‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 143 sur 234 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

un parc, les livrer aux sombres soucis d'une vie désœuvrée, veiller seulement à ce que des aliments leur soient distribués, oublier qu'il existe des moyens de traitement et baser son unique espoir de guérison sur l'eiïicacité intimidante des murs de l'établissement, c'est continuer le passé et sa bonté. Le succès n'est pas là !

Des idées de persécution chez les faibles d'esprit.

Il n'est pas très-rare de rencontrer des idées de persécution chez certains individus à intelligence bornée et à prétentions extravagantes. Leur défaut de capacité ne leur a pas permis de réussir dans le monde; ils ont essuyé beaucoup d'échecs, ils se sont attiré des mésaventures de toute sorte, ne se sont pas trouvés avertis parles événements les plus significatifs, et ont continué à se mouvoir avec une activité semi-morbide dans un milieu qui les repousse sans cesse. Ces faibles d'esprit possèdent une somme incalculable d'audace, d'égoïsme et d'orgueil. Ils ne parlent que d'eux, font constamment leur éloge, vantent à outrance leur facilité au travail, leur mérite littéraire, leur talent poétique, leurs aptitudes artistiques, font rire d'eux, et finissent par être violemment éconduits de toutes, les maisons , à la suite de quelque affirmation mensongère, de quelque tentative indiscrète ou de quelque entreprise immorale.

318 LK DKLIRE DES PKRSKCUTIOWS.

Après un aussi grand nombre de blessures faites à leur amour-propre, ils analysent un jour la situation qui leur est faite, et comme la haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes n'a fait que grandir en proportion des revers subis, ils en arrivent tout naturellement à celte conclusion « qu'on leur en veut, que les autres sont jaloux d'eux, que les médiocrités se sont liguées contre eux, qu'on a peur de leur talent, qu'on cherche à mettre tous les hommes forts sous le boisseau, qu'ils ont suscite des animosités irréconciliables, qu'ils sont victimes de leur propre mérite, et qu'il n'y a que les imbéciles qui parviennent à quelque chose. » A partir de ce moment, ils entretiennent tout le monde des prétendues persécutions qu'on dirige contre eux, et après n'avoir été que des hommes bavards, ennuyeux, absurdes et malintentionnés , ils deviennent des délirants dangereux, colportent d'infâmes calomnies, font du scandale en public, donnent lieu aux scènes les plus malencontreuses, et récriminent avec aigreur dans les journaux.

M. Rota a récemment pris mon avis dans un cas de ce genre, et j'ai vu avec lui, dans un établissement spécial, un jeune étranger, élevé en France, qui m'a déclaré que son père était jaloux de lui, que ses cousins lui en voulaient parce qu'il était beaucoup plus intelligent qu'eux , qu'il venait de faire plusieurs pièces de théâtre, que jamais une femme — quelle qu'elle fut — ne lui avait refusé

Page 1