‹ Le délire chronique: à base d'interprétationChapitre 11 sur 27 · LAN · texte numérisé non relu

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jambes, un soir, dans son lit et ces frottements, ces tiraillements qu’il éprouve du côté du cœur, ces accès d’angoisse qu’il exprime en disant que l’air lui manque ou est empoisonné: impressions vagueset fugaces quiapparaissent et s’en vont brusquement, au gré des circonstancos, de ses interprétations et de ses émotions. Enfin, malgré les manœuvres d’exorcisme auxquelles il a été soumis, échappant aux suggestion combinées du curé et du Dr B..., il oppose une résistance remarquable aux idées de possession si fréquentes dans les délires hallucinatoires. « Dans la vraie paranoïa, dit Krarreun (1), j'ai quelquefois observé l’idée délirante

d’une influence provenant d'aliments empoisonnés, mais

jamais par contre la conception d’être livré comme un jouet inerte à la domination d’une personnalité étrangère. »

Les seuls troubles sensitivo-sensoriels à retenir seraient

donc quelques hallucinations de l’ouïe. Mais ces voix, qu'il entendait le soir par la cheminée et dont la traduction la! plus précise qu’il ait pu donner est « Fous ton camp », ne!

répondent-elles pas plutôt à des illusions ?

Par contre les interprétations sont multiples constituant le système dès maux qu'il endure et des remèdes qu'il y cherche. En ramenant tout au jeu de maléfices que chacun se renvoie, fait-il autre chose que de participer aux croyances de chez lui? Successivement, il à recours aux trois puissances qui peuvent encore lutter de prestige pour un homme de son village : la sorcellerie, la religion et la science. S'il n’est pas sain d'esprit, c’est donc uniquement qu'il se croit personnellement une victime, perpétueilement une victime, c’est qu'il est persécuté.

Sans doute, il déclare qu'avant sa maladie il était d’un naturel très gai, cherchant la compagnie, aimant à chanter.

(1} KRæpreLN, Psychiatrie Bd. IT, p. 610.

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