CHAPITRE SIXIÈME
jours de rechercher si, dans l'espèce, il n'exislait pas une prédisposilion native à l'aliénalion de l'esprit.
Je me| suis occupé ailleurs' de l'influence de l'imitation, et je l'ai admise. Je n'y reviendrai pas. On a vu, par les exemples curieux de délire à deux et à trois personnes qui ont été relatés plus haut, quelle était la part qu'il convenait de faire dans une certaine mesure à l'hérédité et à la contagion, et je ne rouvrirai pas un nouveau débat sur ce point. Je tiens seulement à affirmer que la contagion du délire des persécutions est déjà d'une grande rareté, mais que la contagion des autres formes de vésanie 'est un fiiit beaucoup plus exceptionnel encore.
A propos de manie aiguë, M. Morel a toutefois rapporté le cas touchant qu'on va lire : « J'ai connu, dit-il, une jeune religieuse dont le noviciat s'était terminé péniblement au milieu de grandes perplexités morales; un amour contrarié avait été la cause de sa vocation pour la vie religieuse, et il y avait chez elle un tempérament hystérique assez prononcé. Le but de l'instilution h laquelle appartenait celle jeune fille était de secourir et de veiller les malades. Appelée un jour à donner des soins à une demoiselle atteinte de manie aiguë causée par la rupture d'un mariage près de s'accomplir, elle ne tarda pas, après quinze nuits passées auprès de celle maniaque furieuse et agitée, à donner elle-même des
1 La folie derant lex tribunaux , p. 5"35.
signes de dérangement intcllecUiel. Les deux jeunes malades entrèrent le même jour dans notre asile, et je ne puis oublier les singulières similitudes de leur délire érotique et du trouble de leurs senliinenls. Placées dans la même section, on dut les séparer, tant il s'était développé chez elles d'animosité et de haine réciproques. D'un autre côté , chez l'une et l'autre, la maladie parcourait des phases tellement similaires, que nous aurions volontiers admis des relalions sympathiques ^ s'il n'avait pas été plus naturel de chercher l'explication de la coïncidence des périodes de rémittence et d'agitation dans les rapprochements fournis par l'àgc, le sexe, le tempérament, et surtout la similitude de la cause. Ces deux aliénées, qui étaient entrées ensemble à l'asile, guérirent dans le même laps de temps, sortirent à la même époque. Dans leur convalescence, qui fut signalée par le retour des meilleurs sentiments, elles se rapprochèrent, se lièrent intimement, se rendirent com])te de ce qu'elles avaient mutuellement éprouvé, et se pardonnèrent réciproquement les actes de violence auxquels dans leur délire elles s'étaient abandonnées.