‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 107 sur 234 · SECOND GROUPE · texte numérisé non relu

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Les exemples cliniques vont devenir maintenant plus nombreux, plus saisissants et plus terribles. Après que Ton aura lu les observations si émouvantes qui sont rapportées aux pages 243 et 251, on comprendra combien il est urgent de séparer deux malades qui s'excitent l'une l'autre et qui peuvent commettre des actes aussi déplorables.

Passons d'abord en revue quelques faits sommaires. — M. G. Doutrebente a soigné les deux sœurs à l'asile de Sainl-Yon. L'une, madame D..., était une persécutée intelligente, pouvant soutenir facilement une assez longue conversation sans donner des signes de folie, et douée d'instincts artistiques. L'autre, mademoiselle D..., était une persécutée dépourvue

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d'intelligence cl de sens moral. La mère de ces deux malades, alteinle de délire éniolil", restait enfermée chez elle de peur de rencontrer dans la rue un chien enragé.

Les quatre cas suivants ont été recueillis par M. Aloreau (de Tours). — J'ai, dit-il, connu à Charenton deux sœurs, mesdemoiselles lî. .., atteintes d'une monomanie qui datait déjà de plusieurs années. Quelque bizarres, quelque variées qu'en fussent les nuances, leur délire s'accordait en tout point. Ces demoiselles se persuadaient qu'on influençait leurs pensées et leurs actions au moyen de l'électricité. Toutes les deux étaient en relation avec des génies , invisibles habitants de l'air. Elles appelaient du même nom — M. Duplafon — le plus puissant de tous, qu'elles consultaient sur tout ce qu'elles devaient faire.

— Une mère et sa fille, mesdames B..., se croyaient sous la protection spéciale à'esprits qu'elles appelaient des airs.

— Une jeune personne mélancolique répondait invariablement, lorsqu'on lui demandait son nom, qu'elle s'appelait mademoiselle r/;2CO«/2?^e. Son frère, également mélancolique, s'irritait très-fort lorsqu'on l'appelait autrement que monsieur V Inconnu.

— Madame de B... s'est créé un être fantastique, qu'elle nomme Salomon , et qui est pour elle le génie du mal; elle se plaint sans cesse des tourments qu'il lui fait endurer. Son père rapportait tout ce

qui lui arrivait de fâcheux à un sylphe, qu'il nommait Stratagème.

Le délire des persécutions peut se communiquer en dehors de tout lien de parenté et de maîtresse à domestique, par exemple, comme j'en ai observé un cas en 1868. Je donnais à ce moment des soins à une dame d'Auteuil, qui n'avait jamais voulu sortir de chez elle depuis plusieurs années, pour éviter « qu'on ne fît des cancans sur elle, que la bouchère d'à côté ne lui lançât un chien dans les jambes, que les voisins ne l'appelassent la Suissesse, et que l'Observatoire n'enregistrât ses pas et ses démarches et n'en prévînt les membres de la corporation du Soleil. " Cette dame avait d'abord habité assez près de l'Observatoire, et elle avait cru remarquer que les astronomes pointaient leurs lunettes sur elle. Elle avait déménagé, car elle supposait que les membres de la corporation du Soleil avaient intérêt a à la moucharder » , et qu'ils faisaient savoir à Rome à quelle heure elle se levait, ce qu'elle avait mangé à son déjeuner, etc., etc. Sous l'empire de cette conviction délirante, elle avait pris l'habitude de n'exonérer sa vessie et son intestin que la nuit. A. Auteuil , elle oublia un peu l'Observatoire, et elle se croyait d'abord à l'abri, parce qu'elle avait choisi un appartement « dans une maison qui faisait un renfoncement»; mais elle se figura, au bout de quelque temps, que les astronomes disposaient d'instruments très-puissants, et qu'ils avaient notamment

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des télescopes marins et électrfqiies qui perçaient les murailles à une distance énorme. Elle ne sortit plus et passait toutes ses journées à tricoter " et à se tirer les caries. » Un jour que j'entrais dans sa chambre, elle vint à moi avec un air triomphant, et me dit : « Les chapeaux pointus ne se sont pas levés assez matin , l'as de trèfle et le sept de carreau ont opéré leur rencontre sept fois de suite! La corporation du Soleil est cabalistisée , les Aragotistes vont me le payer. 51

Cette malade avait depuis neuf ans une domestique, originaire du Puy-de-Dôme, âgée alors de trente-cinq ans, sachant à peine lire, mais n'ayant jamais appris à écrire, et qui, sans être absolument dénuée d'intelligence, était d'une crédulité enfantine. La domestique avait connu sa maîtresse saine d'esprit; elle avait vu progressivement naître et grandir toutes les vexations de l'Observatoire, et elle s'était assimilé une à une toutes les aberrations dont on l'entretenait sans cesse. Sans doute elle n'était qu'un écho affaibli de la malade, sans doute l'initiative délirante ne lui appartenait pas , sans doute elle ne faisait qu'accepter avec docilité une systématisation pathologique créée de toutes pièces , mais enfin on retrouvait chez la domestique les mêmes erreurs, les mêmes craintes et les mêmes absurdités que chez la maîtresse.

La malade avait pour médecin ordinaire M. Samazeuilh. Je priai ce confrère d'intervenir auprès de la

famille , de faire placer madame *** dans un établissement d'aliénés, et de faire renvoyer la domestique en Auvergne, dans son village. Mon conseil fut ponctuellement suivi, et je n'ai plus jamais entendu parler de ces deux femmes.

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