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son égoïsme, elle se classerait d’autant plus facilement dans le groupe des persécuteurs que ses interprétations n’ont pas à se combiner ni à former de roman complexe; chacune suffit à déterminer des réactions offensives. Elles se renouvellent incessamment et manifestent la constance du sentiment qui les provoque (1).
Leroy, dans sa thèse sur les persécutés-persécuteurs, rapporte un exemple assez änalogue de jalousie morbide chez une femme qui ne procédait que par fausses-interprétations, son esprit d’ailleurs étant lucide et sa mémoire très développée. Douée d’une hérédité nerveuse chargée, Marie Z... se montra dès son enfance jalouse de laffection de sa mère, au reste profondément égoïste, émotive à l’excès. À 17 ans, elle devient la maîtresse d’un étudiant ami de sa famille. Elle tombe malade de se voir abandonnée. Soignée par le père de son amant elle a des relations avec lui. Elle est enceinte et accouche d’une fille. Puis elle renoue avec son amant et se place enfin pour plusieurs années comme institutrice dans une grande famille anglaise.
Elle témoignait un amour exagéré pour sa fille. Elle refuse de lui laisser faire sa première communion à 185 ans, pour qu’elle ne subisse pas d'influence étrangère. Elle ne lui permet aucune société, s’oppose à son mariage et prononce des menaces de mort contre un des fiancés.
Elle se plaint constamment de n’être pas suffisamment aimée. Sa fille ayant fait la connaissance d’un jeune secrétaire d’ambassade qui Paurait volontiers épousée, elle tombe amoureuse du jeune homme, qui s'éloigne. Elle en fait une maladie. Eile redevient amoureuse, à 50 ans, d’un ouvrier.
(1) Dans sa thèse sur les délires de jalousies (Paris, 1901), ParenT cite des cas semblables de délire systémalisé chronique avec prédominance d'idées de jalousie : ces malades sont-ils des interprétateurs ou des perséeuteurs ?
Leur délire est aussi riche en interprétations que leur conduite en actes de persécution.
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Elle l'envoie souvent chercher par sa fille et commet mille extravagances.
Abreuvée d'insultes sur sa naissance illégitime, sa fille la quitte, se place comme institutrice à Paris et se lie avec une dame ; mais elle est bientôt poursuivie par sa mère qui, recevant de cette amie l’hospitalité, lui reproche de se livrer avec son enfant à des pratiques inavouables. A la suite de scènes épouvantables, la mère et la fille doivent encore se séparer. Mais, après avoir écrit plusieurs lettres d’injures et provoqué quelques scandales, la mère oblige sa fille à quitter la maison d'éducation où elle était, disant qu’elle y est séquestrée, puis elle la persécute, prétend la mener chez une somnambule pour l’arracher aux influences dont elle aurait été victime. Enfin, elle tire un coup de revolver sur l’amie de sa fille et regrette ensuite de ne pas l’avoir tuée. Internée, elle se montre hautaine et vindicative, vit isolée, n’admet aucune plaisanterie.
Interprétateurs. —Revendicateurs
Ï! arrive que chez certains malades le délire d’interprétation et les tendances quérulantes, au lieu de se combiner en un même système, restent juxtaposés, exprimant, suivant les cas, tel ou tel aspect d’une personnalité pathologique dont l’orgueil et lautophilie font toute l'unité. Ainsi, Laurentine H..., dans des conversations distinctes, manifestera soit des idées de persécution, soit des idées de revendication. Malgré sa réticence, il paraît légitime de considérer les deux systèmes comme ayant une certaine indépendance réciproque.
OgservaTion V. — Laurentine H..., âgée de 38 ans a étéinternée en août 4902 à l'asile de Vaucluse, d’où elle a été transférée à la Salpêtrière en novembre 1906.
Son père estmort récemment à 73 ans. Il avail réputation d'al-
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“ coolique et de fou. Veuf assez jeune d’une femme qui dut mourir de la tuberculose, il abandonne ses trois enfants et se remarie.
La malade, élevée par une tante de caractère romanesque, ne parait pas avoir eu pour son nee des sentiments d’estime et de sympathie trop marqués. Elle n’a pas eu de maladies sérieuses dans son enfance, mais elle n’a jamais été réglée. Elle réussissait bien dans ses études. Munie, à 17 ans, de son brevet élémentaire, elle va comme institutrice passer 3 mois en Angleterre. Puis elle revient à Paris aider sa tante à tenir un hôtel meublé.
À 21 ans, elle a une première liaison avec un de ses locataires, auteur d’une pièce pour le Vaudeville, qui la décide à se faire actrice. Elle a plusieurs engagements, soit à Paris, soit dans les villes d'eau, gagnant sa vie très suffisamment, avec des mensualités qui ont atteint 450 fr. Elle ne voulait pas épouser son amant, qu'elle trouvait vulgaire, brutal, peu cultivé.
À 26 ans, faisant partie d’une troupe en tournée, elle est courtisée par le beau-frère du directeur, M. K..., «un jeune homme de 23 ans, l’air doux, poli,très aimant, un type d’adolescent, un Fortunio ». Six semaines après, par le fait de circonstances un peu indépendantes de leur volonté, elle devient sa maitresse, puis ils se quittent au bout de quelques jours, la troupe se rendant à Cauterets, et c'est là que pour la première fois la malade eut des interprétations délirantes. On la regarde, on la surveille : ce sont des émissaires de son ami, elle craint d'avoir commis une faute. « Ce jeune homme était peut-être destiné à se faire prêtre. Elle est sans doute la première femme qu'il ait connue. Il ne songeait qu’à faire du platonisme. Certainement elle-aurait pu résister à ses instances. » | -
Rentrée à Paris, elle le recoit quelquefois, mais son premier amant revient, lui loue une chambre et pendant l'hiver 1898-99 elle ne sait à qui satisfaire, jusqu’au jour où K..., son « Fortunio », lui apprend qu'il va se marier.
En 99 elle entreprend des études de sage-femme. Ayant congédié son premier amant en avril 1900, elle se lie, en 1901, avec un Anglais, ami d’une de ses camarades. Il passent un mois de vacances à la mer et, l'hiver suivant, ils s'apprêtent à vivre dans le même hôtel. Mais le jour où son amant devait s'installer elle entend au-dessus d'elle la voix de K... Elle est prise d’une syncope. Pendant trois jours qu’elle reste enfermée avec une