CHAPITRE I\!EI]VI^:MK
lade, je lui dis : « Il faut que je sache ce qu'il y a dans ce meuble , il doit y avoir des papiers ; mais j'eutends que vous assistiez à ma recherche. Venez donc avec moi. » J'ouvris, et je trouvai un cahier écrit de la main de l'aliéné et portant ce titre : Mes conversations AVEC l'i\co\'nu. Je tournai la première page , et je lus : « Oui, tu as raison, les hommes sont tous des acrobates, et mon père n'est qu'une vieille canaille; c'est lui qui m'a soufflé Estelle, j'en ai maintenant la preuve, car »
Le masque venait de tomber. L'homme muet avait parlé, et le jugement médical pouvait être résumé dans ces termes sommaires : excès de toute nature, dépit d'amour, mélancolie, hallucinations de l'ouïe, idées de persécution, misanthropie, projets de vengeance, menaces de mort, puis suicide prémédité, dissimulation profonde.
Pour savoir tout cela, quatre lettres tracées sur le sable avaient suffi. — Et maintenant, le malade guérira-t-il? Je ne déses|?ère pas.
L'importance des écrits était loin d'avoir échappé à Marcé, et cet auteur a rapporté un exemple qui mérite d'être rapproché du précédent. « Une femme de quarante ans, a-t-il dit, aliénée depuis plusieurs années, après avoir présenté au début de la maladie des idées de défiance et des craintes d'empoisonnement, était graduellement arrivée à un tel état d'inertie et de stupeur, que l'on supposait chez elle rinactivité cérébrale la plus conjplèle. Elle restait
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loiitc la journée immobile, indiiïérenle a ce qui se passait autour d'elle, el ne répondant à toutes les questions, à toutes les indications que par quelques monosyllabes prononcés d'une voix élran<j;lée el inattentive. Mais, chaque malin, elle consacrait un len)j)s assez long à écrire en cachette, et sur ces feuilles soigneusement dissimulées, je trouvai, à mon grand ctonnement, les idées délirantes les plus complexes. Non-seulement elle parlait de ses craintes d'empoisoimemenl, des persécutions dont elle était l'objet, et racontait h sa façon les plus petits incidents de la journée, mais encore elle répondait par écrit à toutes les questions qui lui avaient été adressées pendant le jour, et devant lesquelles elle était restée muette. »
Le persécuté rédige des plaintes , des dénonciations, des pétitions, des mémoires, et expose à l'autorité ses griefs, ses réclamations, ses souffrances et ses spoliations. Il raconte d'interminables histoires, et insiste complaisamment sur les habitudes, les allures, les gestes et les paroles de ses ennemis. Il révèle tous les actes honteux qu'ils commettent, entre dans les détails les plus minutieux, trouve des expressions pour tout dire , et emploie les termes parfois les plus bizarres et les néologismes les plus osés; il diffame, avertit ou menace, el se déclare prêt à tout.
Le persécuté est-il hypochondriaque , il prend son observation jour par jour, heure par heure, analyse toutes ses sensations avec anxiété, inscrit sur des