CHAPITRE NEUVIÈME
Berbiguier va au théâtre et voit représenter « le mélodrame de la Pie voleuse ». Ses impressions sur le spectacle sont les suivantes :
Celle malheureuse servante de Palaiscau, me disais-jc, est une vicliuie bien à plaindre de la scélératesse des farfadets; c'est parce qu'elle aimait bien son père, c'est parce qu'elle remplissait tous ses devoirs avec scrupule, que les disciples de Satan se sont permis de la poursuivre jusqu'à la mort cl ont réussi à la faire périr. Car, quoique dans le mélodrame cette infortunée ne meure pas, il n'en est pas moins vrai qu'elle a porté sa tête sur un échafaud, parce qu'elle résista opiniàtrément aux offres empoisonnées du bailli.
Ecoulcz-moi : La servante de Palaiseau ne voulait donner son cœur qu'à celui qui consentirait à unir sa destinée à la sienne. Le tîls du fermier qu'elle servait l'avait jugée digne d'être sa femme. Cet hommage à la vertu ne devait pas satisfaire les farfadets. Le bailli, qui était enrôlé dans la compagnie de Belzébulli, forma le dessein de séduire la jeune fille. Il était laid, vieux et méchant, et ce n'est pas lorsqu'on osl ainsi maltraité par la nature qu'on parvient à plaire au beau sexe. Pour atteindre à son but, il fit alliance avec le diable. Il lui fut alors loisible de se mélamorphoser en pie. Cet oiseau est naturellement voleur. Le bailli était lui-même un homme de plume , et, comme dit le proverbe : Tout ce qui porte plume est sujet à voler.
Comme rien ne pouvait détourner la jeune servante de ses devoirs, les méchants esprits résolurent de la perdre par les moyens farfadéens. H leur aurait été facile de s'introduire dans son lit et de la violer, comme cela leur arrive si souvent; mais l'amour-propre du bailli était irrité par le refus d'une jeune beauté qu'il regardait comme étant au-
370 LK DKI.llU': 1>KS PERSIUU TIOXS. dessous lie lui. Alors il no voulut pas employcM- los nioyons de voluplo qui étuicut en son pouvoir; il se uiolanuM pho- ,ail en pie ; e'élail pour se venger d'un dédain donl il ne croyait pas qu'une servante lut susceplil.le. Sous les lornies de eette pie, il eotnnienea par voler une i'ourchelte , et iiuinze jours après il prit la euiller. 11 savait bien que les soupçons ,,e se porteraient que sur celle qui était chargée du soin de l'argenterie. Ses calculs ne le (ronipèrenf pas, et, pour comble de scélératesse, le bailli-oiseau répétait avec alToclalion le nom d'Annette toutes les fois qu'on se demandait quel pouvait être le voleur. Pauvre CUe ! lu mourus sur uu éduilaud pour avoir été vertueuse; tu résistas aux sédurlions larfadéennes, et les lartadets te sacrilièrenl à leur vengeance ! Mais il est vrai que leurs coups ne peuvent
maintenant atteindre ton àme inunortelle; lu jouis dans le ciel de la présence de ton Créateur, ta lëlicile sera éternelle. Dieu . qui sans doute avait permis que les farfadets donna.<enl une preuve de leur affreuse perversité, n'a pourtant pas voulu (p.e la nu«moire restât ontacbée d'un crime <iuc U, n-avais pas commis; ton innocence a été reconnue et proclamée. Kl landis qu'on a foiulé la messe qu'on dit tous le. ans pour toi , et qu'on appelle la Messe de la pie,, l mfVune bailli brûle dans le gooUVo des enfers, et paye par des souffrances (p.i ne Uniront ja.uais les crin.es qu'il a connms sur la terre, et qui doivent être bien nombreux, puisqu d était farfadet eu même temps que bailli.
Toiijoi.i-s loiu-menlé par ses ennemis, lUMl.ignicr leur lance ces impircalions :
Incréments de la terre, exécrables émissaires des puissances infernales, je sais que je suis votre victime; mais ne croyez pas que je sois dupe de vos stratagèmes el de vos opérations nuigiques sur les bonnètes gens de ce bas nmnde,