CHAPITRE III
DÉLIRE CHRONIQUE A ÉVOLUTION SYSTÉMA- TIQUE (SUITE). 3“ PÉRIODE : DÉLIRE DE GRAN- DEUR ; 4® PÉRIODE : DÉMENCE
Sommaire : Transformation du délire de persécution en délire de grandeur : Pinel, Morel, Poville, Magnan/ Garnier, Gérente. Conditions nécessaires pour l’apparition d’idées ambitieuses. Mécanisme de la métamorphose du délire : 1» par déduction logique, 2» par hallucination, 3“ par transformation spontanée. Changement de nature des hallucinations.
Causes qui peuvent faire passer à côté de la transformation du délire : dissimulation du malade (Palret) nature spéciale des idées de grandeur : pouvoir surnaturel (Camuset, Marandon de Montyel). Attitude caractéristique du délirant chronique.
ENCYCLOPKDIE SCIENTIFIQUE
Couleur du délire suivant le milieu social et l’éducation. Délire du moyen âge (possession démoniaque, théomanie). Délire moderne (électricité, hypnotisme, téléphone, mégalomanie); coexistence possible de ces deux aspects du délire chronique. Importance de l’évolution de la maladie.
Période de démence. Influence de la marche progressive de la vésanie et de l’âge.
C’est à cette période de la maladie où le délire de persécution paraît le plus solidement implanté dans l’esprit du patient, que se produit cette transùirmation si importante des idées délirantes qui caractérise la troisième étape du délire chronique ou 'période de grandeur.
De tout temps il a existé des aliénés qui, après avoir manifesté des idées de persécution, ont présenté ensuite des conceptions ambitieuses ; aussi retrouve-t-on dans les annales de la science des observations qui mentionnent cette transformation. Mais l’importance de cette métamorphose n’avait pas attiré suffisamment l’attention des auteurs au point de vue de la détermination de l’espèce clinique à évolution systématique que nous étudions. Pinel, déjà, au commencement du siècle, dans un chapitre intitulé : La mélancolie peut-elle après quelques années dégénérer en manie, parle d’aliénés qui « éprouvent, après
plusieurs années, une sorte de révolution intérieure par des causes inconnues, et leur délire change d’objet, ou prend une forme nouvelle. Un aliéné de cette espèce, confié à mes soins depuis douze années et déjà avancé en âge, n’a déliré, pendant les huit premières, que sur l’idée chimérique d’un prétendu empoisonnement don! il se croyait menacé... il n’osait manger que les aliments pris à la dérobée dans la cuisine. Vers la huitième année de la réclusion, son délire primitif a changé de caractère : il a cru d’abord être devenu le plus grand des potentats, puis l’égal du Créateur et le souverain du monde. »
Spielmann, dans son Traité du diagnostic des maladies mentales{N\enne, 1855), signale la tendance que présentent les persécutés à verser dans les idées de grandeur ; mais nous trouvons là un groupement de faits très divers : la mégalomanie peut succéder à la manie ou bien elle est consécutive à la mélancolie : le délire dans ce dernier cas a une évolution lente et successive. Pour Albert, de Bonn {Memorandader Psychatrie, 1855), une telle métamorphose de la personnalité suppose l’existence antérieure de la mélancolie ou de la manie et ne se produit jamais spontanément. On reconnaît là l’influence des
ENCYCLOPKDIE SCIENTIFIQUE
conceptions de Griesinger sur lu folie systématisée secondaire.
Morel, comme nous l’avons vu, attire l’attention dans son traité sur « les transformations étranges que subissent l’intelligence et les sentiments de l’hypochondriaque », et sous l’influence desquelles « s’organise cette autre aberration singulière qui fait supposer à ces malheureux qu’ils sont des êtres exceptionnels et appelés à des destinées surhumaines. . . Cette folie, bien qu’elle se signale par des conceptions délirantes avec prédominance d’idées orgueilleuses, n’en est pas moins la conséquence de l’état névropathique si connu sous la désignation d’hypochondrie ». Nous nous bornerons à rappeler que le délire de persécution, tel que le conçoit Morel, comprend des formes cliniques bien dilîérentes du délire chronique.
C’est surtout à Foville que l’on doit d’avoir bien indiqué la transformation du délire de persécution en délire de grandeurs. Nous avons insisté au début de notre étude sur son important travail, nous n’y reviendrons pas ; il nous suffira de rappeler que si Foville a bien étudié le mécanisme psychologique de cette métamorphose du délire, il a laissé par contre dans l’ombre les différences capitales qui doivent faire dis-
liiiguer, parmi les mégalomanes, les dégénérés et
les délirants chroniques.
En 1877, l’un de nous signala cette évolution du délire de persécution (') et M. Paul Garnier en fit l’objet de son excellente thèse (“). En 1883, M. Gércnte (^) montra, à coté de malades dont le délire se stéréotype dans sa forme première, d’autres vésaniques chez lesquels on constate une transformation et une évolution des idées délirantes. Il en décrivit la première étape ou période de dépression, de concentration pénible, suivie d’idées de persécution, remplacées ellesmêmes par des idées d'orgueil et enfin par la démence. Ce travail marque un pas en avant dans la constitution de l’espèce clinique dont nous faisons l’étude ; cependant l’auteur a le tort de considérer l’hypochondrie comme la porte d’entrée de la maladie, et la distinction du délire chronique avec les psychoses des dégénérés n’est pas encore assez nettement tracée. * (*)
(1) Magnan. Leçons cliniques sur les maladies mentales, faites a l'asile Sainte- Anne (Gaz. mêdic. de Paris, 1877).
(2) P. Garnier. Des idées de grandeur dans le délire de persécution. Paris, 1877.
(*) Gérente. Considérations sur l'évolution du délire dans les vésanies. Paris, thèse, 1883.
ENCYCLOPKDIK SCIENTIl'-|yUE
Enfin, pour lerininer ces quelques lignes d’historique sur la métamorphose du délire, nous rappellerons les leçons cliniques que l’un de nous a consacrées au délire chronique de l’année 1881 à 1890 (*) et l’importante discussion de la Société médico-psychologique sur le même sujet (1887-88).
L’apparition d’idées de grandeur dans le cours du délire chronique n’est point un fait sans équivalent dans la psychologie morbide. En effet, en dehors du délire chronique, on observe encore les idées ambitieuses chez les sujets dont l’intelligence est originellement tarée (dégénérés), ou bien chez les individus dont le niveau mental baisse par suite des progrès de la maladie ; les paralytiques généraux, les alcooliques chroniques, les intermittents, les mélancoliques anxieux chez lesquels les idées de grandeur marquent les phases ultimes. 11 en est de môme pour les délirants chroniques : ainsi que le fait remarquer M. P. Garnier, le passage des idées de persécution aux idées de grandeur indique une rupture encore plus profonde avec le possible et
(’) Magnan. Leçons cliniques sur les maladies mentales faites à l'asile Sainte- Anne, publiées par Legrain, Journiac et Sérieux. (Progrès médical, 1887-91).
LK DÉLlllK CIIHONIQUE
lo vraisemblable. A la période que nous étudions, l’inlelligence commence à perdre de son intégrité, la résistance du cerveau se trouve diminuée et par le fait de Tàge, et par la durée déjà longue de la vésanie.
Déshabitué du monde réel dont il vit séparé depuis plusieurs années, le sujet est préparé à accepter ou à se façonner, suivant les cas, une personnalité nouvelle ; dans ces conditions s’opère alors, par des processus psychologiques divers, la métamorphose du délire de persécution en délire de grandeur. Le persécuté, le paria, devient un personnage illustre, puissant, le Chef de l’Etat ; il exige les millions qui lui sont dus, se proclame de <i race infaillible et triplement royale ». Une de nos malades prétend qu un prêtre qui la persécutait depuis de longues années veut la déposséder d’un héritage de .30 millions et faire d’elle un grand personnage dont il exploitera l’influence. Un autre délirant chronique, devenu ambitieux 14 ans après le début de la maladie, s’écrie : « C’est l’enfant de Napoléon que vous avez devant vous » ; il se dit propriétaire de l’asile qui lui vient par héritage d’Henri IV ; s’intitule « le soldat de l’Europe, empereur diplomatiquement. » Il en est qui parlent de milliards, d’autres se disent filles de
ENCVCr-Ol’KDIE SCIENTIEIQUK
Louis-Pliilippe, nièces et filleules du souverain Pontife, etc. »
Ce passage des idées de persécution aux idées ambitieuses se fait souvent, comme le dit Foville, dèduclioyi logique: les persécutés se disent qu’ils doivent être de grands personnages pour que, pendant de longues années, on se soit donné la peine de les tourmenter ainsi, pour qu’ils aient inspiré tant d’envie, et attiré sur leur tête des haines aussi acharnées. Une de nos malades, après avoir longtemps prétendu qu’on lui paralysait le cerveau, qu’on lui enlevait ses facultés, s’écria un jour : « Si je n’aA^ais pas eu d’intelligence on ne m’aurait pas frappée : on a vendu ma fierté 15,000fr., mon caractère 45,000 fr., » « On me prend mes pensées pour faire un livre. » D’ailleurs, ainsi qu’on l’a fait remarquer, les éléments d’un délire ambitieux sont déjà contenus dans le délire de persécution. Les patients se découvrent alors une origine nouvelle ou des facultés surnaturelles: les familles dont ils portent le nom ne sont plus que des familles d’adoption ; en réalité, ils descendent de souverains ; ils ont un héritage colossal à recueillir, etc. Pour M. Marandon de Montyel, la transformation du délire doit être cherchée non dans une déduction logique, mais dans le caractère anté-
rieur tlu malade qui se résumerait en deux mots : méfiance et orgueil. Les réactions réciproques du délire de persécution et des sentiments d’orgueil amèneraient le délirant chronique par un travail le plus souvent inconscient à la mégalomanie.
Dans certains cas, c’est une hallucination qui faitnaUre d’emblée l’idée ambitieuse: une de nos malades s’entend appeler reine de France ; un persécuté, cité par M. Briand, s’entend, au sortir d’un cabaret, saluerdLinomde«Napoléon ». Une femme, après dix ans de persécution, entend la voix de Dieu : « tout ce que tu diras arrivera » ; elle se croit aussitôt prophète ; son langage et ses gestes changent à partir de ce jour. Pour M. Christian, qui fait observer, à propos de la transformation par déduction logique, que les aliénés ne sont pas aptes à tirer des déductions semblables, le délire mégalomaniaque peut apparaître à l’occasion d’un rêve, d’une réminiscence, d’un accident fortuit. Parfois, chose curieuse, le délirant chronique résiste durant un certain temps à celte suggestion d’origine sensorielle : les hallucinations de l’ouïe qui tendent à provoquer des idées ambitieuses n’entraînent pas de prime abord la conviction : « on me dit que je deviendrai reine, nous confiait une ma-
ENCYCLOl'KDIR SCIKNTIKIQUE
lade, niais je ne le crois pas. » M. Cainuset ne |iense pas que la déduction logique et les causes accidentelles jiuissent suflire à transformer la nature des idées d’un délirant chronique. On ne parvient pas, fait-il remarquer, à mettre le persécuté sur la voie des idées ambitieuses, en dépit des arguments que l’on peut faire valoir pour provoquer l’apparition du délire des grandeurs ; de même, les causes accidentelles ne peuvent rien, tant que le cerveau du malade n’est pas mûr pour les idées orgueilleuses.
Nous serions également portés à admettre que l’hallucination de l’ouïe ne suffit pointa elle seule pour créer le délire ambitieux : la transformation du délire est préparée de longue main et le trouble sensoriel ne fait, comme le dit M. P. Garnier, que lui donner une formule : « L’hallucination surgit en vertu d’une sollicitation provoquée par le travail syllogistique sous-jacent ayant progressivement préparé le malade à une interprétation vers laquelle tout son être moral est tendu. »
Parfois enfin la métamorphose du délire se fait 5^0/zianémenï, pi'esque subitement, sans qu’on puisse saisir comme cause déterminante soit le raisonnement, soit un? hallucination. 11 semble que le terrain soit devenu propice à l’éclosion
LE DÉLIRE CIIHONMQUE
des idées ambitieuses ; le patient, ainsi que le lait remarquer M. Cliristian, subit son délire et le subit passivement.
Dans les cas où la métamorphose du délire est d’origine intellectuelle, les troubles sensoriels se mettent toujours d’accord avec la couleur nouvelle des idées délirantes : les hallucinations pénibles de l’ouïe dominent ; à côté des propos injurieux, des « voix crapuleuses des démons », se font entendre des voix consolatrices qui réconfortent le patient, lui promettent une récompense pour les épreuves qu’il a endurées et contribuent ainsi à la systématisation du délire ambitieux. Dans certains cas d’hallucinations hi-latérales à caractère dillerent suivant le côté affecté, les hallucinations pénibles d’abord très nombreuses dans l’oreille que l’on pourrait appeler persécutée, tendent à diminuer à mesure que le délire se transforme et que se développent les hallucinations de l’oreille ambitieuse (*).
Les idées de persécution persistent durant un laps de temps variable à côté des idées de gran-
(') Magnan. Les hallucinations bilatérales à caractère différent suivant le côté affecté {Arch, Neur. 1888).
KNCYCLOIMCDIK SCIEXTIKIQI K
clour : pour M. Falrot, ces dernières ne sont qu’un simple délire simijouté qui ne change rien au fond de la maladie. Nous, ne saurions accepter cette manière do voir : il s’agit là, pour nous au contraire, d’une métamorphose capitale des con* ceptions délirantes, d’une modification de l’aspect clinique de l’alfection mentale. En effet, le délire de persécution finit par s’atténuer: « ce sont des niaiseries, dit le malade, je n’y fais plus attention » ; enfin il s’efface plus ou moins pour laisser la place aux nouvelles conceptions délirantes. Ainsi se trouve créée une personnalité bien différente de celle que révélait le délirant chronique à la deuxième période.
Le délire des grandeurs, s’emj)arant de l’intelligence juste au moment où celle-ci commence à perdre son intégrité, est en général un symptôme de mauvais augure. A mesure que le délij'e progresse et se systématise, il se circonscrit ; le sujet perfectionne son vocabulaire spécial composé de néologismes et devient parfois même difficilement compréhensible. L’idée délirante est alors émise toujours de la même manière et d’une façon stéréotypée. Quelquefois les malades adoptent certains gestes, certains mouvements répondant à des idées fixes et ils restent invaria- ])les.
LE DELIIUO CHRONIQUE
Des remarques intéressantes ont été faites au cours de la discussion de la Société médico-psychologique sur le délire chronique. Nous devons les rappeler, car elles répondent à certaines objections et mettent en garde contre des erreurs possibles. La métamorphose du délire n’est point toujours bruyante pour ainsi dire, et le mégalomane, instruit en quelque sorte par les épreuves passées, n’est pas forcément expansif dans son délire ; il lui arrive de garder pour lui ses rêves degrandeurs et de richesses. Il est même des cas, M. Falret et M. Doutrebente y ont insisté, où la transformation à laquelle nous faisons allusion pourrait passer inaperçxie si elle n’était recherebée avec soin. Cette dissimulation des conceptions délirantes ambitieuses est des plus importantes cà connaître : « il m’est arrivé très souvent, dit M. Falret, de méconnaître pendant très longtemps l’existence du délire d’orgueil chez les persécutés chroniques, même chez ceux avec lesquels j’ai vécu intimement pendant plusieurs années et ce n’est cjue très tardivement que j'ai pu arriver à constater ce délire de grandeurs, qui existait depuis très-longtemps chez eux à l’état latent... Il faut une circonstance accidentelle ou un heureux hasard pour que le médecin arrive à en découvrir chez eux l’exis-
EXCVCI.Ol'KDIE SClENTIFlQrE
lence. » Nous n’avons ptis besoin de faire remarquer tout l’intériH de cette observation de l’éminent aliéniste.
MM. Marandon deMonlyeletCamuset (*)ont attiré l’attention sur une autre cause d’erreur qui ])eut faire passer à côté delà transformation ambitieuse. Pour qu’il y ait mégalomanie, point n’est besoin que le délirant chronique se proclame « Dieu » ou « roi ». La disparition des troubles sensoriels pénibles, l’optimisme, l’opinion exagérée que le malade a de lui-môme, la conviction qu’il est doué de certains pouvoirs ou de certaines qualités propres a lui seul, voilà autant de modiücations qui suffisent pour changer entièrement la couleur du délire et pour transformer de fond en comble la personnalité du patient. Il s’agit bien là, en réalité, d’une nouvelle ])ériode qui ne peut rester confondue avec la phase de persécution. Comme exemple de cet aspect particulier du délirant chronique, nous citerons une malade f|ui, au début de la période ambitieuse, alors que les troubles sensoriels pénibles étaient encore très actifs, s’imaginait pos-
(*) Société médico-psychologique de Paris. 25 juin 1888 (Ann. médico-psych., septembre 1883).
LE DELiriE CHRONIQUE
sôder un pouvoir surnaturel : elle renvoyait à SOS ])orsécuteurs l’électricité à l’aide de laquelle ceux-ci la tourmentaient, et Llessait ses ennemis par la pensée : elle plantait ainsi un couteau dans la tête d’un jeune homme qui s’était « inoculé » en elle: « Je frappe tes enfants jusqu’à la quatrième génération, disait-elle à son interlocuteur, je te mets un fer rouge dans la tête ! »
Ces réserves faites, on peut dire que le délire ambitieux se traduit maintes fois au dehors par des allures caractéristiques; les plaintes et les récriminations cessent avec les troubles sensoriels qui les provoquaient. Le malade se compose une attitude souvent pleine de hauteur et de mépris : il sourit ironiquement, refuse de donner la main, garde un silence dédaigneux ou éclate de rire quand on l’interroge ; parfois, lassé, il lance une injure grossière. S’il se décide à parler, il avoue que jadis on lui faisait des « malices », qu’actuellement il est tout à fait libre de s en aller, s’il le veut, que toutes les portess’ouvrii aient devant lui, que l’asile lui appartient.
D autres, chez lesquels une hallucination pénible de 1 ouïe se montre encore de temps à autre comme un écho affaibli des misères passées, y prêtent à peine attention : « ce n’est plus rien, disent-ils ». Comme à la période de persécution, -
ENCYCLOPÉDIE SCIENTIFIQUE
ils inlcrpi’ùteiit tout dans le sens de leurs convictions erronées ; ils expliquent que s’ils entendent des voix à des distances prodigieuses, c’est qu’ils sont doués d’une ouïe exceptionnelle. Ils exécutent parfois certains actes qui sont étroitement liés à l’exercice d’un pouvoir imaginaire : l’un ouvre et ferme brusquement la bouche croyant ainsi écraser et avaler ses ennemis ; une autre par la pression de l’index sur le conduit auditif expulse de son cerveau les personnalités étrangères qui veulent s’implanter en elle.
Nous connaissons maintenant les caractères généraux et l’évolution du délire chronique, mais l’aspect sous lequel se présente le malade varie, non seulement suivant la période de la psychose, mais encore avec ses croyances, son éducation, le milieu social dans lequel il a vécu, ses préoccupations liabituelles. Il emprunte à ces divers éléments pour édifier son délire et lui donner la marque de son individualité propre. Nous voyonsainsi, d’un côté, le délire du moyen âge, avec ses croyances superstitieuses, de l’autre, le délire moderne utilisant les progrès des sciences et de l’industrie, et en rapport avec les luttes politiques et l’organisation sociale nouvelle. C’est ce que nous montre le tableau sui- . vaut :
Délire chronique à évolution systématique. Quatre périodes.