XVI
Vous nous renvoyez à M. Bruhier , pour examiner la résurrection de Lazare ; voyons s'il raisonne mieux que vous. Lazare étoit déjà dans la terre? S croit- il le premier homme qu'on aurait enterré vivant? Oui, il seroit le premier homme qui seroit demeuré vivant dans la terre pendant quatre jours , après avoir été malade , et avoir paru mort de défaillance. Pour savoir si une narration est vraie, il ne faut point en supprimer, ni en altérer les circonstances. Il y étoit depuis quatre jours? Qui les avoit comptés-? Ceux qui l'avoient enterré , et dont les disciples de Jésus purent l'apprendre, Cette circonstance est répétée deux fois; U
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première par rcvangelislc liii-mr'inc ; la seconde par la sœur (lu mort. Ce n'est pas Jésus qui élo'U absent. C'est Jésus lul-mcmc qui, quoique absent , savolt la mort «le Lazare, et qui Taunonce à ses disciples, en ajoutant ces paroles remarquables : « Lazare est mort et j'en suis bien » aise à cause «le vous, afin que vous croyiez , puisque je » n'etols pas là quand il est mort». » Il puoit déjà. Qu'en savez-vous? Sa sœur le dit, voilà toute la preuve. Ce n'esl point toute la preuve , puisque 1 cvant^cllste ctoit présent, et que le mort (itolt enterré depuis quatre jours ; il n'en fallolt pas tant pour le rendre infect, .lésus ne fait que lappeler , et il sort. Prenez garde de mal raisonner , il s'aglssoit de l'impossibilité physique , elle n'y est plus. Quoi ? Il n'y a plus d impossibilité physique qu'un mort de quatre jours se lève à la voix de Jésus? On se moque de nous : on déraisonne , en nous avertissant de ne pas mal raisonner. Jésus faisoit bien plus de façons dans d autres cas qui n'ctoient pas plus difficiles : pourquoi cette différence , si toià éloit également miraculeux i^ Quand nous ne pourrions pas donner raison de cette différence, cela porteroit-il quelque préjudice à la substance même du miracle? Que Jésus en ait agi ainsi pour exciter l'attention de ses auditeurs, pour se proportionner à leur génie , pour faire paroîlre le fait moins miraculeux , ou pour d'autres raisons, que nous importe? Ceci peut être une exagération, et ce n'est pas la plus forte que saint Jean ait faite : [en atteste le dernier verset de son Evangile-. En contredisant formellement les historiens, en les accusant d'exagération, en supprimant ou défigurant les circonstances, il n'est rien que l'on ne puisse faire paroître douteux et même faux. Si l'on appliquolt à l'histoire profane la méthode selon laquelle on examine les miracles de Jésus-Christ, y aura-t-il un seul événement qui puisse encore passer pour certain ?
Vous revenez à vos conjectures physiques. « On vient » de trouver le secret de ressusciter les noyés ; on a déjà
I Joan., 11,1;^.--» Ibid. , ai , aS.
RÉFUTÉ PAR LUI-MEME. Sog
o cherche celui de ressusciter les pendus ; qui sait , si dans ») d'autres genres de mort , on ne parviendra pas à rendre » la vie à des corps que l'on en avoit cru prives ' ? » On a trouve le secret de rappeler à la vie des hommes qui paroissoient morts , et qui ne l'étoient pas , en qui la suffocation n'avoit pas encore éteint toute chaleur naturelle , en qui par conséquent il restoJt encore un principe dévie; mais on ne s'avisera jamais de chercher, et l'on ne parviendra point à trouver le secret de ressusciter des hommes morts de défaillance et de langueur comme Lazare , qui ont été quatre jours dans le tomheau , et dont l'odeur cadavéreuse n'atteste que trop bien la mort.
Vous argumentez dans une note sur les circonstances de quelques miracles de l'Evangile. Pour guérir un aveu^^le, Jésus emploie de la salive , et une autre fois de la boue ; il ne le guérit point entièrement par la première opération , il faut la recommencer : à quoi bon tout cela pour un miracle? La nature dispute-t-elle avec son maître? jNe suffitil pas qu'il veuille? Ou bien osera-t-on dire que Jésus veut se faire valoir et amuser les spectateurs? Choisissez 2.
Je réponds que le choix n'est pas nécessaire. Quand il y auroit dans la conduite de Jésus , aussi-bien que dans sa doctrine , des choses dont nous ne pouvons rendre raison, seroit-ce un motif suffisant pour douter du reste ? Nos adversaires , avec toute leur capacité et leurs talents supérieurs, rendent-ils raison de tout dans leurs divers systèmes? Sur les questions mêmes de la religion naturelle, dans les matières qui semblent être uniquement du ressort de la raison , l'on est forcé d'avouer que les objections insolubles sont communes à tous les systèmes^; et dans l'hypothèse d'une révélation surnaturelle, dans des choses qui dépendent du bon vouloir de Dieu , on veut que tout soit dans un degré de clarté à l'épreuve des chicanes mêmes d'un esprit censeur et malin : où est la justice?
Dès qu'un homme a donné des marques d'une sagesse
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OIO LE r»KISME
et tViino priulence peu comimuic, on ne commence pas par coiulainncr celles de ses actions dont on n'aperçoit pas d'abord le but ni le nu)tif ; on suppose (ju'il a ses raisons, et Tequitc naturelle le deniande. Puisque de votre aveu I , Jésus a montrcvune sagesse , un désintéressement , une grandeur dame , un empire sur ses passions , dont personne n'approcba jamais, ne devons-nous pas présumer qu'il n'a rien fait que pour des raisons supérieures , et souvent imperceptibles aux yeux du vulgaire? On convient que pour la doctrine , Jésus en savoit plus que tous les hommes ; et dans l'examen de ses actions , Ton veut que nous en sachions autant que lui.
§XVJI.
« Donnez-moi , dites-vous , des miracles qui demeurent » tels, quoi qu'il arrive , dans tous les temps et dans tous » les lieux. Si plusieurs de ceux qui sont rapportés dans » la Bible , paroissent être dans ce cas , d'autres aussi pa- » roissent n'y pas être. Réponds-moi donc, théologien, » prétends-tu que je passe le tout en bloc , ou si tu me » permets le triage? Quand tu m'auras décidé ce point, » nous verrons après-. »
11 est tout décidé ; on vous laisse le choix. On vous soutient que tous les faits qui sont donnés dans la Bible pour des miracles, le sont, et le seront dans tous les temps et dans tous les lieux ; que vous ne parviendrez jamais à prouver que ce sont des faits naturels , sinon en altérant les circonstances , en démentant l'historien, en supposant de l'exagération , toutes voies auxquelles la bonne foi ne permet point d'avoir recours. Quand à force de subtilités et de chicanes, vous seriez venu à bout de jeter des nuages sur quelques-uns , la multitude , la variété , la continuité, la sainteté des miracles de Jésus-Christ forment un assemblage de caractères impénétrables:» tous vos traits. Dans les
» Emile , t. 3 , p. l65. — * Troisième lettre , p. 96,
RÉFUTÉ PAR LUI-MÊME. 3ïl
preuves morales, cliacune examinée en particulier, peut être sujette à contestation ; leur réunion ne produit pas moins la certitude morale , qui e'quivaut souvent à l'évidence métaphysique. Tous vos raisonnements sortent de ce principe, qui est celui du bon sens, et ne prouvent rien.
Vous nous faites observer, qu'en supposant tout au plus quelque amplification dans les circonstances , vous n'établissez aucun doute sur le fond de tous les faits. « c'est , » ajoutez-vous , ce que j'ai déjà dit , et ce qui n'est pas su- » perflu de redire i. « L'eussiez-vous répété cent fois, la remarqvie n'en vaut pas mieux; l'altération ou l'amplification d'une seule circonstance suffit pour changer ^in fait miraculeux en un fait purement naturel , par conséquent pour altérer essentiellement l'histoire. Quand les évangélistes racontent que Jésus -Christ a rassasié cinq mille hommes avec cinq pains , si l'on suppose qu'il n'a rassasié que cinq hommes, il n'y a plus de miracle; c'est le nombre seul qui le caractérise. Si saint Pierre n'est pas allé trouver Jésus-Christ en marchant sur les eaux , mais en nageant , cette circonstance changée fait disparoître le prodige. Que Jésus-Christ ait guéri un aveugle en lui appliquant un remède , ou en lui frottant les yeux avec de la boue , le fait est essentiellement différent. Supposer dans les évangélistes de l'exagération dans les circonstances des faits, c'est donc attaquer le fond même de leur histoire; c'est les accuser d'avoir été , ou tout-à-fait stupides , ou témoins de mauvaise foi : l'un et l'autre soupçon est également injurieux à ces grands hommes , et au Maître divin qui les a choisis.