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Quesl-cc que les hommes nous diront de plus? Leurs réi\C' lations ne font que dégrader Dieu, en lui donnant les passions humaines. Loin d'éclaircir les notions du grand Etre , je rois que les dogmes particuliers les embrouillent ; que loin de les enjiohlir, ils les ainlissent; qu'aux mystères inconcci'ables qui l'enviroiment , ils ajoutent des contradictions absurdes: qu'ils rendent l'homme orgueilleux , intolérant, cruel; qu'au lieu d'établir la paix sur la terre, ils y portent le fer et le feu^.
Je conviens que les hommes ne nous sauroient rien dire de plus que ce que la raison nous apprend , que les révélations humaines ne font que dégrader Dieu; témoin la prétendue révélation de Mahomet, et ces ridicules oracles dont se vantolent autrefois les païens; mais il n'en est pas
« Emile , tome 3 , p. I23. — -Cor. 1', 21. — ^l'ract. S, in Joan. n. i. -» ♦ Bayle, t. 3, Contin. des Pensées div, § 21, p. ai6. Mélanges de liuérat.,etc. par M. d'Alembcrt, tome i , page 4a> — ^ Emile , tome 3, p. ia3>
de même des re'vélations divines. Je vous ai de'jà montré que les accusations que vous formez, ne peuvent tomber sur la révélation faite à Moïse; et si vous avez en vue la révélation chrétienne , outre la fausseté de l'application , c'est encore une contradiction formelle avec ce que vous avez dit ailleurs I.
En avouant que les notions du grand Etre sont environnées de mystères inconcevables ^ vous établissez, sans y penser, la nécessité de la révélation et de la foi. Quand vous prétendez qu'à ces mystères on ajoute des contradictions absurdes, vous ne comprenez pas ce que je vous ai démontré dans la première lettre, que toute doctrine inconcevable doit nécessairement nous paroître absurde et contradictoire , dès que nous la comparons à nos idées naturelles. Ainsi , puisque vous admettez des mystères , on vous aura bientôt prouvé par vos propres raisonnements, que vous admettez des contradictions.
Quant à ce que vous soutenez , que les révélations rendent l'homme orgueilleux et cruel , nous remettrons , si vous l'agréez , cette discussion à la sixième lettre , où nous parlerons des abus et des maux que vous imputez au christianisme.
Mais il est étrange que vous ayez daigné répéter une objection usée à force d'être rebattue. Il vaudrait mieux n'avoir aucune idée de la Divinité, que den avoir des idées basses , fantastiques , injurieuses , indignes d'elle : c'est un moindre mal de la méconnoître que de l'outrager. J' aimerais mieux , dit le ban Plutarque , qu'an crût qu'il n'y a point de Plutarque au monde, que si l'on disait que Plutarque est injuste, envieux , jaloux , et si tyran, qu'il exige plus qu'il ne laisse le pouvoir défaire ^.
I .° L'application de cette pensée de Plutarque porte à faux ; jamais personne , à moins qu'il ne fut idolâtre ou insensé, n'a eu de Dieu ces idées basses et injurieuses. Celles que le christianisme nous donne , y sont directement op-
» Emile , tome 3, page I23. — a Ibid. t. 3, p. 3a6.
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posées. 11 nous représente Dieu sous les litres de bienfai' teur, de père, de sauveur, de rémunérateur: idées touchantes, propres à inspirer aux plus j^rossiers l'amour, la rcconnoissance , la piété, le respect envers Dieu.
2.** Cette objection n'est qu'un sophisme , comme le remarque l'auteur de TKsprit des lois. Il n'est d'aucune utilité au genre humain , que l on croie qu'un certain homme CJciste , au lieu qu'il est très-utile que l'on croie que Dieu est. De l idée qu'il n'est pas , suit notre indépendance ; ou si nous ne poui'ons pas avoir cette idée , celle de notre révolte i . Quand donc il seroit vrai, que nier l'existence de Dieu , c'est lui faire une moindre injure que d'en avoir une fausse idée ; c'est du moins un plus grand malheur pour la société. Or Dieu désapprouve non-senlcment ce qui lui fait déshonneur, mais encore ce qui est pernicieux au genre humain.
Une des plus graves accusations que vous intentez contre le christianisme , est de nous prescrire une morale peu proportionnée aux forces de l'humanité. A force d'outrer tous les devoirs, il les rend impraticables et vains ~. Cela auroit mérité de bonnes preuves , et vous n'en alléguez point d'autre que la sévérité avec laquelle de rigides instituteurs interdisent aux jeunes personnes le chant, la danse, la culture des talents agréables, et les amusements qui conviennent à cet âge.
11 y a de l'injustice d'imputer au christianisme les travers de quelques esprits mélancoliques. Il est faux que l'on interdise les amusements du monde en général; on n'en blâme que les excès et les abus, contre lesquels vous déclamez vous-même avec raison. On ne défend point aux jeunes filles le chant, la danse, la gaieté , pourvii qu'elles ne s'y livrent qu'avec les personnes de leur sexe : mais permettre les assemblées confuses de jeunes gens , les bals , les spectacles , les courses nocturnes , c'est une licenc que vous n'approuverez sûrement pas. On défend encore moins aux
» Esprit des Lois , liv, 2^ , chap. a. — » Emile , t, 4 . ?• 6a.
femmes la culture des talents agréables, pourvu qu'elles n'en fassent usage, comme vous le souhaitez, que pour l'amusement de leurs époux. Personne qui n'applaudisse de grand cœur à tout ce que vous dites sur un article si important , et si capable de contribuer à la réforme de nos mœurs. Plût au ciel que l'on suivît partout le véritable esprit du christianisme ! Tant de bons avis que vous donnez, et qui ne sont que trop nécessaires, se trouveroient superflus. Mais il ne falloit pas y mêler des imputations finisses et odieuses, cela empêche tous les bons effets qu'ils pourroient produire.
§ Vlll.
On me dît qu'il falloit une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu voulait être servi; on assigne en preuve la divcrsiié des cultes bizarres qu'ils ont institués ; et l'on ne voit pas que cette diversité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés défaire parler Dieu , chacun l'a fait parler à sa mode, et lui a fait dire ce qu'il a voulu. Si l'on n'eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme, il n'y auroit jamais eu qu'une religion sur la terre ^ .
Dites mieux, Monsieur, il n'y en auroit point eu du tout. Dieu ne dit point au cœur de l'homme quelles sont les pratiques extérieures qui peuvent lui plaire : or, sans culte extérieur, public et uniforme , la religion ne sauroit subsister long-temps parmi les hommes. Nous ne sommes point de purs esprits, la société ne se maintient point par des pensées et par des sentiments, mais par des actions et des pratiques; si quelque spectacle ou cérémonie ne frappe les sens et ne réveille les sentiments de religion, bientôt le culte de l'esprit et du cœur s'évanouira, le genre humain retombera dans la barbarie, dont les institutions religieuses l'ont fait sortir. Dès la naissance da
I Emile, tome 3, page ia3.