‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 15 sur 234 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Hésitations sur le clioix d'une profession. — Délire de persécution. Hallucinations de l'ouïe (ou français). — Démission. — Changements de domicile. — Exil volontaire. — Hallucinations de l'ouïe (en anglais). — Incarcération imméritée. — Voyages lointains. — Hallucinations dans toutes les langues. — Fortune perdue. — Idées de suicide.

lî... est un ancien professeur de collège. Il a trente-cinq ans et est célibataire. Il n a jamais connu sa famille et a été élevé par un curé de village. A dix-huit ans, il a failli se faire prêtre ou militaire. Pendant six mois, il a été maître d'études dans une institution , et c'est à celte circonstance qu'il a dû d'entrer plus tard dans l'Université.

Chargé d'abord d'une classe de cinquième, il n'a pas tardé à avoir des difficultés avec ses collègues, ses chefs et les parents de ses élèves. Il a écrit de très-nombreuses lettres à' son recteur, puis au ministre de l'instruction publique, et s'est plaint amèrement des procédés dont on le rendait victime , des hostilités qu'il rencontrait sans cesse , et des mesures vexatoires qui étaient prises contre lui ce dans le but probable de lui faire perdre l'esprit « .

De collège en collège, les mêmes faits se représentent, les mêmes récriminations se renouvellent. .

B... hérite tout à coup d'une somme de quarante mille francs. Il donne sa démission, vient à Paris, se loge auprès de la Sorbonne, et se met à suivre les cours publics. On le dénigre, on l'insulte, « on prend pouvoir sur lui, on le domine à distance, on le dirige, on l'ennèche par l'aimant » . Il déménage, ne reste plus que quinze jours dans le même logement, va se plaindre chez le commissaire de police, voit des ennemis partout et a des scies à chaque pas » . C'est alors qu'il quitte la France, sur le conseil d'un sergent de ville auquel il avait dénoncé un individu.

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B... visite l'.^iiglelcrre , mais il ies(e à peine quelques jours à Londres, « parce qu'il y a trop de gens qui y savent le français;^ . Il retrouve le calme, et, pour s'occuper, se met à étudier la lan'juc anjflaise. Il entre dans une nianufaclure, mais il y devient triste, préoccupé, inquiet et raéllant, et part tout à coup pour Dublin . A peine est-il arrivé dans cette ville, qu'il trouve un emploi lucratif d'interprète. Il reprend toute son activité, mais il perd bientôt le sommeil et « est injurié en anglais '■ . Or, à ce moment, un an s'est écoulé depuis son départ de France. Il quitte Dublin, erre à l'aventure, perd de l'argent un peu partout, et, après onze mois de pérégrinations constantes, il retrouve la tranquillité à Lisbonne. Instinctivement, il se refuse à apprendre la langiie portugaise et vit très-retiré. Au bout de quelques mois, ses allures paraissant suspectes, il fut arrêté à tort coumie auteur présumé d'un vol important, et, connue il portait sur lui plusieurs milliers de francs, il fut jeté en prison. En proie bientôt au délire mélancolique le plus accusé, tourmenté par des liallucinations constantes, craignant d'être empoisonné, il refuse tous les aliments. Au moment même où il était transporté dans un hôpital, sou innocence fut reconnue. Il s'améliora, redevint libre, s'embarqua sur un bâtiment marchand, parcourut les contrées les plus lointaines, et fut insulté dans toutes les langues. « Les agents électriques , les télégraphes sous-marins et les chimies vaporisées allaient leur train et le trouvaient toujours au gite. n

Désespéré, complètement ruiné, tourmenté par des idées de suicide, et dans un état de maigreur squelettique , H... fut arrêté à Paris et conduit, au mois de septembre 1808, au Dépôt municipal des aliénés, où il fut longuement visité et interrogé par l'auteur.

Un malade, parlant (oulcs les langues de l'Eiirope, a été tourmenté par des voix qui lui parlaient alternativement dans toutes les langues connues de lui. Voici le l'ait, tel que Ta rapporté Esquirol :

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