; que quoique ces faits soient naturellement impossibles , ils ne sont pas moins du ressort des sens ; que le principe de la crédibilité n'est point alors en défaut, puisqu'on suppose qu'ils ne sont point arrivés naturellement, mais par un pouvoir supérieur à la nature ; que vous avez fait usage

^ Troisième lettre, p. 88.

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vous-nu*ino de ce principe, lorsque vous avez dit que les faits de Jcsus-Cluist sont bcauconp mieux attestes que ceux de Socrale'. l*ar votre argument, vous prouveriez que nous ne devons point ajouter foi aux physiciens, lors- «[u'ils font quelque découverte, qui auparavant nous paroissoit nalurellemcnt impossible, parce qu'alors le principe de la crédibilité est en défaut à notre éj^ard.

« Si les hommes, dites-vous, veulent bien en pareil cas » admettre cette preuve dans des choses de pure spécula- » tion, ou dans des faits dontlavcritti ne les toucheguère, » assurons- nous qu'ils seroient plus difficiles, s'il s'agis- » soit pour eux du moindre intérêt temporel. Supposons » qu'un mort vînt redemander ses biens à ses héritiers, » affirmant qu'il est ressuscité, et requérant d'être adnus » à la preuve, croyez-vous qu'il y ait un seul tribunal sur M la terre où cela lui fût accordé-?»

Vous me permettrez de vous faire observer que l'objet des tribunaux civils n'est point de juger des miracles : tous seroient fondés à rejeter la requête sur le simple exposé, parce que la mort rompant tous les liens de la société, éteint aussi tout droit de propriété. Le mort saisit le vif: c'est un principe de jurisprudence, auquel un cas extraordinaire et miraculeux ne doit jamais déroger. Votre supposition ne prouve donc rien.

Voici une objection plus forte en apparence. «Puisque » un miracle est une exception aux lois de la nature , » pour en juger, il fautconnoître ces lois ; et pour en juger » sûrement, il faut les connoître toutes : caruneseulequ'on » ne connoîtroit pas, pourroit en certains cas inconnus » aux spectateurs , changer l'eflet de celle qu'on connoi- » troit. Ainsi celui qui prononce qu'un tel ou tel acte est » un miracle , déclare qu'il connoît toutes les lois de la

i Emîle , t. 3 , p. i68. - » Ibid. , p. 88.

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» nature , et qu'il sait que cet acte en est une exception.»

IVemarquez , s'il vous plaît , que vous faites le même sophisme que les matérialistes, pour prouver que la pensée est peut-être une propriété' de la: matière. INous ne connolssons pas toutes ses propriétés, disent- ils, comment pouvons-nous affirmer que la pensée n'est pas une de ses propriétés inconnues? jNous répondrons qu'il suffit, pour l'affirmer, de savoir que la matière a deux propriétés incompatibles avec la pensée, savoir l'étendue et la divisibilité. Il est étonnant qu'ayant senti vous-même le foible de ce raisonnement, vous en fassiez un semblable sur un autre sujet.

INous ne connoissons pas toutes les lois particulières de la nature ; mais nous connoissons une loi générale qui nous garantit la certitude de celles que nous connoissons: c'est la sagesse de Dieu et s« providence. Nous développerons, s'il vous plaît, ce principe ; il fournit la réponse à la plupart de vos objections.

C'est la sagesse de Dieu, auteur des lois morales, qui nous répond de la ceititude des lois générales physiques ; parce que , s'il n'y avoit rien de certain dans la nature , il n'y auroit rien de certain non plus dans la société, dans notre état , dans nos devoirs. Je suis assuré qu'il n'y a aucune loi possible dans la nature, en vertu de laquelle un mort puisse être rendu à la vie, parce que la résurrection , devenue naturelle, changeroit nécessairement l'ordre de la société. Je ne suis pas moins certain qu'en vertu d'aucune loi physique, une vierge ne peut être mère , parce que ce miracle devenu naturel, donneroit atteinte aux lois du mariage. Si , par une loi physique inconnue, mais possible à connoître, de simples paroles pouvoient guérir toutes les maladies, serions-nous encore obligés de veiller si exactement à notre conservation et à celle d'autrui? Si , par une autre loi physique, un corps humain pouvoitmar-

2<)8 rr. 1) Kl s M F.

cher sur les eaux, voler dans les airs, pénétrer les autres corps, quelles barrières pourroient assurer notre vie et notre repos? Si le cours des astres pouvolt être iiaturellc'ïnentsuspeiulu, quelle règle nous resleroit pour distinguer les temps , pour mettre un ordre dans la socictci' Ainsi du reste. La même sagesse, la même bonté, la même providence , qui veut que je sois assure de mon état, de mes obligations, de ma destinée, est mon garant de la certitude des lois physiques.

r Remarquez , je vous prie , que toutes les découvertes physiques sur lesquelles vous insistez, loin d'affolblir ma preuve la confirment. Depuis Adam jusqu'à nous, a-t-on découvert une nouvelle loi physique qui ait introduit un nouvel ordre moral, ou qui ait donné quelque atteinte à la règle immuable des mœurs?

Par une nouvelle conséquence, lorsque la sagesse divine a résolu d'établir un nouvel ordre moral , de m'imposer de nouvelles obligations, de m'assujétir à un nouveau culte , elle agit régulièrement, en m'avertissant de ses volontés , par une interruption momentanée et frappante de ces mêmes lois dont , excepté ce cas , elle ne change jamais le cours I. Si vous voulez méditer attentivement ce principe , vous en sentirez mieux qu'un autre la justesse et les conséquences; personne ne paroît plus convaincu que vous l'êtes de la nécessité de l'ordre moral : je n'ai pas à craindre que vous m'en contestiez la certitude.

Vous objecterez sans doute, que nous ne connoissons pas assez parfaitement les rapports de toutes les lois physiques avec les lois morales, pour apercevoir quel effet le dérangement de telle loi peut avoir à l'égard de la règle des mœurs ; quand un homme sauroit multiplier des pains, par exemple, on ne voit pas quel inconvénient il en résulteroit pour la société.

En eflet , il peut quelquefois y avoir du doute , si telle

• l^uta. On ne doit point infcrer de là que Dieu ne fait jamais de miracles que pour introduire un nouveau culte; mais que toutes les fois qu'il en a fait , c'a é\4 pour intimer aux hommes quelque volonté particulière.

Opération déroge, ni aux lois physiques, ni aux lois morales ; mais la même règle générale de la sagesse et de la bonté divine nous rassure toujours suffisamment. INous savons en général qu'un Dieu bon et sage n'accordera jamais à aucun homme un pouvoir assez éclatant sur la nature , pour qu'il paroisse en disposer en maître, surtout lorsqu'il y auroit un danger inévitable de séduction. Dieu qui a donné en même temps à l'homme, et des connoissances très-bornées , et une entière confiance aux lois physiques , ne permettra jamais qu'un imposteur ou un visionnaire puisse les déranger, même en apparence, jusqu'à un certain point, pour induire les hommes en erreur.

Remarquez de nouveau que cette règle est encore vérifiée par l'expérience. Lorsque Dieu a envoyé Jésus-Christ pou-r enseigner les hommes , i.° il ne lui a pas seulement donné le pouvoir de déroger à des lois physiques, dont la certitude pourrolt être révoquée en doute , mais à celles même dont la connexion est évidente avec l'ordre moral , telle qu'est la loi , en vertu de laquelle un mort ne peut point revenir à la vie , etc. ; 2.° ses miracles n'ont pas été seulement des œuvres merveilleuses , mais encore des œuvres saintes , des actes de charité et de vertu ; 3." Dieu a voulu que son pouvoir fût accompagné des deux autres caractères, dont vous avez reconnu vous-même la nécessité, qui sont la pureté de la doctrine et la sainteté des mœurs. Voilà pourquoi je vous ai averti d'abord que ces trois caractères ne dévoient jamais être séparés , parce qu'ils se prêtent une force mutuelle.

C'est donc se tromper dans le principe même, d'envisager les miracles, uniquement du côté des lois physiques; on ne doit pas avoir moins d'attention à l'influence qu'il peut avoir sur les mœurs. Telle loi physique ne paroît tenir en rien à l'ordre de la société : donc Dieu peut permettre quelle soit dérangée en toutes circonstances : la conclusion est fausse. Dieu ne le permettra certainement point, lorsqu'il y auroit un danger inévitable de séduction,

eu cganl au génie, aux coiiiioissanccs, aux dispositions

parliculièrcs de ceux qui en sont les leinoins.

Avec ces principes que Ton ne <l(jlt jamais perdre de vue , il ne sera pas dilTicile de lo'pondrc à lonlcs vos objections.

§ XIll.

Reprenons votre argument : « puisqu'un miracle est » une exception aux lois de la nature, pour en juger, il » faut connoître ces lois; et pour en juger sûrement, il » faut les connoître toutes ; car une seule qu'on ne con- » noîtroit pas, pourroit, en certains cas inconnus aux spec- » tateurs , changer l'effet de celles qu'on con noîtroit. »

Je vous soutiens que sans connoître toutes les lois de la nature, nous sommes certains que les miracles de Je'sus- Clirist ne sont point l'etTet de certaines lois particulières inconnues aux spectateurs. Il faut de'montrer ce point essentiel.

i.° Comment connoissons-nous les lois de la nature? par la régularité , la constance , l'uniformité' de leur cours et de leurs effets; nous ne pouvons les connoître autrement. C'est pour le bien des créatures, sans doute, que Dieu les a établies ; notre vie , nos actions, notre conduite portent sur ce fondement. Si ces lois n'étoient point constantes, uniformes , immuables, elles ne pourroient plus nous tranquilliser, il n'y auroit plus rien d'assuré dans l'univers. Une loi passagère, momentanée, qui ne s'est montrée qu'une ou deux fois depuis la création , sans avoir jamais reparu , n'est point une loi , c'est plutôt une exception aux autres lois : on abuse des termes , on confond toutes les idées , si on la nomme autrement.

L'on a découvert, si vous le voulez , de nouvelles lois particulières , la pesanteur de l'air , la vertu magnétique , rélectrJcifé ; mais celles-ci se manifestent, comme toutes les autres , par la reproduction constante des mêmes effets dans les mêmes circonstances. Si l'un ou l'autre de ççs

phénomènes n'avoit paru qu'une seule fois à la volonté (l'un physicien , sans que jamais on evit pu le reproduire, le regarderions -nous comme l'effet d'une loi naturelle?

Or, tels ont cte' les miracles de Jcsus-Christ , des phénomènes uniques qu'il a opérés à volonté , par une seule parole, sans que jamais personne ait pu les imiter, que ceux auxquels il en avoit donné le pouvoir. S'il y a, par exemple , une loi constante et assurée dans la nature , c'est la gravitation des corps : lorsque Jésus a marché sur les eaux et qu'il y a fait marcher saint Pierre, soutenir que ce phénomène a pu être l'effet d'une loi naturelle inconnue, et non pas une exception évidente à la loi connue de la pesanteur des corps , un effet naturel , et non un miracle , n'est-ce pas se jouer des termes et confondre toutes les notions? Dire qu'une seule loi qu'oji ne connoîlroît pas , pourrait, en certains cas inconnus aux spectateurs , changer ï effet de celles qu'on connoîtroit , c'est prétendre qu'une exception unique et momentanée à la loi , est une loi.

2.° Les miracles de Jésus -Christ n'ont pas été faits au hasard ; ils avoient un but, un dessein marqué : Dieu vouloit qu'ils servissent à prouver la mission de son Fils et l'établissement du christianisme, car enfin, dirons-nous qu'ils ont eu cet effet par hasard ? Est-ce par une combinaison fortuite des lois de la nature , que Jésus est né dans le temps que les Juifs attendolent u n ^[essie qu'ils croyoient prédit par les prophètes ; que Jean-Baptiste a paru sur les bords du Jourdain pour annoncer sa venue ; que les deux branches de la famille de David se sont réunies en lui ; qu'il s'est appliqué les prophéties connues dans les livres des Juifs; qu'il a prêché une doctrine plus sublime, une morale plus pure que tous les docteurs de Tunivers ; qu'il a fait des œuvres qui sembloient des prodiges; qu'il a formé des disciples ; que ceux-ci ont répandu l'Evangile par tout le monde? Est-ce une fatalité aveugle qui a rassemblé ce nombre infini de circonstances qui forment le tissu si bien lié de l'histoire évangélique , et tous ces caractères de ffWV^' qui vous paroissent 5/^m«^5, si frappants , siparfai-'

temenl Inirnitables , que toute l'industrie humaine n auroit jamais pu irussir à les contrefaire? Un athée , un matérialiste pourroit le dire , et s'exposer ainsi à la risée de tout honunc raisonnahle : pour vous, Monsieur, qui croyez un Dieu , une providence , qui êtes convaincu que l'ordre el la correspondance parfaite des moyens avec la fin décèlent une intelligence , vous ne le direz sûrement pas.

C'est donc, selon vos principes, l'intelligence suprême qui a établi toutes les lois particulières, en vertu desquelles .le'susa fait, quand il lui a plu, des œuvres qui semhloient des prodiges ; c'est elle qui les a fait agir au moment précis où il le falloit, quand Jésus le vouloit, et qui a fait cesser dès lors toute leur influence. Or, supposer que Dieu ait fait des lois particulières exprès pour Jésus-Christ et pour lui seul, des lois qui suspendoient à son gré le cours des autres lois; ou avouer simplement qu'il lui adonné le pouvoir de suspendre toutes les lois de la nature et de faire des miracles, n'est-ce pas dire la même chose en termes différents? Une loi faite pour un cas unique et qui déroge à toutes les autres lois, n'est-elle pas, selon votre propre définition, un miracle avéré?

3.° Si les prodiges de Jésus-Christ sont seulement l'effet de quelques lois inconnues de la nature, ce maître divin dont vous rcconnoissez la haute sagesse, les vertus héroïques, la candeur ennemie de toute ostentation , est dans le fond le plus grand fourbe , le plus insigne imposteur. Il a constamment donné ses prodiges pour un effet du pouvoir surnaturel qu il avoit reçu de son père. Toutes choses, dit-il , m'ont été données par mon Père ' . Toute puissance nia été donnée dans le ciel et sur la terre-. Le Père aime son Fils et a mis toutes choses entre ses mains 3. Son Père lui a donné le pouvoir sur toute chaire. Tout ce que j'ai, dit-il à son Père, est à vous; et toutce que vous avez, est à moi^. Le Fils ne fait rien de lui-même, mais par son Père... Comme le Père res-

t MaUh., II , 27. — s Ibid., aS, 18. — 3 Joan, 3, 35. — t Ibîd. , 17, 2, P- i Jbid., 17, 10.

REFUTE PAU LUI-MEME. 3o3

suscite les morts , et leur rend la vie; de rnêrnc le Fils donne la vie à qui il lui plaît, etc. ' .

Il a fait plus, il a voulu persuader à ses apôtres qu'ils feroient eux-mêmes des miracles en sou nom, et qu'il leur en avoit donne le pouvoir. Je vous dis en vérité que si vous avez la foi, vous direz à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle se transportera, et rien ne vous sera impossible-. Celui qui croit en moi, fera les mêmes œuvres que je fais, et même de plus grandes choses'^. Les soixante-douze disciples vinrent lui dire : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre norn^. Nous avons cite' d'autres passages semblables dans la troisième lettre. Si les œuvres merveilleuses de Jésus sont l'effet de quelques lois naturelles , y a-t-il rien de plus insensé ou de plus fourbe que ce langage? ]N'étoit-ce pas là travailler de propos délibéré à troubler le cerveau de ses disciples et à les rendre fanatiques? J'abuserois de la patience du lecteur, si j'insistois davantage sur ce point.

« Tout homme sage , dites-vous , n'affirmera jamais » qu'un fait, quelqu'étonnant qu'il puisse être, soit un )» miracle; car, comment peut-il le savoir S? » Cela signifie qu lin homme sage ne l'affirmera jamais qu après un mûr examen ; que c'est le cas d'user de la plus grande circonspection ; que ce jugement n'est pas uniquement du ressort de la physique; que c'est principalement du côté des lois morales qu'il le faut envisager. Si vous n'entendez rien- autre chose, personne ne vous contredira.

On ne peut nier qu'il ne se fasse des choses fort extraordinaires; vous en avez vu, vous en avez fait : « Je me con- » tentois, ajoutez vous, d'être sorcier, parce que j'étois » modeste; mais si j'avois eu l'ambition d'être prophète,

' Joan.y 5, 19 cl 21. — 2 Matili. , 17 , 19. — 3 Joan,, 14, la. — 4 Luc, 10 1 17. — 5 Troisième lettre, p 8g,

o<Vf LK DKISMF.

»> ([ui m'en eût empêché?» La rralntc d'en être !a dupe

toinme vous l'auriez sûrement été.

llien de si commun , selon vous, que des opérations que l'on auroit prises autrefois pour des miracles. L'élude de la nature y fait faire tous les jours de nouvelles découvertes; l'industrie humaine se perfeclionne tous les jours; la chimie curieuse enfante des merveilles à faire sij;ner mille fois le peuple qui les vcrroit. Un physicien de collège va en Guinée faire de la glace, voilà les INcgrcs prêts à Tadorer.

Cela est fort beau en spéculation , mais la prali<iue ne va pas si vite. Nos missionnaires ont étonné nulle fois les (Chinois par des opérations de physique; ils n'ont pas fait pour cela plus de progrès. Si, avec de la physique, de la chimie, des mathématiques, on peut convertir tous les Nègres, comment, vous qui, au lieu d'être prophète, vous contentez d'être sorcier, qui êtes si zélé pour la religion naturelle , et qui la prêchez si infructueusement en Europe, n'avez-vous pas encore pris le parti d'aller l'enseigner aux Nègres? Avec vos admirables secrets , vous convertirez toute la terre : vous ferez connoître Dieu à ces malheureux peuples abrutis; vous établirez partout le pur Evangile dont vous vous croyez l'apôtre et le martyr. C'est que vous sentez qu'il faut autre chose que des prestiges pour éclairer les hommes; qu'étonner l'esprit, ce n'est pas changer le cœur : quand un infidèle se convertit, même à la vue d'un miracle, l'interruption des lois physiques n'est pas ce qu'il y a de plus merveilleux.

Vous dites que si les prêtres de Baal avoient eu monsieur Rouelle au milieu d'eux, leur bûcher eiit pris feu de lui-même, et Elle eût été pris pour dupe. Point du tout; il ne s'agissoit pas de faire prendre feu au bûcher de luimême , mais de faire descendre le feu du ciel à la vue de tous les assistants. C'est ce que fit Elle , et il n'étoit ni chimiste, ni physicien 1. 11 n'avoit ni huile de gaïac, ni esprit

* 3. Rfg., i>. x8,

RÉFUTÉ PAE LUI-MÊME 3o5

de nitre : on n'en savoit point faire alors, et pour que le miracle fût moins suspect, il fit répandre de Teau en abondance sur la victime, sur le bûcher cl sur l'autel.

« Jadis, continuez-vous, les prophètes faisoient descen- » dre le feu du ciel ; aujourd'hui les enfants en font au- » tant avec un petit morceau de verre ». » Vous vous jouez de vos lecteurs. Les enfants qui allument un peu de bois, en rassemblant les rayons du soleil avec un morceau de verre, étonneront pour un moment le peuple ignorant; mais les plus stupides mêmes ne s'imagineront pas qu'ils fassent descendre le feu du ciel. Au temps des prophètes on ne connoissoit pas les miroirs ardents; et dès qu'il est question de machine, le peuple n'est plus la dupe.

« Josué fit arrêter le soleil ; un faiseur d'almanach va le » faire e'cHpser, le prodige est encore plus sensible. » Une matière aussi sérieuse demanderoit des objections moins puériles. Le soleil éclipsé ne fut jamais un miracle chez les Hébreux , le soleil arrêté en seroit un , même parmi nous.

Rassemblez, tant qu'il vous plaira, les laboratoires de physique, les foires de Paris, les prestiges des convulsions, tous les arts de l'Europe, vous étonnerez le peuple, mais vous ne le subjuguerez pas. Vous avez beau dire que les Européens avec leurs arts, ont toujours passé pour des dieux parmi les Barbares ; ces dieux si puissants ne peuvent cependant changer ni les esprits ni les cœurs. Les Barbares regardent, écoutent, admirent, et retournent tranquillement à leurs pagodes. Qu'on leur donne un maître tel que Jésus-Christ et ses apôtres , bientôt ils seront convertis.

§xv.

a Je ne sais, dites-vous, si l'art de guérir est trouve', ni » s'il se trouvera jamais; ce que je sais, c'est qu'il n'est

> 3. Rf^; p. 91.

3o6 LE DÉISME

» pas hors de la nature. 11 est tout aussi naturel qu'un » homme guérisse, qu'il l'est qu'il tomhc malade; il peut » tout aussi-hicn {^ucrir suhilcment, que mourir subite- » ment I. » Tout cela n'est ni vrai ni exact. Qu'un homme guérisse lentement et par des remèdes, cela est (hins la nature ; qu'il guérisse subitement à la volonté d'un autre, cela n'y est plus. Vn homme d'un coup de marteau peut briser une montre, la relablira-t-il d'un coup de marteau sans miracle? De la manière dont les organes du corps humain sont faits et compliques, ils peuvent être aisément et subitement déranges; pour les remettre dans leur état naturel, c'est autre chose. Dès qu'ils sont altérés à un certain point, la mort doit naturellement s'ensuivre; alors ils ne peuvent être rétablis dans leur premier état, que par l'ouvrier tout-puissant qwi les a formés. C'est là du l)on sens le plus simple.

S'il est vrai qu'un homme peut tout aussi-bien guérir subitement, que mourir subitement, que n'ajoutez-vous encore qu'il peut aussi ressusciter subitement?

\ ous ajoutez un correctif: « Il y a pourtant, je l'avoue, » des choses qui m'étonneroient fort, si j'en étois le té- » moin : ce ne seroit pas tant de voir marcher un boiteux, « qu'un homme qui n'auroit point de jambes, ni de voir >> un paralytique mouvoir son bras, qu'un homme qui » n'en a qu'un, reprendre les deux. » Cela vous étonneroit sans doute ; mais cela ne vous feroit pas changer d'avis , parce que vous êtes bien résolu de n'en discéder jamais. Bientôt vous nous en ferez l'aveu.

« Cela me frapperoit encore plus, je l'avoue, que de » voir ressusciter un mort ; car enfin un mort peut n'être » pas mort. » De l'aveu de tous les physiciens qui ont disserté sur les signes de la mort , il en est qui sont certains , et qui ne sauroient tromper. L'odeur fade et dégoûtante qu'un cadavre commence à exhaler presque aussitôt qu'i' est refroidi , n'est pas un signe équivoque. Alors , il es !

I 3. Reg., p. 93,

faux cle dire que ce mort peut hleii n'êlre pas mort. Où en seroit-on , si l'on n'étolt sûr de la mort , que quand un cadavre est capable d'infecter les vivants?

« Au reste, continuez-vous, quelque frappant que pût » me paroître un pareil spectacle, je ne voûdrois pour » rien au monde en être le témoin; car, que sais- je ce » qu'il en pourroit arriver?Au lieu de me rendre crédule, » j'aurois grande peur qu'il ne me rendît fou. » Cette confession n'est pas inutile; elle nous fait comprendre jusqu'où va l'entêtement des hommes à système. Us démcntiroient plutôt leurs propres yeux et tous leurs sens réunis, que de démordre de leurs opinions.

Ainsi , Monsieur , la vérité perce malgré vous. Vous lui rendez l'hommage le plus solennel, en affectant de la méconnoître. Vous avouez l'impression terrible que feroit sur vous la vue d'un miracle , n'est-ce pas confesser par-lù même l'empire absolu de cette preuve sur tous les esprits, et les raisons supérieures qu'a eues la Sagesse divine de s'en servir pour convertir le monde? 11 faut de deux choses l'une , ou que cette preuve rende les hommes dociles, ou qu'elle les rende fous. Vous craignez l'alternative ; rassurez-vous , Dieu n'a pas coutume de faire des miracles pour ceux qui en ont peur.

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