‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 16 sur 234 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Tentative de suicide. — Délire de pcrséciilioii. — Hallucinations de l'ouïe dans toutes les langues de l'Europe. — Impression morale vive. ' — Guérison. (Esquirol, Dictionn. des Se. mèdic.^ t. XVI, p. 154.)

Le préfet d'une grande ville, âgé de quaraute-trois ans , d'un tempérament sanguin , injustement accuse d'avoir favorisé l'insurreclion de son département, se coupe la gorge : on le transporte dans une ville voisine. Guéri de sa blessure, il se croit déshonoré, entouré d'espions; sa conviction sur ce point est d'autant plus forte, qu'il entend des voix accusatrices, et dont quelques-unes l'exhortent à se tuer, puisqu'il ne peut vivre que déshonoré. Ces voix se servent alternativement de toutes les langues de l'Europe (ces langues sont toutes connues du malade). Il les entend aussi distinctement que si les personnes qui parlent étaient présentes , souvent il se met à l'écart pour les mieux écouter. Il a plus de peine à comprendre celles qui empruntent la langue russe, qu'il parle avec plus de difticulté. Il entend ces voix quelques minutes après qu'il est éveillé , et le soir, elles l'empêchent de s'endormir. Il leur répond , ou les questionne; quelquefois elles le mettent en colère, il les provoque ; il est persuadé que par des moyens mécaniques ses ennemis peuvent pénétrer jusqu'à ses plus intimes pensées et faire arriver jusqu'tà lui les reproches, les menaces, les avis qu'ils veulent lui faire parvenir. Il passe l'été dans un château : lorsqu'il a de la compagnie et qu'il est dis-

trait, il n'cnleud plus les voi\, mais elles reviennent s'il se met à l'écart. L'automne suivant, il revient à Paris : les voix l'y suivent; elles lui répètent de se tuer, mais il veut altenilre la justification. 11 va chez le ministre de la police, qui le reçoit très-bien et lui donne une lettre propre à le rassurer. Les voix ne cessent pas pour cela. 11 m'est confié, et après trois mois, une impression morale vive, excitée à pro[)os, a rendu à la société un homme aussi recommandahle par son savoir que par sa conduite.

Le caractère d'indécision dans le début du délire de persécution est aussi tranché lorsque le malade est soumis tout d'abord aux hallucinations de l'ouïe, que lorsqu'il éprouve, au commencement, les phénomènes qui ont élc décrits plus haut : anxiété, inquiétudes indéfinissables, idées de persécution vagues et souvent répétées, sans illusions ni hallucinations.

Les exemples de délire de persécution offrant, dès l'origine, des hallucinations de l'ouïe ne sont |)as rares ; on les rencontre disséminés cà et là dans les recueils scientifiques. La plupart sont incomplets en ce sens que l'on n'a point insisté sur le point principal, à savoir que les hallucinations ne sont pas continues et peuvent cesser momentanément. Quelques médecins même s'y sont mépris ou ont mal interprété ces laits.

Les différentes formes de ce délire varient avec les malades. Il est cependant bien évident que les symptômes généraux , faciles à constater si on étudie

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lin cerlain nombre de persécutés, permellenl de lui constituer une nosograpliie spéciale et de poser les bases d'un diagnostic différentiel, ainsi que la démonstration en sera lentée ici.

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