CHAPITRE NEUVIÈME
formulaires de médecine des remèdes propres à adoucir ma triste situation; mais, hélas! je n'en ai récolté que de la déception et un accroissement de désespoir dans ma réelle affliction. Combien de fois ai-je été sur le point d'en finir avec la malheureuse existence qui me fascine depuis \Aus d'un an! Que de fois j'ai vu ma mère saisie du changement qui s'était opéré en moi !
Mais, enfin! je n'ai pas encore vingt et un ans; il y a peut-être encore chance de salut.
Je suis d'un caractère très-impressionnable, et je crois être à peu près sur (pie ce qui m'a porté celle fâcheuse atteinte n'est que le crime de Pantin ; j'en ai élé si vivement impressionné, qu'il m'en est resté quelque chose dans le cerveau. // me semble toujours qu'on veut m' assassiner , ce qui me donne une grande méfiance des personnes mêmes qui me sont le plus dévouées. De mon côté, ce qui me tourmente le plus, // me semble qu'il faut que j'assassine ; sans cesse des scènes horribles se présentent à mon esprit : j'ai toujours lit convaincante pensée que je finirai mal.
.le me suis vu pleurer quelquefois en secret , et j'en ai été le premier bien affligé, surtout quand je vois ma vieille mère faire des projets sur mon avenir; et moi qui ai dans la tète d'être peut-être un jour sou assassin !
Ce qui me prouve que j'ai la raison atteinte, c'est qu'il y a seulement deux ans j'aimais ma mère de la manière la plus sincère ; je ne passais jamais un dimanche sans être avec elle, et depuis cette malheureuse année je n'en ai pas passé le sixième auprès d'elle, et elle croit que c'est pour aller m'amuser ; elle se dit : Il est jeune. Pauvre mère ! elle se tronq)e. Je ne peux rester à peine qu un quart d'heure seul avec elle, et aussitôt la frayeur me prend.
Tenez, je vais vous l'avouer, je me suis vu à plusieurs fois être obligé de m'enfuir, le verligc me prenait; à peine
avais-je fait quelques pas dans Tescalier, que je sentais quelques larmes humecter mes paupières.
J'ai le cerveau fortement atteint, et cependant j'ai loujours eu de loin en loin des lueurs d'espoir. Quand je suis entré dans la mobile au mois d'octobre, j'espérais que le grand changement que j'allais subir et le contraste des caractères me feraient du bien ; j'en suis revenu, je crois , plus malade et plus impressionné qu'auparavant : je ne m'y suis jamais vu gai. Et comme depuis Tarjuislice, on a renvoyé la mobile dans ses foyers, je pourrais, s'il y a un remède à mon affection , le suivre en secret. Comme j'ai échappé par bonheur à cette horrible guerre , et (jue ma mère est heureuse de me revoir , je ne pourrais rester plus longtemps dans le marasme qui me tient. Maintenant que j'ai servi ma patrie, je veux tâcher de me guérir pour redevenir auprès de ma mère ce que j'étais pour elle auparavant.
Je vous en supplie, au nom de ma bonne mère, ayez la bonté de m'adresser par correspondance un traitement.
En altondant que j'aie le bonheur de voir mon vœu exaucé, je suis avec respect. Monsieur le docteur, voire très-humble et très-obéissant serviteur,
95 , rue de Ch.
J'ai fait venir ce jeune homme, et j'ai eu avec lui un très-long entrelien. Je lui ai donne toute une série de conseils écrits, lui recommandant bien de venir me trouver dès qu'il se sentirait faiblir, dès que sa conscience se troublerait par trop , dès que sa volonté menacerait de l'abandonner. Il n'est pas revenu; mais quelle cataslrophe je redoute!