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Selon vous, « Jésus éclairé de l'esprit de Dieu, avoit » des lumières si supérieures à celles de ses disciples, qu'il
'Troisième lettre,, p. g6.
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n n'est pas ctonnantquil aitopcredes multitudes de choses » extraordinaires, où l'ignorance des spectateurs a vu le » prodige qui n'y etoit point. A quel point, en vertu de » ces lumières pouvoit-il agir par des voies naturelles, in- » connues à eux et à nous? Voilà ce que nous ne savons » point, et ce que nous ne pouvons savoir. »
Il est assez singulier que vous rcconnoissicz Jésus éclaire de l'esprit de Dieu, sans vouloir convenir qu il en avoit aussi le pouvoir, comme si l'un avoit ete plus difficile à lui communiquer que 1 autre , et quoique Jésus l ait ainsi assure' plusieurs fois. Le témoignage d'un Maître si saint et si sage ne suffit-il pas pour nous convaincre qu'il a fait toutes ses œuvres par le même esprit et par la même puissance; qu'il n'a pas agi , tantôtpar des lumières naturelles, et tantôt par un pouvoir divin ? 11 a témoigne qu'il guërissoit le paralytique par le même pouvoir qu'il remettoitlcs pêches'; qu'il chassoit les démons par le doigt de Dieu 2; qu'il alloit ressusciter Lazare , parce que son père l'avoit exaucé^ : il a déclaré que toute puissance lui étoit donnée dans le ciel et sur la terre 4; qu'il avoit reçu de son père le pouvoir sur toute chair ^ : non-seulement il en a fait usage , mais il l'a communiqué à ses apôtres^; il leur a ordonné d'en user en son nom 7, et ils attestent qu'ils l'ont exercé à son exemple. Il n'y a donc ici aucun lieu à lillusion. S'il n'est question que de quelques opérations naturelles , Jésus et ses disciples sont les plus grands fourbes de l'univers : Dieu a donné par eux au monde entier , un spectacle mille fois plus incompréhensible que les miracles mêmes.
Vous vous plaignez de nouveau dans une note de l'injustice de vos accusateurs. «]Sos hommes de Dieu veulent » à toute force que j'aie fait de Jésus un imposteur. » Non sans doute , vous ne l'avez pas dit en propres termes ; mais vous nous avez laissé douter, si ce n'étoitpasun fanatique,
1 Matt.,g, 6. — ^Luc, 11, 18. — 3 Joan,, ii, ^i.— iMatth., 28, 18. — 5 Joan.t 17, a. — 6 Matlh., xo , l et 8. — ; l.uf, 10 , 17.
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et si la tête ne lui a pas tourné ». Ici vous raisonnez de manière à nous faire conclure , que c'étoit un imposteur qui a cherché de propos délibéré à brouiller le cerveau de ses disciples, et à faire illusion à tout le monde.
« Que devons-nous donc penser, concluez-vous, de tant »> de miracles rapportés par des auteurs véridiques, je n'en » doute pas, mais d'une si crasse ignorance, et si pleins » d'ardeur pour la gloire de leur maître? Faut-il rejeter » tous ces faits? INon. Faut -il tous les admettre? Je l'i- » gnore^.M Commençons par relever une petite contradiction. Ailleurs vous avez supposé que les disciples de Jésus étoient fort intelligents dans les choses saintes^; ici vous exagérez leur crasse ignoiance : c'est votre méthode ordinaire. Mais leur ignorance a-t-elle pu aller jusqu'à se persuader que Jésus leur avoit donné le pouvoir de chasser les démons, et de guérir les maladies , quoiqu'il n'en fût rien ; qu'ils avoient effectivement opéré des miracles , quoique cela ne fût pas vrai? Ce n'est plus ignorance; ou c'est aliénation d'esprit et folie complète , ou c'est mensonge et fourberie préméditée.
Les disciples de Jésus étoient ignorants lorsqu'ils se mirent à sa suite ; mais dans leurs écrits , dans leur prédication , dans leurs succès , ce sont des sages qui étonnent le monde entier; ou Jésus leur a communiqué sa propre sagesse , ou il a fait descendre sur eux l'esprit de Dieu , comme il l'avoit promis. On vous laisse le choix. Dans l'un et l'autre cas vous avez également tort de rejeter leur témoignage.
§XK.
Vous prétendez dans une note , « qu'il y a dans TEvan- » gile des miracles qu'il n'est pas même possible de pren- » dre au pied de la lettre , sans renoncer au bon sens. Tels » sont , par exemple , ceux des possédés. On reconnoît le
A M. de Beaumont , p. 84> — * Trobième lettre, p. 97. — 3 Ibid.f p. 83»
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» diable à son oeuvre; et les vrais possèdes sont les me'- » chants; la raison n'en reconnoîtra jamais d'autres'.» Si la raison n'est pas asscx éclairée pour en roconnoître d'autres, rKvan}i;ile destiné à redresser la raison, doit nous rendre plus intelligents. En rejetant de l'Evanj^iletout ce que nous ne concevons pas par la raison seule , nous le réduirons bientôt à rien. Ce n'étoit pas la peine de montrer ailleurs tant de respect pour lui, dès que vous prétendez en juger tout comme d'un antre livre.
Vous vous elïorccz de tourner en ridicule ces démons que Jésus chassa du corps d un homme, qui se jetèrent dans un troupeau de pourceaux, et allèrent se précipiter dans la mer. Juste Dieu ! vous écriez-vous , la tête tourne, on nesaitoù l'on est. Cela n'est pas étonnant; dans le chaos systématique que vous avez formé , il n'est pas aisé de se reconnoître. 11 faut tan tôt regarder les faits de. Tésus comme les mieux attestés 2, et tantôt en contredire formellement l'histoire; faire envisager Jésus-Christ, tantôt comme le modèle des sages, tantôt comme un cerveau échaufié ; peindre ses disciples quelquefois comme des historiens véridiques, d'autres fois comme des ignorants , dont le récit choque le bons sens ; entasser les contradictions , et ne jamais se dédire : la tête pourroit tourner à moins. Je défie tout homme infatué de vos principes , d'oser lire l'Evangile , sans être tenté vingt fois de le jeter au feu. Convenir qu'en le prenant à la lettre la tête vous tourne , n'estce pas avouer que vous en avez une fausse idée?
Si vous aviez réfléchi davantage sur le miracle qui vous scandalise, vous en auriez peut-être mieux senti la f;n et l'utilité. Vous savez que la Judée étoit pleine de sadducéens, qui nloient l'existence des esprits, par conséquent des démons , qui attribuoient les symptômes des possédés à la manie , aux passions hystériques , à la mélancolie , comme font encore aujourd'hui les incrédules, et que Jésus-Christ a disputé plusieurs fois contre eux. Quand les
' « Troisième leUre , p. 98. — » Emile , tome 3 , p. x63,
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démons demandèrent à Jésus la permission d'entrer dans les corps des pourceaux , et que l'on vit ceux-ci courir se • précipiter dans la mer, ce n'étolt plus le cas d'attribuer ce phénomène à une imagination dérangée ou à une maladie naturelle. Ce seul miracle suffisoit pour confondre lessadducéens, et il est très-vraisemblable que ce fut l'intention du Sauveur. Il est très-fâcheux que vous vous trouviez enveloppé dans leur condamnation.
L'autorité des lois, ajoutez-vous , ne peut s'étendre jusqu'à nous forcer de mal raisonner. INon assurément; mais la loi et la parole de Dieu peuvent étendre leur autorité , jusqu'à nous forcer d'avouer que nous raisonnons mal, lors même que nous croyons bien raisonner. Tout raisonnement contraire à la loi et à la parole de Dieu , est de toute nécessité un faux raisonnement.