‹ Le délire chronique à évolution systématiqueChapitre 2 sur 18 · SOUCIS · texte numérisé non relu

SOUCIS

LE DÉLIRE CFIRONIQUE

En outre de l’âge, une autre particularité des plus importantes appartient aux délirants chroniques : nous voulons parler de l’intégrité de l’état mental antérieur, La maladie frappe des sujets le plus souvent indemnes de tares héréditaires, n’ayant jusqu’alors présenté aucune anomalie intellectuelle ou morale, et d’ordinaire d’une intelligence développée : « Le délire de persécution, dit Lasègue, n’est pas la conséquence d’une forme de caractère : il se produit chez des individus très différents les uns des autres par leur humeur hahituelle. » Chez les dégénérés au contraire, à défaut de l’apparition précoce du délire, il est toujours possible de retrouver l’existence, dès la jeunesse, de défectuosités psychiques. Sans doute, un délirant chronique peut avoir des antécédents héréditaires : il peut s’en rencontrer aussi qui soient porteurs d’une malformation physique : mais des tares héréditaires se rencontrent en dehors des dégénérés, et chez des paralytiques généraux, cheÈ des maniaques simples et môme chez des individus bien équilibrés. De ce qu’on trouve chez un délirant chronique une tare héréditaire ou un signe isolé de dégénérescence, il ne s’ensuit pas forcément qu’on ait affaire à un dégénéré.

Mais lisons les observations des malades : nous

ENCYCLOPÉDIE SCIENTIFIQUE

voyons d’honnôtcs mères de famille dont la vie s’ost jusqu’alors écoulée au milieu des soins du ménage ; on en rencontre, môme dans les’asiles publics, qui ont une culture intellectuelle assez développée, un réel esprit d’observation. Ce sont souvent aussi des hommes intelligents, instruits parfois, sobres, qui, pour la plupart, sont arrivés jusqu’à la quarantaine sans que rien ait pu faire pressentir aux yeux de leurs proches un trouble mental quelconque. On ne trouve pas chez eux ce passé si riche chez certains dégénérés en aventures, en coups de tôte, en désordres de tous genres, rempli pour les autres et dès l’enfance par des troubles émotifs, des alternatives d’excitation et de dépression. L’histoire de ces dégénérés reflète leur organisation cérébrale défectueuse, les lacunes de leur intelligence, de leur sens moral, et les défaillances d’une volonté toujours à la merci des impulsions du moment. Tous ces sujets sont rendus réfractaires, de par leur état mental, à une psychose à évolution systématique : « Si le fait de verser dans la folie, dit M. P. Garnier, indique toujours une aptitude particulière chez celui qui succombe ainsi, il faut remarquer pourtant qu’il n’esl pas donné à toutes les intelligences de montrer dans ce délire la tenue, la coordination logique, la

méthode déductive du délirant chronique. » Sans être rare, le délire chronique n’est cependant pas une des psychoses les plus communes. Les diverses statistiques ont donné des résultats dilTérents suivant que l’on englobait dans une même classe tous les persécutés, ou que l’on ne tenait compte que des délirants chroniques proprement dits. Les chiffres qui expriment ces rapports sont intéressants, car ils nous montrent que le délire chronique, loin de comprendre des faits plus nombreux et plus complexes que le délire de persécution, laisse au contraire en dehors de lui des malades que n’isolait pas cette forme. Calmeil, dans des statistiques faites àCharenton, trouvait 1 monomaniaque sur 2, 17 ; Lasègue arrivait chez la femme au chiffre de 26,48 persécutées pour 100 et chez les hommes au chiffre de 8,52 pour 100. Legrand du Saulle obtient le chiffrede 16,66 pour 100 pour les deux sexes (statistique de la Préfecture de Police 1867-71) ; Foville à Charenton trouve 19,49 persécutés pour 100 (1872). Les statistiques plus récentes donnent des chiffres moins élevés : leD'' Planés, dans une statistique portant sur 14 années (1872-1885), arrive pour les femmes atteintes de délire de persécutions au chiffre de 12 pour 100 et pour les hommes à celui de 6 pour 100;

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AFM. Christian et Ritti donnent les chilFres de 14,56 pour les femmes et de G, 72 pour les hommes. M. P. Garnier, dont les recherches ont porté sur la période triennale de 1880- 88, trouve pour les femmes atteintes de délire chronique le chiffre de 8, G4 pour 100, et pour les hommes celui de 2,1 G. Comme on le volt, il existe un écart considérable entre les chiffres de Laségue (délire de persécution) et ceux de M. P. Garnier (délire chronique)', mais, par contre, les délires des dégénérés sont nombreux dans la statistique de M. P. Garnier. Nous devons ajouter que tous les auteurs sont d’accord pour signaler la plus grande fréquence de la maladie dans le sexe féminin.

Quant à la durée du délire chronique elle est illimitée ; l’affection ne rétrocède jamais et poursuit sa marche fatale jusqu’à la mort du malade. On rencontre ainsi des délirants chroniques chez lesquels le début de la psychose remonte à vingt ans, trente ans et môme plus.

Le début du délire chronique se fait d’une façon pour ainsi dire insidieuse: la première période ou période d' inquiétude, d'incubation ne s’offre pas avec des caractères bien tranchés : le malade éprouve un malaise général, un méconlentemont qu’il ne peut s’expli-

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