OBSERVATION XLII
La fiilc et la mère. — Délire des por.séciitioi!s. — Halhu-iuaCons
de l'ouïe.
D... (Marie), ouvreuse de loges, âgée de quarantt-lrois ans, est entrée le IG janvier 1870 à la Salpêtrière. Un cer-
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lificat émanant de l'asile Sainte-Anne est ainsi conçu : c; Excitation nianiaqne avec prédominance d'idées de persécution, hallucinations de l'ouïe, inlerprélations délirantes; agitation, plaintes, réclamations-, exagération du moi; hésitation de la parole; tremhlcment de 'la langue et des mains; conscience incomplète. « Signé : Girard de Cailleux.
Le certificat immédiat de M. Moreau (de Tours) porte : it Délire partiel, idéc's de persécution, léger treuihlement des lèvres et des mains. «
■Cette malade, dont le père est mort phthisique, n'a point eu de convulsions dans son enfance. Elle a été menstruée à quatorze ans. En 18G4, elle a déjà été traitée dans le service de M. Raillarger, à la suite d'une vive frayeur qu'elle aurait éprouvée en se retournant un jour hrusquement, et en apercevant sa mère, malade, à genoux sur sou lit, dans un état de souffrance apparente qui lui a fait croire à une mort imminente. Le soir même, au théâtre, des agents de police seraient venus pour l'arrêter.
D... prétend que les religieuses d'un couvent ont juré de la faire enfermer comme aliénée. Elle adresse une demande en poursuites contre sa sœur, et elle affirme que le ministre delà justice a mis son secrétaire particulier à sa disposition.
u Au milieu de la nuit, on perce le plafond de sa chambre pour lui parler et pour la tourmenter. On veut lui faire adopter un enfant. On l'électrise sur son lit. A l'hôpital de la Charité, on l'a soumise à la magie, à la chimie et à la police secrète. y>
La mère de D..., m'écrit M. Moreau (de Tours), le 12 août 1871, a avec qui j'ai pu converser souvent dans mon cabinet, partageait complètement, absolument toutes les idées de sa fille, qu'elle voulait reprendre avec elle. Impossible de lui faire entendre raison sur quoi que ce fût, Elle ne veut écouter ni mes observations , ni celles d'une
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lillo aillée qui depuis longtemps fail lout ce qu'elle peut pour coutrc-balaucer l'inllueuce que la malade a prise sur son esprit. Mlle l'accuse niènic de faire cause commune avec les persécuteurs de su lille.
OllSERVATION XI. 111.
La fpnime et le mari. — Déliro des persécutions. — Séquestration prétendue arbitraire. — Craintes d'einpoisonnenicnt. — Indueiices électriques. — Hallucinations de l'ouïe. — Pensée devinée. — Idées de «{randeur. (Maret, Observ. inéd.)
.Madame \..., en apparence lucide, est placée dans un établissement d'aliénés. KUe s'imagine être renfermée arbitrairement. On en aurait pour tout un jour au moins à raconter les persécutions dont elle est l'objet, et nous n'en linirions pas s'il nous fallait la suivre dans les explications extravagantes qu'elle donne à propos de ses empoisonnements. Cliez elle, on empoisonnait le vin dans sa cave avec des matières fécales, et il serait difficile de calculer, nous dit le mari, la quantité considérable de vin et de liqueurs qu'elle a ainsi répandue sous l'influence de ces pensées délirantes. On lui jetait des gommes dans ses aliments, pour la porter aux désirs vénériens, et nn jour elle a ressenti trois coups d'électricité dans sa poitrine et entendu. une voix qui lui dit : c; Vous êtes donc de fer! » La même voix l'invita à se rendre le lendemain, à midi juste, à l'église de sa paroisse, lui disant quelle s'en souviendraii , si elle n'y venait pas: elle y songea trop lard, s'y rendit néanmoins avec son mari, et bien entendu ils ne virent rien.
Elle doime des explications bizarres sur les événements qu'elle aurait vus se dérouler sous ses yeux à Paris, en 1818. On emportait, dit-elle, des morts et des mourants Cn nombre considérable, et c'est tout simple : quand il y a trop de petits enfants pour prendre la place des adultes, on amène
SSV LK DÉLIRE DES PERSÉCLTIOMS.
ainsi des bouleversements pour assassiner tout le monde, et, selon sa pensée, les médecins pourraient arrêter le néau de la guerre « en empêchant des naissances trop nombreuses ». D'ailleurs, elle prétend qu'on change la figure des gens rien qu'avec une infusion , et elle s'est aperçue, un jour qu'elle était à l'église, qu'une multitude de personnes devinaient ce qu'elle pensait, et cela toujours au moyen d'une infusion de plantes qu'on lui avait fait prendre. A l'asile, on lui avait fait manger longtemps de la chair humaine, et aujourd'hui c'est du cheval qu'en lui donne. Elle est arrivée même à concevoir qu elle est appelée à jouer un rôle important, auquel l'empereur et un évêque qu'elle désigne ne sont point étrangers.
Malgré la grande compromission de ses facultés inlellecluelles, elle est très-propre, laborieuse, et a conservé intacts ses sentiments affectifs pour son mari et pour sa famille; ils nous paraissent même exagérés, et c'est à ce point qu'en lisant ses lettres on se ferait difficilement une idée- de son état mental.
Madame X... est toujours clans le même état (20 août 1871), et elle a conservé le même système délirant.
Mari de la précédente.
M. X... est d'une intelligence très-faible. Il croit tout ce que sa femme raconte, et est progressivement devenu un véritable aliéné du même ordre qu'elle. 11 faudra probablement l'interner bientôt.
D'après les renseignemcuts qui nous sont transmis, madame X... a toujours clé très-intelligente, tandis que M. X... n'était qu'un pauvre d'esprit. Dans ce délire à deux, la femme a donc rempli le rôle actif.
CIIAPITKK S1\1L;AIE.