LK DÉLIRE CHRONIQUE
vait le clinicien de distinguer dans la mégalomanie, où ils restaient confondus, d’une part les mégalomanes dudélire chronique qui, après avoir passé par une période de persécution, finiront dans la démence, de l’autre les mégalomanes dégénérés dont l’évolution, la genèse et le pronostic du délire sont tout différents.
Certains auteurs ont manifesté enfin des craintes tout à fait illusoires. M. Falret se demande si le délire chronique ne réunit point des faits disparates et des états très divers. La description que nous avons faite de cette psychose montre au contraire que celle-ci laisse en dehors d’elle des faits dissemblables qu’englobaient le délire de persécution et la mégalomanie. L’on craint de nous voir annexer au délire chronique la mélancolie anxieuse et la pseudo-mégalomanie qui lui est parfois consécutive ; mais il suffit d'avoir présente à l’esprit l’évolution des quatre périodes du délire chronique pour être convaincu que ces états mélancoliques ne sauraient rentrer dans cette dernière forme. On a craint également qu’en plaçant dans le même cadre « lesdémonopathes, les possédés, les ensorcelés » d’une part, « les électrisés, les empoisonnés, les mouchardés » de l’autre, nous ne comprenions tous les mystiques et tous les persécutés dans le délire
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climniquo. A cola, nous répondrons qu’il faut nécossaireinont fairo un choix : les déinonopa- Ihes, les damnés du délire clironicjuo ont eu, comme les persécutés, une période d’incubation, et, comme eux, ils auront une évolution ultérieure qui les conduira aux idées do grandeur (démonolâtrie, thèomanie pour les premiers, mégalomanie pour les seconds), et ensuite à la démence.
Essayons, avant de terminer ce chapitre, do résumer en quelques lignes les traits principaux qui doivent fairo distinguer le délire chronique à évolution systématique des autres psychoses. Pour plus de clarté nous prendrons le malade à chacune des périodes de l’alfection. A la phase d’ineuhation, le sujet pourrait être pris pour un hypochondriaque ou pour un malade atteint do dépression mélancolique. Mais l’hypocondriaque ne soupçonne personne, n’interprète pas faussement les faits et gestes de ceux qui l’entourent ; il se sent malade et ne s’en prend qu’à lui-méme ; quant au mélancolique, sa souffrance est surtout morale, la vie n’a pour lui aucun attrait ; il se désespère, s’accuse lui-même ; le délirant chronique, au contraire, cherche d’où lui viennent ses sensations nouvelles et en trouve l’explication dans l’intervention d’autrui. Enfin,
los rcnsoi’gnomonts fournis par l’àgo (la maladie est une psychose do l’Age adulle), par los anlé* cédonls héréditaires (qui manquent ou sont peu chargés chez los délirants chroniques), par l’état mental antérieur (chez eux hahituolloment indemne) seront autant d’éléments dont il y aura lieu de tenir compte. A la période de persécution on se rappellera que tout délire de persécution dans lequel il n’existe pas d’hallucinations ne peut être considéré comme rentrant dans le délire chronique. Ces psychoses non hallucinatoires sont l’œuvre de dégénérés : nous éliminons ainsi les persécutés-persécuteurs, et les persécutés h idées de persécution systématisées, à base d’interprétations délirantes. Si les formes non hallucinatoires du délire de persécution sont en dehors du cadre du délire chronique, les types cliniques caractérisés par une production considérable de troubles sensoriels amenant euxmêmes une obnubilation plus ou moins complète de la conscience et des états mélancoliques ou des délires de persécution ne sauraient rentrer dans le délire chronique. Ces bouffées hallucinatoires aiguüs, ces délires d’emblée qui se montrent chez des sujets prédisposés n’offrent rien qui ressemble à la systématisation du délire chronique et sont le plus habituellement cura-
KNCVCLOI'ÉDIE SCIENTIKIQUE
blés. Il en est de môme pour les délires toxiques. Quant aux délires de persécution des dégénérés qui, par leur aspect symptomatique peuvent simuler, pendant un temps, la deuxième période du délire chronique, c’est dans l’étude approfondie du délire et du malade lui-même que l’on trouvera les bases du diagnostic et du pronostic. Les tares héréditaires du dégénéré, ses lacunes psychiques, ses stigmates physiques, l’existence des syndromes épisodiques de la dégénérescence, l’âge précoce auquel apparaît la psychose, son début sans incubation préalable, la coexistence passagère ou permanente d’autres idées délirantes ( idées ambitieuses , hypocondriaques, mystiques, érotiques, etc.), seront autant de signes distinctifs avec le délire chroni- , que.
Aux deux dernières phases de la maladie le diagnostic n’olfrirapas, en général, de difficultés. A la période ambitieuse, la connaissance d’une phase antérieure de persécution éclairera la situation, et empêchera la confusion avec, d’une part, le délire des grandeurs non hallucina toire, fixe, non évolutif, analogue à une idée obsédante, et, d’autre part, avec les bouffées délirantes habituellement polymorphes des dégénérés.
LE DÉLIHE CHRONIQUE
A la quatrième période, les commémoratifs, la reconstitution do l’histoire délirante du sujet avec ses phases successives, montrera, dans l’état d’affaiblissement intellectuel, un état secondaire qui n’est que l’épilogue d’une psychose très ancienne.