CHAPITRE XEUVIÈAIE
injustices que l'on me fait. Tout ce qui m'arrive, c'est par les conseils de cette sœur démagogue, qni met un acliarnenient inouï à pousser tout le monde contre moi: niais elle a bien soin de ne laisser aucune trace de ses persécutions et de ses injustices, et donne l'ordre à ses complices de ne rien avouer jamais ; c'est pourtpioi des enquêtes secrèles sont de toute nécessité pour parvenir à découvrir le véritable étal des choses. J'ai lieu de m'attendre à tout, d'après toutes les horribles méchancetés qu'ils m'ont faites et les pièges qu'ils ne cessent de me tendre. En voici une preuve parmi tant d'autres. Une demoiselle Arsène, que j'ai connue dans un temps pour me vendre des modes, m'a fait venir dans une espèce de tapis-franc; ce n'était que pour me faire aller et faire dire du mal de moi à tous ceux qui se trouvaient là. Quatre jours après, cette même demoiselle me fait venir chez une demoiselle Lallemand , blanchisseuse, rue l'cydeau, 24, où elle prétendait demeurer. C'était encore une ruse pour me faire aller, me faire connaître et dire du mal de moi. J'ai laissé une voilette à celte denuîisclle Arsène, qu'elle-même m'avait vendue dans un temps trenle-cinq à quarante francs, et m'avait assuré de la vendre et d'en tirer plus de vingt francs, attendu que je ne m'en étais pas servie. Elle m'a gardé ma voilette, et je ne l'ai plus revue ni pu la découvrir. Cela s'est passé les premiers jours du mois de décembre dernier. Ils ne savent quelles méchancetés me faire : dans le même mois , j'ai adressé deux lettres à une dame; on me les a interceptées et on me les a rapportées après vingt-deux jours, en me disant qu'il y avait eu méprise; mais je puis justifier tout le contraire.
« En 1853, j'ai eu une domestique qui m'a volé divers objets et soustrait des lettres, dont j'ai encore des fragments d'une, que j'ai trouvée sous un poêle avec un mouchoir en
Wt- LE DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS.
balislc, le tout enveloppé dans un journal, et que la voleuse avait oublié d'emporter.
L'été dernier, on m'a fait des taches à mes robes; je m'en suis plainte à tout le monde, et je disais que ces taches avaient été faites dans la maison que j'habite. Ensuite, ils ont varié leurs méchancetés : plusieurs fois on m'a marché sur le bas de mes robes dans la rue en y faisant des taches; un soir, à la brune, un homme m'a serré les flancs; une autrefois, on m'a donné des coups de pied; une autre encore, des coups de poing; une autre fois, deux femmes sont tombées sur moi dans la rue, m'ont bousculée et ont failli me faire tomber. Si je commande quelque chose chez un fournisseur, on me fait le contraire de ce que j'ai commandé. Si je donne du linge à une blanchisseuse de fin, on me le l'apporle tout déchiré et même souvent brûlé par l'eau de Javelle; puis on juc garde du linge en me disant qu'on l'a perdu et qu'on me le rendra; j'ai été obligée de changer un porteur d'eau parce qu'il avait mis des saletés dans l'eau , qu'il me fournissait. Celui que j'ai repris m'a fourni de Veau irès-amère^ et j'ai été obligée de la jeter. Je suis dans la plus grande crainte, car leur haine est à son comble; je crains qu'un coup ne soit porté dans l'ombre et que cela ait une (in lragi(|uc.
» Si vous ne venez pas. Monsieur, à temps à mon secours pour les empêcher d'assouvir leur baine et faire dévoiler et déjouer leurs manœuvres.
)) J'ose espérer que vous aurez la bonté de me faire rendre justice, car je suis tenue en captivité et dans la plus grande crainte. J'attendais plusieurs lettres, et je n'en reçois aucune. Je crains qu'on me les ail interceptécs-
« Je me mets sous votre bienveillante protection , Monsieur le commissaire, etc.
I Ruo (]c T., 47. — 13 avril 1858. i>