LES PERSÉCUTÉS-PERSÉCUTEURS
Sommaire : Etats mélancoliques. Délire d’énormité. Alcoolisme sub-aigu. Coexistence du délire alcoolique et du délire chronique. Les idées de persécution dans la paralysie générale, la démence sénile, etc. Les délires hallucinatoires aigus.
Les dégénérés. Leur état mental, leurs délires.
Les persécutés-persécuteurs : caractère obsédant de leurs conceptions. Absence d’hallucinations et d’évolution. Leurs réactions.
Nous venons de faire l’histoire des quatre périodes du délire chronique à évolution systéma-
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EN'CYCLOPKDIB SCIENTIFIQUE
lique ; il nous faut luaintcuaut passer en revu» les formes cliniques avec lesquelles cette espèce morliitle présente quelques points de contact. Nous serons lirefs sur les états mélancoliques et sur les délires hallucinatoires aigus, ainsi que sur les idées de persécution qui peuvent se montrer chez les déments, les épileptiques, les paralytiques généraux.
Les ëtats mélancoliques se distinguent du délire chronique par l’état de dépression, par la douleur cénesthétique primordiale, qui constituent les éléments symptomatiques les plus importants de ces formes morbides, par l’existence d’idées de culpabilfté, de ruine, par l’importance moindre dans la majorité des cas des troubles sensoriels, par la coexistence de phénomènes somatiques. Début, évolution, durée, terminaison constituent autant de différences qui séparent les deux maladies. Le mélancolique est un coupable, le persécuté une victime ; l’un subit avec résignation ou réclame même instamment le châtiment qu’il a mérité, l’autre se révolte contre d’odieuses persécutions ; l’un ne pense qu’à en finir avec l’existence, l’autre, le plus habituellement, défend énergiquement sa vie. Chez le mélancolique le délire est secondaire et consécutif à l’état affectif ; chez le délirant chronique
le délire est essentiel et primordial. La genèse des idées de persécution et des hallucinations est Lien dillercnto dans les deux formes. Dans la première, elles ne sont en quelque sorte que l’écho des préoccupations douloureuses intimes du patient, qu’elles ne font que confirmer ; dans la seconde, elles surprennent la conscience, elles provoquent des protestations. Le mélancolique craint pour l’avenir : « il va être conduit sur l’échafaud, il sera damné » ; le délirant chronique parle du passé ou du présent : « on l’a injurié, on l’électrise », etc. Cotard a étudié le passage à l’état chronique de la mélancolie anxieuse ; il a montré qu’à une période plus ou moins avancée se produit souvent un délire de négation et d’anéantissement qui peut être considéré comme l’antipode de la phase des grandeurs du délire chronique. Les malades nient tout : ils n’ont ni parents ni famille ; tout est détruit, rien n’existe plus, ils ne sont plus rien, ils n’ont pas d’âme, Dieu n’existe plus. Parfois il se produit une pseudo-mégalomanie caractérisée principalement par des idées ‘d’immortalité, d’immensité, et que Gotard a désignée sous le nom de délire d'énormité pour la distinguer du délire des grandeurs : les patients ne sont pas seulement infinis dans le temps, mais aussi dans
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l’espace: « ils n’étaient rien, ils en arrivent à être tout». Bien loin que cette énormité soit une compensation au délire mélancolique, « elle en marque au contraire le degré le plus excessif ». Dans des cas très chroniques, ce délire d’énormité peut aboutir à de véritables idées de grandeurs, qui restent d’ailleurs toujours empreintes d’une teinte mélancolique : le malade est tout, il est à la fois Dieu et le diable, il est tout-puissant pour le mal et le bien. Comme on le voit, la couleur môme du délire, l’histoire de l’alfection rendent, sans que nous ayons besoin d’insister davantage, la confusion avec le délire chronique presque impossible.
Le délire alcoolique aigu ou suh-aigu sera difficilement confondu avec le délire chronique, bien que dans ces deux formes morbides les phénomènes hallucinatoires tiennent la première place. Mais, dans les délires toxiques, ce sont les hallucinations, les illusions de la vue qui prédominent ; dans le délire chronique au contraire, ce sont les troubles sensoriels auditifs. En outre, l’alcoolique est effrayé, terrifié môme, tandis que les malades que nous étudions vivent, comme l’a dit Lasègue, « poursuivis par des idées tristes, mais exempts de terreur ; on peut môme dire qu’ils n’ont pas de craintes. Chacune
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lies idées... qui les tourmentent est déjà passée a l’état de fait accompli. Les inquiétudes sont rétrospectives; le persécuté n’attend pas, il se rappelle où il éprouve le mal dont il se plaint ». Chez le premier, les phénomènes morbides ont la mobilité des visions d’un rêve <( les impressions se multiplient sans arrêt, le malade les quitte, les reprend » (Lasègue) ; c’est une succession rapide de tableaux changeants : les conceptions sont confuses, la conscience est troublée; chez le second les hallucinations ont une netteté paifdite, sont appréciées et discutées d’une façon précise par une intelligence lucide. « Le persécuté écoute les propos injurieux ou menaçants avec une attention passive, tandis que l’alcoolique discute avec les voix qui l’inquiètent : il pose des questions, il s’obstine à des répliques, il interroge du regard et demande à être renseigné. » Les hallucinations de l’ouïe, quand elles se montrent chez l’alcoolique, sont moins complexes que Celles du délirant chronique : il n’y a point ces phénomènes du dialogue, de l’écho de la pensée, qui demandent pour se manifester une longue incubation ; ce sont habituellement des reproches, des gémissements, des injures qui apparaissent sans ordre et sans permettre au malade de classer ses idées : il entend
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« qu’on Vil tout brûler » ; j)uis ce sont « des bruits de cloches, la musique, un bruit de machine à côté de la chambre, des chants, dos cris confus ». Nous sommes loin de la syslématisation du délirant chronique chez lequel cette confusion hallucinatoire n’existe pas, et dont les conceptions délirantes se coordonnent d’une façon rigoureuse. Enfin, nous nous contenterons d’opposer, d’une part, la brusquerie du début, la brièveté et la curabilité du délire toxique à la longue incubation et à la durée indéfinie du délire chronique, de l’autre, l’insomnie, les troubles digestifs, le tremblement caractéristique du premier à l’absence de symptômes somatiques du second.
Nous devons ajouter que, chez les alcooliques prédisposés de par l’hérédité psychopalhi([ue, et chez ceux dont l’intelligence est alTaiblie, le délire persiste après les accidents aigus : les hallucinations caractéristiques disparaissent avec lenteur et s’accompagnent d’hallucinations auditives et olfactives, de troubles de la sensibilité générale. Le malade reste longtemps intimement convaincu de la réalité de toutes ses persécutions illusoires, tandis que l’alcoolique simple se laisse facilement persuader, après quel({ues jours d’abstinence, du caractère pathologi<[ue de ses sensations. Les sujets
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dégénérés chez lesquels la prédisposilion est au luuxiiuuni réagissent d’une façon encore plus niidadive sous l’inlluence dos toxiques. Sur l’accès do délire alcoolique viennent se grelTcr des troubles sensoriels très intenses, des idées plus ou moins systématisées de persécution qui peuvent subsister durant des mois entiers. Un de nos malades, employé de cercle, qui avait contracté depuis longtemps déjà des habitudes d’intempérance, interné pour un accès de délire alcoolique franc, présenta au début des idées délirantes multiples, mobiles comme les hallucinations qui les provoquaient : c’étaient des batailles, des victimes sanglantes, des incendies, des tumultes. Quelques jours après, il est plus calme, ne gardant de son délire qu’un souvenir confus, quand il est pris d’hallucinations de l’ouïe très actives : il croit qu’on l’accuse d’avoir assassiné une femme, qu’on l’endort avec toutes espèces de médicaments qui le rendent idiot. Convaincu que tout le monde le regarde comme un assassin, il n’ose parler à personne : « On va le brûler vif, on veut l’empoisonner » ; il ne se rend aucun compte ni de l’endroit où il est, ni des gens qui l’entourent, qu’il croit reconnaître pour d’anciennes connaissances. Pour échapper aux tourmenls qui l’attendent, il fait plusieurs ten-
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Uvlives (le suicide. Nous n'insisterons j)as pour inonlrer que la confusion des idées, la sysléuiatisalion moins parfaite du délire, sa brusque ap- ])arition sous l’inlluence d’excès de boissons sont bien dillerentes de ce que nous trouvons chez le délirant chronique.
Nous avons décrit plus haut un cas type de délire chronique dégagé des manifestations accidentelles qui viennent parfois en modifier l’aspect. Mais il faut savoir que, dans le cours de la maladie, peuvent survenir des épisodes mélancoliques ou encore des accès d’ excitation maniaque avec une activité plus grande des troubles ) sensoriels et du délire. Enfin le délire alcoolique et le délire chronique peuvent coexister chez le môme individu. L’agent toxique augmente l’intensité des troubles sensoriels, fait apparaître des hallucinations de la vue, provoque des réactions dangereuses : il peut môme parfois recouvrir passagèrement le délire préexistant et rendre ledia-^ gnostic délicat au début (‘). Dans certains cas
(•) Magnan. 7)c la coexistence de j>lusieurs délires de nature différente chez le même aliéné (xirch. de Neurol., 1880).
Dericq. De la coexistence de plusieurs délires d'ori-
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le tableau morbide est encore plus complexe : le délire chronique, le délire alcoolique, l’épilepsie coexistent chez le môme sujet, chaque forme conservant ses symptômes caractéristiques ; une analyse clinique attentive pourra seule isoler et grouper les manifestations psychiques de différente nature, en les rattachant à leur cause première.
Nous n’avons pas à insister sur les idées de grandeur et de persécution qui se montrent dans le cours de la 'paralysie générale. Rien ne diffère plus du délirant chronique ambitieux que le paralytique à idées de grandeur ; chez ce dernier 1 attitude n’est nullement en harmonie avec le délire ; les conceptions délirantes portent l’empreinte de 1 état mental qui leur a donné naisrsance. Loin d être systématisées et logiquement coordonnées comme chez le premier, elles sont mobiles, incohérentes, multiples, extravagantes et puériles. Quant aux idées de persécution elles peuvent s’accompagner d’hallucinations de l’ouïe, de troubles de la sensibilité générale, de craintes d’empoisonnement, mais sous les idées délirantes
gtne différente ou de plusieurs intoxicatioris chez le même aliéné. Thèse. Paris, i886.
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confuses du pamiytique se montrent manifestes les signes d’un atTaiblissement généralisô des facultés : les idées sont h l’abandon ; les malades les émettent comme elles viennent, sans nul souci do ce qu’ils ont dit avant, de ce qu’ils diront après. Dans le tcibeâ dorsalis qui survient souvent, comme on le sait, chez des sujets entachés d’hérédité nerveuse, éclatent parfois des idées de persécution que provoquent et entretiennent les troubles sensitifs et sensoriels dus à l’affection cérébro-spinale. Ges idées vagues de persécution n’ont point une marche évolutive et ne sauraient être confondues avec le délire chronique. Il en est do môme pour les idées do persécution qui surviennent dans la paralysie agitante chez les épileptiques, chez déments séniles, chez les sujets atteints de lésions cérébrales circonscrites. Ces idées de persécution peuvent s’accompagner d’hallucinations de l’ouïe, et plus rarement d’autres troubles sensoriels ; elles peuvent débuter brusquement et sont susceptibles de guérison. En résumé, malgré dos analogies d’ailleurs superficielles, il y a loin de ces idées délirantes mal systématisées, secondaires et épisodiques au délire chronique à évolution systématique ; l’état mental des sujets, le début et l’évolution des troubles sensoriels et du délire
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constituent autant de ditTérenees : ee sont là des états symptomatiques et non point une espèce morbide autonome.
Quant aux délires hallucinaloires aigus (Jiallucinatorischer WahminYi,\ivÆi-Eh\nQ\amentia, hallucinatorische Venuierlheit, Meynert), essentiellement caraetérisés par l’excitation des centres sensoriels dans un cerveau épuisé, ils se distinguent par un défaut de systématisation ou par une systématisation moindre et par le trouble profond de la conscience qui est assaillie par des ballucinations multiples. Il ne saurait être question dans ce cas de conceptions délirantes enchaînées par des déductions étroites ; le délire est purement sensoriel : tout va à l’aventure et le malade, véritable jouet de ses sens, désorienté, sans conscience ni du temps ni des lieux, a perdu toute notion exacte du monde extérieur. Le début de la maladie qui se fait en bourrasque aiguë, les circonstances dans lesquelles elle apparaît (délire des prisonniers, psychoses postfébriles et puerpérales), sa terminaison fréquente par guéi ison sont encore autant de caractères qui la différencient du délire chronique. Westphall et Schüle ont désigné ces formes sous le nom de Paranoïa aiguë, Ae VerrûcJitheit aiguë pour indiquer qu’ils les considèrent comme des moda-
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litésde la Paranoïa et de la Verriicldheil chroniques, dans lesquelles les troubles luillucinatoires par leur intensitéet leur multiplicité amèneraient un désordre des jilus accentués de la conscience. Avec KraITt-Ebing et Kraepelin nous pensons que ces formes aiguës doivent être isolées des formes chroniques : elles n’ont rien de commun en effet avec les délires systématisés en général, ni avec le délire chronique; d’ailleurs elles ne se transforment jamais en folie systématique (Kralît- Ehing). Ces délires hallucinatoires aigus ont été tout récemment l’objet en Russie d’intéressants travaux de la part de M. Rosenbach (') et de M. Korsakoff (-) qui propose pour ces psychoses le terme de dysnoïa (confusion, démence}. Nous n’avons pas à insister ici sur ces formes aiguës qui nous semblent devoir rentrer pour la plupart dans les délires d’emblée de la dégénérescence.
Il nous faut étudier actuellement les psychoses systématisées des dégénérés qui doivent être
(i) Rosenbach. Contributions à l'étude de quelques formes aiguës d'aliénation mentale et de leurs rapports avec la paranoïa (Ann. méd. psych., 1891).
(P Korsakoff. Les formes aiguës de la folie (Revue médicale de Moscou, 1891, xxv, n® 3).
LE DÉLIRE CIinOXIQUE
distinguées du délire chronique ; mais aupara- A'ant il peut n’étre pas inutile d’esquisser les caractères généraux de la grande famille dont nous allons étudier les réactions délirantes spéciales ; nous verrons ainsi les dilTérences qui séparent ces deux groupes de malades, les délirants chroniques et les dégénérés. Les états de dégénérescence reconnaissent le plus souvent pour cause, on le sait, les tares névropathiques on psychopathiques des ascendants ; dans certains cas, ilsparaissent relever d’un état passager des parents au moment de la conception (ivresse par exemple), ou d’affections développées pendant la vie fœtale, ou encore de maladies du jeune âge. Ces déviations du type normal de l’espèce (Morel) sont caractérisées par des anomalies du développement de l’organisme, anomalies qui, frappant également l’axe céréhro-spinal, retentissent ainsi sur la sphère psychique de l’individu (').
(') Consulter sur ce sujet:
B.-A. Morel Traité des maladies mentaîes.iBQQ. Magnan. Leçons cliniques sur les maladies mentales. Leci-osnier et Babé. 1891.
Legrain. Bu délire chez les dégénérés, 1886. Saurv. Etude clinique sur la folie héréditaire, 1886,
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Au point de vue somatique, la plupart des dégénérés sont porteurs de malformations diverses qui sont la signature de leur déchéance : ce sont les stigmates physiques de la dégénérescence (malformations du crâne, de la face, des membres, des organes génitaux, etc. ) Au point de vue psychique, ces sujets peuvent être divisés d’après leur développement intellectuel en quatre groupes, qui sont : les idiots, chez lesquels la vie cérébrale est presque nulle ; les imâéci^es, susceptibles d’une certaine éducation, mais incapables de se diriger, vu leur état de faiblesse intellectuel ; les débiles à facultés mentales insuffisantes, mais capables dans des conditions déterminées d’un certain développement; enfin les dégénérés supérieurs, chez lesquels, à coté de facultés parfois brillantes, se montrent des lacunes de l’intelligence et du sens moral ainsi que des troubles émotifs. Sans doute la distance est grande d’une extrémité à l’autre de l’échelle des étals dégénératifs, mais on y arrive par des gradations insensibles qui démontrent que tous ces sujets sont bien de la même famille. Chez tous, la déséquilibration mentale est la règle, et reconnaît pour cause l’arrêt de développement de telle ou telle faculté, l’bypertrophie de tel ou tel penchant, les imperfections des senti-
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ment» de moralité, ainsi que les éclipses de lu volonté sans cesse tenue en échec par les impulsions instinctives. Les aspects cliniques sous lesquels se présentent ces sujets varient b. l’infini avec la localisation et l'intensité des troubles du développement cérébral. C’est chez eux que se présente cette série si variée d’impulsions, d’obsessions, de phénomènes émotifs : dipsomanie, onomatomanie, folie du doute, délire du toucher, kleptomanie, pyromanie, impulsions homicides, suicides, inversion du sens génital, agoraphobie, etc. Ces troubles, qui relèvent du manque d’équilibre fonctionnel des divers centres de l’axe cérébro-spinal, ont comme caractères communs l’irrésistibilité de l’impulsion, l’angoisse concomitante, la conscience complète de l’état et la satisfaction consécutive à l’acte accompli. Ces syndromes épisodiques de la dégènèresceyice ne sont point des entités morbides, mais bien des symptômes apparaissant sur un terrain de déséquilibration mentale : ils constituent autant de stigmates psychiques des dégénérés plus importants encore que les stigmates physiques. Ces héréditaires dégénérés n’attendent qu un prétexte pour délirer ; les maladies infectieuses, le moindre choc moral, suffisent pour provoquer un état délirant ; il en est de
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mÉme chez les femmes à propos de l’élublissement des règles, de leur suppression, de la grossesse, de l’allaUement. Incapables de résister à raclion des toxi([ucs qui décèlent souvent, dès les premières atteintes, un cerveau prédisposé, ces sujets sont également Impuissants à maîtriser leur besoin de s’intoxiquer (a^coo^isme, morphinisme, etc.). Chez eux, les manifestations délirantes se ressentent du terrain spécial sur lequel elles prennent naissance. Nous allons en étudier les caractères spéciaux : le début fréquent dans la jeunesse et même dès l’enfance, l’apparition souvent brusque des idées délirantes {délire d'emblée), l’absence d’évolution et de systématisation ou la systématisation habituellement moins parfaite, l’absence dans certaines formes de troubles sensoriels, le polymorphisme du délire, sa curabilité fréquente, sa durée tantôt très brève (èoM/fée rfe7ira«ie), tantôt parfois indéfinie sans transformation du délire.
Si, de cette description écourtée des dégénérés,
nous rapprochons l’esquisse du délirant chronique que nous avons faite précédemment, on voit quelles ditîérences séparent ces malades aussi bien au point de vue des antécédents héréditaires, de l’état mental antérieur, que sous le rapport de l’époque d’apparition du délire, de son
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mode de début, de sou évolution, de sou j)iouostic. Nous pouvons aborder, maintenant, l’examen des diverses psychoses évoluant sur ce terrain de dégénérescence mentale.
Les persécutés perséculeurs sont des dégénérés qui se présentent au clinicien avec une physionomie très caractéristique : ils tiennent à la fois des fous moraux et des maniaques raisonnants. Bien différente de la manie ordinaire, la manie raisonnante se distingue aussi des formes délirantes de la dégénérescence mentale; loin d’étre une maladie spéciale, elle n’est qu’un état d’exaltation des facultés intellectuelles des dégénérés, exaltation qui s’accompagne d’inconscience. Que le défaut d’équilibre psychique de ces sujets s’exagère, on les voit s’exciter, tout en restant lucides ; leur activité infatigable aborde mille entreprises ; leurs facultés mentales en état d’effervescence fonctionnent avec une facilité inaccoutumée; la mémoire, l’imagination, l’association des idées produisent en abondance des conceptions multiples, des projets que la réflexion, l’attention n’ont plus le temps d’examiner et d’éliminer.
La /oZie morale n’est, de son coté, qu’une exagération du défaut d’équilibre des facultés intellectuelles et des facultés morales qui caractérise
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lanL de dégénérés. Le fou moral n’a point la notion du juste et de l’injuste ; honnêteté, justice, amitié, vertu sont pour lui autant de mots vides de sens ; la satisfaction de ses appétits pervers est la seule règle de ses actes.
Les persécutés-persécuteurs empruntent aux maniaques raisonnants leur activité infatigable, et souvent aux fous moraux leur absence de sens moral ; mais ce qui les caractérise avant tout, c’est l’acharnement pathologique avec lequel ils poursuivent leurs ennemis imaginaires.
Ces sujets, pour qui leur instabilité mentale a été la source de nombreux déboires, restent obsédés toute leur vie durant par le ressentiment des prétendues injustices dont ils auraient été victimes et réagissent d’une façon pathologique. Chez eux, nous trouvons les antécédents des héréditaires, les stigmates physiques de la dégénérescence, et, dès la jeunesse, dès l’enfance, la désharmonie des facultés psychiques. Cette déséquilibration mentale n’exclut pas d’ailleurs la prédominance de certaines aptitudes. Rusés et menteurs, d’une patience et d’une activité infatigables, ils mettent leur mémoire, leur imagination, leurs facultés syllogistiques très développées au service de leurs sentiments maladifs, de
LE DÉLIUE ClIHOXiyUE
leur luiiiie profonde. Ils veulent redresser les loris, llélrir les dénis de justice, obtenir des réparations pour les prétendus dommages portés à leur considération.
Si, au début, leurs discours et leurs démarches semblént ne tenir que de la passion, à mesure qu’ils s’exaltent, leur désir de faire triompher leur cause n’a plus de frein et subjugue complètement leurs sentiments, leurs conceptions et leur volonté ; le caractère maladif devient évident. Il s’agit là, non pas d’un état passionnel, non pas d’une revendication légitime de droits injustement lésés, mais bien d’une véritable idée obsédante, dominant désormais toute l’existence du malade, et pour la satisfaction de laquelle il sacrifiera sa fortune, sa famille, sa liberté môme.
Ils parlent parfois d’un fait vrai, mais démesurément amplifié, et tout entiers à leur soif de vengeance, insensibles à toute autre considération, avides de scandales, ils entreprennent une campagne acharnée, montrant dans leurs revendications une ténacité infaligahle. Très prolixes, très loquaces, ils accumulent leurs prétendues preuves avec une logique apparente, s’appuient sur des arguments tirés de la lecture du Code, sur des faits vrais auxquels ils ajou-
KNCYCr.OI“ÉDlE SClENTIKigUE
Icul des coinplémenls iiiuiginuiros ; ils en imposent souvent ainsi et rendent dil'licile la distinction du vrai et du faux. Sans s’aria'ter comme les délirants chroniques à une lonjjue ])ériode d’incubation, d’inter])rétations délirantes, ils passent en général promptement de l’idée à l’acte. Ils s’adressent aux tribunaux, aux personnages influents, entament des procès {folie processive), réclament des dommages-intérêts, écrivent des lettres, des mémoires, cberchent à gagner à leur cause la Presse, envoient pétitions sur pétitions au Parlement, aux autorités administratives, etc. — Les échecs répétés qu’ils subissent, loin de les décourager, sont pour eux autant d’iniquités nouvelles qui ne font que les confirmer dans leur délire, autant de stimulants dans une lutte qui est devenue désormais l’unique but de tous leurs actes. Vivant dans un état permanent d’excitation intellectuelle, ils en arrivent bientôt aux injures, aux écrits et aux affiches dilTamaloires, aux menaces et aux actes de violence, et enfin, s’érigeant en justiciers, ils n’hésitent pas à frapper celui qu’ils ont condamné.
Ce qui les distingue nettement des délirants chroniques, c’est l’absence de troubles sensoriels ; les ballucinations ne se montrent chez
eux qu’à titre d’exception et quand elles existent elles n’offrent pas cette marche si curieuse, qui du mot, du monologue, conduit au dialogue, à l'écho de la pensée. Il est cependant des circonstances où le diagnostic peut être malaisé au début: il arrive parfois qu’un persécuteur raisonnant présente des hallucinations auditives qui, en l'absence de renseignement, peuvent embarrasser pendant quelque temps le médecin. D autre part, un délirant chronique chez lequel la maladie n'est pas ancienne, qui dissimule ses hallucinations et qui, dans son mode de réagir, adopte les procédés des persécuteurs peut également faire hésiter un moment le diagnostic. Chez les persécutés-persécuteurs il n’y a point d'évolution méthodique, point de métamorphose du délire ; ils se montrent dès le début orgueilleux et persécutés ; ils sont aujourd’hui ce qu’ils étaient hier, ce qu’ils seront toujours. Il y a dans l’existence du délirant chronique deux parts bien tranchées : une première souvent longue sans manifestations morbides ; une seconde avec des symptômes et une marche caractéristiques. Chez les persécutés-persécuteurs il n’en est plus de même : faire l’histoire de la maladie c’est faire celle du malade. L’étude des antécédents héréditaires de
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ces derniers sujets fera pressentir un prédisposé qui se révélera souvent par ses stigmates physiques : celle de ses antécédents personnels le montrera avec sa déséquilibration psychique, avec les lacunes de son intelligence, les anomalies de ses instincts et les contradictions do son caractère. Tandis que chez le délirant chronique la maladie mentale contrastait avec le passé cérébral du sujet, la psychose du persécuté-persécuteur, au contraire, n’est que l’e.xa- • gération du caractôi’e antérieur chez un individu toujours mal équilibré. Enfin si, chez ce dernier, le délire est précoce, il peut en outre se prolonger indéfiniment sans s’elfacer dans la démence. Quelquefois surviennent des accidents apoplectiques comme chez Sandon ; mais ces complications sont moins fréquentes qu’on ne l’avait pensé. Le délirant chronique fait parfois partager son délire à ceux qui vivent avec lui ; le persécuteur raisonnant peut, encore bien plus facilement, communiquer ses convictions délirantes.- Il s’est fait le combattant du droit, il a souffert et lutté seul contre les Tribunaux, les médecins, les autorités ; son altitude d’opprimé que l’adversité n’a pas abattu lui conquiert des sympathies, ses infortunes émeuvent bien des gens, en même temps que son activité intellec-
LE DÉLIRE ClIHONigUE
tiielle, la dialectique avec laquelle il soutient ses revendications, rubscnce de tout trouble sensoriel entraînent la conviction de certains. Mais tandis que la contagion pour le délirant chronique se limite aux proches, pour le persécuteur elle rayonne bien au delà et le malade trouve des défenseurs dans la presse et dans le public.
D’après leurs tendances maladives, et suivant les procédés qu’ils emploient, les persécuteurs raisonnants peuvent être distingués en différents groupes. Les uns, persécuteurs processifs {Paranoïa querulens des Allemands), n’emploient pas en général les moyens violents : ils traduisent leurs ennemis en justice, étudient les codes dont ils apprennent par cœur tous les articles se rapportant à leur affaire, épuisent toutes les juridictions, sans jamais se lasser de leurs échecs. Nous avons observé un de ces sujets, fils d aliéné et excentrique dès la jeunesse, qui, interné pour des idées de persécution avec hallucinations passagères de l’ouïe, attribuait sa séquestration à des influences occultes : « Le Parquet, disait-il, voulait étouffer sa voix, le déshonorer ». Une fois en liberté, il entreprend une campagne très active, fatigue de ses requêtes toutes les autorités administratives ou judiciai-
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res, poursuit les médecins qui ont délivré contre lui des certificats qui « doivent, dit-il, être considérés en cour de justice comme pièces à conviction d’un crime qui, après avoir reçu un commencement d’exécution, no fut pas entièrement perpétré par suite de circonstances indépendantes de la volonté de leurs auteurs ». 11 adresse des pétitions aux Chambres « en réparation d’un préjudice indûment causé », convoque les médecins à des réunions publiques dans lesquelles il expose sa séquestration, réclame l’assistance judiciaire pour « suivre, contre le médecin et le personnel du service, une action en justice ».
D’autres, d’un naturel plus violent et qui ont parfois déjà subi de nombreuses condamnations pour injures, menaces et coups, se lassent bientôt de recourir inutilement aux moyens légaux ; ils se montrent agressifs et menaçants. Après avoir employé la diffamation par cartes postales et par Amie d’affiches manuscrites placardée par centaines sur les principaux monuments, ils n’hésitent pas à se faire justice eux-mémes par la AÛolence et l’homicide.
Voici de cette forme clinique si intéressante un exemple qui mettra bien en évidence les différences qui séparent du délirant chronique le
déséquilibré persécuteur. Il s’agit d’uu malade qui a fait une tentative d’homicide sur un haut personnage politique. Intelligent et actif, mais instable et déséquilibré, il fait des dupes, vit d’expédients, se lance dans les entreprises les plus diverses, tantôt fabricant de limes, tantôt s’occupant de modes; son imagination est toujours à la recherche de découvertes retentissantes ; il prend une quarantaine de brevets d’invention. Plus tard s’improvisant chimiste, il invente une substance explosive à laquelle, d’après lui, il n’est pas de forteresse qui puisse résister. Il s’occupe également de questions sociales, travaille à un dictionnaire des synonymes, compose des poèmes, des pamphlets. Malgré cette suractivité intellectuelle que son instabilité ren'd inféconde, il mène une vie misérable. Dans la situation difficile où il s’est laissé tomber, il rend responsables ceux qui sont à la tête du gouvernement, de déboires et d’échecs qui ne sont imputables qu’à son organisation mentale défectueuse. A la suite d’une condamnation à un mois de prison qu’il estime illégale, il s’écrie : « On entendra parler de moi » et, réagissant comme il avait vécu, en déséquilibré, il se transforme en justicier, et se prépare à faire un exemple éclatant. Il était alors fatigué par un
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labeur prolongé et aussi débilité par une alimentation insuffisante. Il profère des menaces de mort contre ses juges, et bientôt entraîné par les vives polémiques de presse de cette époque, il se lance dans la politique. Tl rêve une vengeance retentissante : tous ceux dont il croit avoir à se plaindre, tous ceux que ses convictions lui désignent comme nuisibles au bien du pays doivent être punis. Pesant les responsabilités de chacun, il fait quatre catégories de victimes ; 19 ont été choisies : 3 sont condamnées à mort, 2 victimes politiques et 1 personnelle ; 4 recevront des blessures très graves, 7 des blessures plus ou moins graves, 5 des blessures légères. Comme une seule victime doit payer pour toutes, il fait une loterie dans laquelle il donne à chacun un nombre de numéros en rapport avec le degré de culpabilité qu’il lui attribue. Il prépare ainsi 122 bulletins. L’un en a 13, l’autre 4, M. X. 18, M. Y. 10, un juge d’instruction G ; le général F. 6, etc.
Le journal qu’il a rédigé dans cette période d’excitation montre bien son état d’exaltation intellectuelle : « Je condamne le misérable D., le faux témoin, le voleur, le faussaire à avoir les deux pattes cassées au genou, et le W. recéleur, faussaire et calomniateur ingrat, à subir la même
peine, avec 8 numéros au ehapeau pour D... et G numéros pour W.. Les filles L.. et la M.. étant d’un autre sexe, je les méprise. » Pour légitimer ces jugements sommaires, il fait la biographie de chacune de ses victimes, et termine chacune d’elles par la eondamnation dont il la frappe : « Encore un qui ira dans mon chapeau avec dix numéros, il paiera son iniquité par une patte cassée au genou ; ce sera sa récompense. » Magistrats, avocats, avoués, notaires, députés, ministres, tous comparaissent à son tribunal ; il pèse, juge et condamne ; il n’y a que lui d’honnête et de juste. Il explique avec complaisance les avantages de ce qu’il appelle « sa justice sommaire » : « Et vous ne trouvez pas que cette loterie ainsi combinée ne soit cent fois plus salutaire, plus logique, plus morale et plus réconfortante, plus juste et autrement expéditive et efficace que la justice si souvent boiteuse et injuste. Voilà ce qu’est ma justice sommaire ; comprenez et soyez certain qu’avant peu, au lieu de la faire passer pour folle, tous les gens sensés, aimant la vraie justice, la trouveront sensée et morale. J’aurai des imitateurs, soyez-en sûrs... Tuer un chien enragé, n’est-ce pas pour le moins supprimer dix mille chiens enragés prêts à se lancer sur l’humanité. » — « J’ai tiré aujour-
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d’hui ma loterie, écrit-il ailleurs, c’est X... qui a gagné. J’en suis enchanté, il est sorti ; c’est la mouche venimeuse, le frelon chrysalide du choléra-morbus... Et dire qu’il va falloir que ce soit moi, le pauvre inventeur ridiculisé, moi tant de fois conspué, pillé, calomnié, diffamé, failli, ruiné, condamné à la prison pour chantage, mol Pygmé, dire que c’est à moi que vient d’échoir la noble tâche de supprimer X... le fléau, d’en délivrer la France!! J’ai sorti son numéro de mon chapeau, c’est vraiment trop de chance après tant de gros malheurs immérités et ma vie peut bien payer une telle récompense. » Au moment de l’élection présidentielle son exaltation grandit : il cherche à se rendre à Versailles, afin de tuer M. X... si celui-ci avait été élu. Au cours de l’interrogatoire, ce malade fut pris au Dépôt d’un accès maniaque aigu accompagné d’hallucinations qui dura cinq jours et disparut sans laisser de traces. Pendant son séjour à Mazas, il se montre préoccupé avant tout par les travaux importants qu’il a en tète. 11 avoue aux experts qu’il a besoin de compléter sa série d’ouvrages. Il faut pour lui que la question politique et la question humanitaire soient résolues ensemble. Il traitera successivement de l’éducation des garçons, de l’éducation des filles,
LE DÉLinE CHRONIQUE
enfin du pèi'e et de la mère. Pour cela il lui faut du temps : « Faites-moi condamner, demandet-il. J’ai besoin de dix ans de travail. Si un Jury imbécile m’acquittait, je recommencerais. Je dis ce que je pense, je ne cache pas ma manière de voir. J’ai agi avec préméditation. »
A l’asile, il est tranquille, s’occupe à rédiger des pamphlets contre Bismarck auquel sa haine s’est actuellement attachée, travaille sans relâche à la solution des questions scientifiques, politiques, sociales, les plus diverses ; il veut proposer de nouvelles armes, de nouveaux plans stratégiques, etc.
L’activité intellectuelle de ce malade, sa lucidité d’esprit, l’habileté avec laquelle il a prémédité et accompli sa tentative d’homicide auraient pu en imposer pour un état passionnel, mais en dehors de l’accès délirant passager qu’il a présenté, l’examen approfondi de cette existence dont tous les actes révèlent un déséquilibré, ses oppositions et ses contradictions incessantes, cette obsession de vengeance qui le poursuit, cette liste de victimes qu’il dresse en mettant le nom d’un homme d’État à côté de celui de l’avocat qui a plaidé contre lui, du magistrat qui 1 a condamné, de l’ouvrier typographe qui 1 a poursuivi, de sa belle-mère dont
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il pi’étond avoir à se plaindre ; ces verdicts qu’il rond, cette échelle de peines, cette loterie, ce choix de la victime laissé au hasard, dénotent bien les troubles profonds de son intelligence et le caractère maladif de ses actes, tout en le séparant de la façon la plus tranchée du délirant chronique halluciné à évolution systématique.
On peut distinguer encore les persécuteurs hypochondriaques qui, convaincus d’avoir été mal soignés par un médecin, en veulent à tous les médecins qu’ils rencontrent dans le cours de leur vie et mettent à les persécuter un acharnement infatigable qui ne recule pas toujours devant des actes de violence. Signalons aussi les persécuteurs filiaux s’imaginant avoir retrouvé un père qu’ils poursuivent de leurs tendresses et de leurs revendications ; les persécuteurs amoureux dont Teulat, l’amoureux de la princesse de B.., était un magnifique exemple.
Quelque variés que soient les aspects sous lesquels se présentent les persécutés -persécuteurs, qu’il s’agisse de persécuteurs homicides, de processifs, d’amoureux, etc., leurs allures restent toujours les mêmes : leur état mental spécial, la nature et la genèse de leurs conceptions délirantes ne permettent point de les confondre avec les délirants chroniques.