OBSERVATION LXXV
Déiiiciice. — Halliicinalions. — lilécs de perséculiou iincicnnes. — Tentative d'homicide. — Lettre.
B..., commis marcliaiul , quarante-quatre ans, est entré à Bicêtre le 13 juillet 1853. 11 serait persécuté par un médium, et un jour, à la suite d'hallucinations qin" le surexcitaient, il s'est armé d'un marteau pour frapper un garçon. 11 essayait de décrire ses hallucinations :
tt Et constamment, que je fume, que je lise, que
je marche ou que je sois assis, debout ou couché, c'est toujours : Souvenez-vous ! souveiiez-vous ! ne l'oubliez pas; ou,
si vous l'aimez mieux : Souviens-toi Ça dure comme
cela pendant deuv heures
Quelquefois il y en a un qui parle k un autre, et la, la, la , et l'autre lui répond : Vendu! M. Paris! vendu!
» Cette conversation ridicule et abominable se termine toujouis par : Tes maîtres? atlends-loi. . .
15 11 faut renoncer à lire, î\ penser, à manger, à boire, à écrire, à dessiner; il ne faut plus absolument se souvenir de rien , rien , rien !
)) Il ne me reste plus que quelques moments de sommeil, et quel sommeil! Inlerruplion. Malgré tout ce que lu as à dire, rappelle-toi que nous sommes les maîtres, que tu es monstre pour elle, et qu'on t'a vendu ! ne l'oublie pas !
w ïl prend un journal, Eœtus ' redouble. Je quitte le journal, il s'arrête ou parle moins fort. Je reprends; il recommence à crier les infamies de son rôle avec menaces :
1 Un des persécuteurs.
CHAPITRK IVEl VII'IME. 3G1
Viens, souffrant! Arrive un peu ici, chien bàlardî chien adopte, vile marchandise!
» Au milieu de la nuit : Ici, chien vendu, souviens-toi de tes maîtres! Sale cochonnerie, regarde la peau, les femmes sont pour les maîtres , forçat ! . . ..
« De tous côtés des douches! des douches! Avec son
corps il ose penser à Madeleine! Exécrable enfant de g
Et il dil comme cela ! »
An décousu de cetic lellre, on s'aperçoit bien vite que le malade était en démence. Il était toutefois resté très-irritable, violent et dangereux. Au milieu d'une grande dissociation d'idées, on retrouve çà et là des traces du délire ancien; mais, on le voit, le persécuté qui est tombé en démence n'est plus que l'ombre de lui-même !
Voici maintenant des fragments de lettres de persécutés devenus persécuteurs. Ils écrivent à diverses autorités, et ont réussi parfois à attirer Fattention par les calomnies qu'ils ne craignent pas d'inventer contre différentes personnes, médecins, gardiens, etc.