‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 190 sur 234 · CHAPITRE DIXIÈME. 4ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME. 4ai

» de sa peine. Je prie AI. Henri P... et ses fils de surveiller » l'éducation du petit Pierre AI. . . Camille , je leur serai bien " reconnaissant. »

Ces prévoyantes dispositions attestent la sanité d'esprit et lenergie de la volonté du testateur. AI. B... veut que le jeune Camille soit bien élevé, qu'il reçoive une éducation distinguée, qu'il soit surveillé dans ses études, qu'il entre cbez un bon notaire, qu'il devienne lui-même notaire, q.i'il ne puisse pas aliéner de capitaux avant qu'il ait trentecmq ans, à moins que ce ne soit pour le payement de l'étude, etc., etc. Non-seulement le légataire universel est enrichi , mais il est mis en demeure de foire honneur à la fortune qui lui échoit, et, du mciue coup, il est tiré d'un milieu très-médiocre et élevé à une position recommandable. Il y a là un enchaînement logique, et cet enchaînement nous donne la mesure d'une volonté réfléchie et d'une tendresse profonde.

Dans une autre disposition , le testateur dit : « Je donne et lègue tous les biens meubles et immeubles, " que je jouirésetpossédrais à ma mort, excepté ceux dont ''j'ai disposé ci-dessus, à Pierre M... Camille, fils plus " jeune d'Elic AI..., mon filleul, qui reste avec moi, et qui » par son attacheinent maide à supporter avec moins d'amer- " tume tous les soucis et tourments que l'on se plait A me » suscités. .. » , etc.

Pour quiconque connaît les aliénés, il n'y a dans ce membre de phrase aucun indice d'aberration mentale. Alors même que AI. B. . . se serait rendu malheureux par sa faute , et qu'il se serait exagéré h lui-même les inconvénients,' les dangers et les ennuis de sa position irrégulière, il n'en est pas moins vrai que la sagesse de ses dispositions dernières dépose éloquemment en faveur de l'intégrité de son esprit. '

Le testament ne renferme ni passion , ni haine , ni colère . et ne témoigne aucunement d'une compromission parl.olle ,lu cerveau ou d un affaissement général des facultés. La rapacité civile de M. B... était donc intacte.

On a remarqué que le testateur avait pris de minutieuses précautions pour assurer IV.Uretien de son monument lunèbre, et le mettre en quelque sorte à l'abri des outrages profanateurs des méchants. Ce soin posthume de sa sépulture n'est point un fait rare , et on sait combie.i fréquemment d'égoïstes célibataires se sont plu h songer a la conservation de leur tombe, au renouvellement presque quotidien de fleurs odorantes tout autour de leur monument et à la fixation d'une rente perpétuelle pour les gages a'„n jardinier ou d'un gardien spécial, pour la célébration d'offices religieux, etc. On trouve même parfois certames clauses qui sont d'une originalité excessive, mais la lu. ,,'exclut pas l'originalité en matière de testaments.

En léguant à ses nièces une pension qui devait leur être payée par Pierre-Camille M..., M. B... a ordonné que cette pension cesserait au décès de celui-ci. Cette clause a aissé supposer que le testateur, redoutant les entreprises de ses nièces contre la vie de son légataire, avait voulu les n.le- ,e.ser à l'existence du jeune Camille M... ! U y a tres-lom de^ cette hypothèse hasardée à l'imprévoyance maladive de r.liéné- et lorsqu'on a pensé que celte clause portait le ,lchct de la folie, on a oublié ciue le véritable malade no songeait pas à prendre ses sûretés, et que, dans sa témérité pathologique , il abandonnait à l'imprévu une part /.norme - sinon la totalité - de ses intérêts matériels ou de ses aspirations confuses.

L'auteur d'une disposition n'egt jamais oblige a en dc^ <iuire les motifs, et encore moins à les justifier. Du moment qu'il jouissait de sa capacité, qu'il n'a donné que des biens

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