CHAPITRE NEUVIÈME
n'ai jamais subi aucune condamnation pour quoi que ce soit, ni même payé aucune amende ; je suis électeur, j'ai toujours joui dos droits civils et politiques, et je ne crois pas à qui que ce soit le droit de s'emparer d'une personne pendant son sommeil, de lui faire en rêve des choses ignobles, de le narguer sans cesse pendant quinze à dix-buit heures par jour, tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, en cherchant à me prolonger soi-disant à une époque, comme l'on me dit au 15 août, et qui du reste , il y a six mois, c'était pour le jour de l'an; ainsi l'on m'a attaqué, moi, par la liberté individuelle et celle de la conscience, l'on n'a fiiit qu'à présent me nuire, et non-seulement à me faire mourir, en me transférant dans celte maison, oii Monsieur le préfet ne doit pas ignorer ce qui s'y passe; la preuve en voici encore que le nonnné Duchaux, salle n" 2, s'est suicidé le 6 avril dernier, en se pendant, ayant tenté déjcà de le faire; salle Saint-Paul, deuxième division, un vieillard s'est précipité du troisième étage dans la cour, le 26 du courant, et tout cela par malveillance; j'en ai écrit durant mon s(^'our dixneuf rôles de tout ce que l'on mo dit; j'ai des gens de service pour moi , il n'y a que les chefs et les fonctionnaires de cette administration qui sont contre moi , et le docteur Félix Voisin, qui m'a fait mettre en loge et renfermer dans une cour où je ne puis passer dans une autre, pour être avec les autres malades; s'ils ne sont pas contents, je suis bonnuc à leur faire face sur le terrain; du reste, j'ai dit au docteur F élix Voisin , qui me passe la visite dans ma loge étant dehors, il vint me narguer au travers de la porte en me disant : Quand vous serez revenu à de meilleurs sentiments, je vous ferai sortir; je lui répondis que je n'avais cherché à lui faire du mal et que j'étais un honniiede cœur; depuis ce temps il me fait renfermer lorsqu'il passe la visite, et s'assure bien si je le suis. Comment, en présence de pareil fiiit,
556 LE DÉI-IUK DKS IMOHSIÎCUTIOXS.
Von n'intervient pas; l'on a fait courir que je subissais des épreuves de franc-maçonnerie; ai-je demandé à l'être? L'on me dit : M. le ministre de la justice s'est emparé de vous; j'admets encore. Et pourquoi M. le procureur impérial et M. le préfet ne font-ils pas leur devoir en faisant une enquête lorsque des malades ont leur raison, quoi qu'en dise M. Féli\ Voisin , puisqu'il s'est (latlé qu'il se débarrasserait de moi quand il voudrait; alors il vous est donc vendu? /.^/ justice s'en emparera ou je la ferai moi-même, puisqu'il a peur d'une balle, et (pie j'avais demandé une réparation, et que l'on a cherché à me pousser à l'échafaud , ou un suicide; je ne descendrai pas dans la tombe sans que M. Félix Voisin et M. Hubert ' me précèdent.
Deuxième lettre.
a Monsieur le commissaire de police,
15 Mes intentions étaient d'avoir un entretien avec vous dans votre cabinet, parce que les motifs étaient assez graves pour cela; néanmoins j'ai réfléchi et j'ai préféré vous écrire ce que je pensais d'une affaire aussi grave ; voyons si mes moyens vont prévaloir les vôtres, et si réellement vous croyez que l'on puisse m'abuser. J'ai Thonnour de connaître mademoiselle Marie Davoine, habitant sous votre circonscription ; j'ai été douloureusement affecté de voir que, étant à mon bras, l'on nous harcelait , et c'est arrivé plusieurs fois , entre autres le 30 septembre 18G3. Je m'aperçus, l'ayant à mon bras, qu'elle se retournait souvent, et je compris de suite que, durant l'inlervalle de temps qi 'nous avait séparés, elle avait été victime de la persécution; -e n'est pas tout, une lettre d'elle m'apprend que l'on a cherché notre désunion ; de plus , le 1 i sep-
1 Le .surveillant .i chef de la seclion.