‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 127 sur 234 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

avec eux, voici ce que Ton remarque : ils ont un cercle d'idées moins étendu, repoussent toutes les innovations, oublient les choses présentes et s'expriment d'une façon longue, diffuse, obscure, parfois même contradictoire; ils racontent très-fréquemment les mêmes histoires, insistent sur les mêmes détails, et, en un mot, ils rabâchent. Leur caractère est modifié , leur volonté est moins ferme, leur |)arole est lente, monotone, niais non embarrassée, et leur écriture est normale , quoique légèrement tremblée. Devenus plus faciles à gouverner, à dominer, à effrayer, à capter, quoique plus irritables, ils n'ont plus d'entrain, travaillent difficilement et se fatiguent vite. Conservant leur ancien genre de vie , continuant leurs mêmes occupations , ils vont et viennent comme par le passé; mais si l'on compare ces individus à ce qu'ils étaient autrefois, on note un affaiblissement sensible , et l'on dit d'eux qu'ils ont vieilli , qu'ils ont baissé. Claudicat ingenium, a dit Lucrèce.

Ces vieillards ne jouissent plus de la parfaite intégrité de leur entendement, et ils ne sont pas frappés cependani de démence sénile. Voilà ce que j'appelle l'état mixte.

La criminalité d'une action punissable peut se modifier d'après la position personnelle des prévenus. Elle s'afHiiblit si l'âge a diminué le libre arbitre et si la débililé a voilé l'immoralité de l'acte commis, mais l'imputabilité pénale subsiste. Si la doctrine de la responsabilité proportionnelle, que j'ai exposée et

m LE DKLIRK DES PERSF';CUTI0NS.

soutenue ailleurs', peut trouver quelque pari une saisissanle application, c'est bien à propos de la lésion superficielle ou partielle des facultés mentales du vieillard à l'état mixte. Mais si j'admets que ce vieillard soit capable de répondre, dans une mesure évidemment restreinte, de la moralité de ses actes, ce n'est point à la condition qu'a])rès avoir encouru une peine plus ou moins légère, il s'en aille traîner en prison une vie misérable. Je reviendrai bientôt là-dessus.

Etat jmtliologique. — Les troubles de la motilité apparaissent, les facultés déclinent visiblement, et la conscience des actes se perd de plus en plus. Une situation morbide caractérisée par une altération matérielle des centres nerveux s'est établie, et l'on dit alors que ces vieillards sont lomhés en enfance. Insouciants, étonnés, bébélés , incapables de se diriger, complètement irresponsables de leurs actes, égarant les objets qui sont à leur usage, s'irritant violemment ou s'attendrissant sans motifs, tantôt excités et tantôt mélancoliques, ils abandonnent leur état, ne peuvent plus gagner leur vie, deviennent à charge à autrui et ont quelquefois beaucoup de peine à se faire pardonner de vivre encore. C'est bien d'eux que Sanctorius a pu dire : Senecius vera est œgritudo.

Dans la très-grande majorité des cas, la démence sénile reconnaît pour cause première soit une hémor-

^ Discours ;\ la Société inédico-psycliologiqne (février 1863).

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