OBSERVATION V
Intoxication palustre et infection syphilitique. — Délire des persécutions. — Influence de la navifjation sur la suspension du délire. — Reciuitos.
Un officier de marine, àgc de vingt-neuf ans, après avoir séjourné quelque temps à la Vera-Cruz, est affecté d'abord de fièvre pernicieu.se, puis de syphilis grave. 11 se rétablit, visite un peu l'intérieur du Mexique, revient de congé et rentre à bord. Il remarque bientôt que , dès qu'il se rend à terre, on ricane et on chuchote. S'il entre quelque part, on se moque de lui, on le ridiculise, on le lorgne d'une certaine façon , et enfin « on l'insulte par la pensée » . Son équipage est complètement à sa dèvolion , ii y est aimé de fout le monde et il y est très-tranquille. Il part pour France, a une traversée très-heureuse et reprend toute sa gaieté d'autrefois. Il débarque, se rend à Paris pour affaires de service, n'y séjourne que trente-six heures, et est envoyé à Brest. Là, on le bafoue, on l'injurie grossièrement, on le traite « de canotier, de marin d'eau douce , de lâche et de corsaire 5) . Il se croit poursuivi dans la rue et invective de paisibles passants; il reste chez lui, ne veut plus sortir, s'entoure de ses armes et reçoit en maugréant quel-
ques visites de collègues. Ln bàliment était en partance, et on lui confie aussitôt à ce nouveau bord un emploi de sou grade. 11 navigue un an, n'est tourmenté que très-passagèrement par quelques phénomènes hallucinatoires, et toujours h la suite ou d'un séjour prolongé à terre ou d'un excès alcoolique, et remplit toutes ses fonctions avec autant d'aptitude et de zèle que par le passé.
De retour en France et envoyé, sur sa demande, en congé dans sa fiimille, en Lorraine, il ne tarde pas à s'apercevoir qu'on lui en veut, qu'on fait le vide autour de lui, qu'il est espionné, qu'on lui tend des pièges, qu'on veut le faire sombrer, etc., etc. Il a des hallucinations, dort trèspeu , a un poignard sous son oreiller et un revolver sur sa table de nuit. Sa famille est épouvantée, repousse avec indignation l'idée d'une aliénation grave et dangereuse, et elle parvient à obtenir pour le jeune officier un ordre de service pour la Chine.
Qu'est-il devenu?
On lira plus loin l'observation trune malade qui vit cesser ses liallucinations pendant un voyage en Normandie, et les vit revenir lorsqu'elle renira à Paris. Mais il est encore d'autres influences, non moins curieuses, qui modifient ou suspendent le délire. Le fait suivant le démontre péremptoirement/
OBSERVATIOÎV' VI.
Délire de persécution. — Hatluciiiations de l'ouïe. — Injures proférées dans des langues cîifrérentcs, mais comprises par le malade.
Voyage eu Angleterre et en Allemagne : cessation des hallnci-
uatio:is. (Cerise, Soc. 7nédico-psychologi(jiie.)
Vn élève de l'Kcole des mines a une existence tout à fait intolérable : il entend dans la rue des injures sur ses
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mœurs, ses habiludes, sa manière de vivre. Cela lui arrive à Paris comme cela lui est arrivé à Turin et à Milan. A Paris, c'est en français que les voix le tourmentent; c'était en dialecte piémontais à Turin, et en italien à Milan. Dans un voyage en Allemagne, dont il ne comprend pas la langue, les hallucinations ont cessé; il en a été de même pciulant une excursion en Angleterre, probablement pour la même raison. — Frappé de cette circonstance. Cerise a conseillé an malade un voyage prolongé dans des pays différents. C'est là une ressource singulière, à laquelle on ne parait pas avoir songé beaucoup , et qui peut être mise à profit dans certaines formes d'hallucination.
L'observation comnuniiquée par Cerise n'a pas loiile l'importance que ce ret]retté et savant médecin a bien voulu lui accorder. Ici, le début d'un délire de persécution est facile à reconnaître. De 'même que des malades échappent, pendant quelque temps, aux hallucinations en changeant les heures de leur sortie dans la rue, ou en quittant la ville pour la campagne, de même cet élève de l'École des mines a eu quelques mois de repos en abandonnant la France pour aller en Allemagne, en Angleterre; mais le pronostic n'en reste pas moins presque aussi grave que dans les cas ordinaires de délire de persécution. Quelquefois, en effet, les malades se plaignent que « les voix leur parlent un langage qu'ils ne peuvent comprendre, mais qu'ils interprètent comme étant des menaces et des injures.
Qu'on lise plutôt la relation clinique qui va suivre, cl qui porte avec elle tout un enseignement.