CHAPITRE NEUVIÈMK
eut des chais dans sa chambre et sur son lit. Ces chais n'étaient autres, pour lui, que les deux sorcières uiétamorphosées.
Berbiguier, accablé de souffrances, est bientôt en proie à des idées de suicide; niais une voix l'arrête au moment où ii va se donner la mort. C'est dans cette nuit mémo que Jésus-Chi ist lui apparaît sur un trône. Le délire aurait pu rester dans ces limites. Le malade était halhiciné; il croyait à la réalité de ses hallucinations; il accusait de ses souffrances deux femmes qu'il prenait pour des sorcières. Il y avait donc alicnalion mentale bien caractérisée, et tout ce qu'il fallait pour constituer la monomanie. Cependant peu à peu de nouvelles conceptions délirantes se joignent à celles que je viens d'indiquer.
Berbiguier consulte Pinel pour être délivré de ses maux, et cet illustre médecin, ne l'ayant pas guéri, est rangé parmi ses persécuteurs : c'est un farfadet, le représenlant de Satan. Bientôt dix ou douze personnes avec lesquelles le malade se trouve en rapport sont également des ennemis acharnés à sa perte. Enfin, comme il le dit lui-même, son imaginalion est tellement frappée des farfadets, qu'il en voit partout. Dès lors, rien n'arrive plus que par les maléfices des farfadets. Ils lourmentent son écureuil; ils font fumer son poêle ; ils arrêlent ou dérangent le mouvement de sa montre.
Ses ennemis agissent sur lui-même; ils l'endorment contre son gré, ils Iroublent ses facultés, ils
lui enlèvent ses idées, ils le fonl éternuer ; ils vont mêrae jusqu'à lui faire commetlre de mauvaises aelions : c'est ainsi qu'il leur allribue ses eniporlemenls et ses brutalités conlre son écureuil. Un jour, le malade trouve une pièce de cinq francs qui avait été oubliée dans les lieux d'aisances; il s'empresse de la restituer, mais reste convaincu que les farfadets ont ainsi voulu tenter sa probité.
Ce sont les farfadets qui font le mauvais temps; sans eux, il n'y aurait ni pluie, ni grêle, ni tonnerre. Plusieurs fois ils ont fait soïifflcr le vent pour briser son parapluie. Tout peut ainsi s'exi)liquer par les farfadets. On se trompe sur la cause des morts subites; on les attribue à des coups de sang, des apoplexies, mais il n'en est rien. Ce sont les farfadets qui étouffent et étranglent les personnes qu'on voit ainsi succomber tout à coup. Il n'y aurait point à'enlorscs sans les farfadets, qui placent à dessein des obstacles devant les gens pour les faire tomber.
Enfin, Berbiguier explique par les tarfadets la grossesse de plusieurs jeunes filles qu'on disait avoir été séduites. Ces filles, pour lui, sont innocentes et pures : elles portent la peine des maléfices des farfadets, qui se sont introduits la nuit auprès d'elles invisiblement, et qui en ont abusé à leur
insu
Les farfiulets passent par les fissures des meubles les plus étroites; ils se glissent même entre la jambe et la jarretière, etc.