‹ Le délire chronique: à base d'interprétationChapitre 21 sur 27 · TA ES · texte numérisé non relu

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tion. Elle continue à demander sa sortie, affirmant qu’ellese contentera de faire le travail dont elle est capable, qu'elle laissera sa belle-mère toucher les loyers. :

Depuis six ans qu’elle est internée, ses facultés intellectuelles sontrestées intactes.Elle est toujours obsédée par la présence de cet amant qui la domine, quoiqu'invisible. Les scènes d’épouvante . sont peut-être plusrares.Seules paraissentavoir décliné véritablement les idées mystiques et les idées de culpabilité. Mais depuis qu'elle est à l'asile, elle s'est progressivement persuadé qu’elle avait des droits à faire valoir. Elle se croit lésée dans ses intérêts, dépossédée. Elle entreprendrait volontiers un procès, et recourrait au besoin à des moyens plus violents.

Sur le même terrain ont donc pu se développer, peut-être en rapport avec ladiversité des circonstances, le délire de revendication et le délire à base d'interprétation, ce qui atteste une parenté morbide assez étroite. Elle se confirme encore par l’existence de formes mixtes. Tel serait, d’après SÉRIEUX et Carcras, le cas de cet officier d'infanterie de marine dont Aiges et CnarpenrieR ont rapporté le cas dans l’Æncéphale (août 1907).

« Mis en non-activité pour infirmités temporaires, il fit une grande quantité de démarches, » pensant « qu’il devait être nommé lieutenant-colonel »; et, se croyant desservi, « ilréagit par de nombreuses plaintes et de nombreuses réclamations, rédigea une protestation destinée à la Chambre des députés et au Sénat ». Mis à la retraite un peu plus tard, il eut la pensée de se présenter à la députation, puis il finit par se persuader que non seulement il pourrait être ministre * de la guerre, « mais suivant la loi telle qu’il Pinterprète il doit être ministre et en nele nommant pas c’est une injustice que Von commet ». Il se fait faire un cachet portant son nom entouré de ces mots : « Présidence de la République. Le ministre dela Guerre. » Ayant rencontré M. Fallières 1l s’imagine qu'il luia fait des signes d'intelligence. Au moment de la nomi-

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nation de M.' Etienne comme ministre de la Guerre, il envoie au Président de la République un long manifeste de protestation. « Vous êtes, écrit-il, le premier administrateur, le commandant en chef de la France; vous ne m’obligerez pas à

, requérir l’emploi de la force armée contre certains ministres.

Mes 10 campagnes de guerre dans les 5 parties du monde, mes services d’Etat-major, mes services de guerre d'éclat, les 40 affaires de Guerre auxquelles j’ai pris part, ma citation à l’ordre du jour de l’armée me désignent naturellement pour être ministre dela Guerre. » Déçu dans ses espérances, il rédige un « ordre du ministre de la Guerre aux sénateurs, députés, généraux, officiers, sous-officiers, caporaux et soldats » dans lequel il stigmatise «un lâche bandit vaniteux, qui n’a jamais servi dans l’armée, pas même comme simple soldat, ni pris part à aucune affaire de guerre... Accordez-lui, continue-t-il, les honneurs du pied et de la cadouille, appliqués vigoureusement surle cul etles fesses, ainsi qu'aux badauds qui Pintitulent faussement ministre de la Guerre, jusqu’à ce qu'ils reconnaissent ma qualité légale de ministre de la Guerre ».

Il écrit à M. Clemenceau, chargé de former un ministère : « Je ne vous permets pas de me voler ou de melaisser voler mon portefeuille de ministre de la Guerre ni d'en disposer pour quelqu'autre,civil ou militaire, quine manquerait pas de perpétuer le désordre qui existe dans l’armée. Indépendamment du ministère de la Guerre, qui m'est attribué légalement, je me chargerais provisoirement du ministère de la Marine, pour trouver l’officier de marine qui a les plus brillants états de guerre en mer. »

Le général Picquart étant nommé à sa place, il rédige une plainte à la Chambre des députés concluant à la mise en accusation de MM. Fallières, Président dela République, Clemenceau, ministre de l'Intérieur, et Etienne, ancien ministre de la Guerre.

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