CHAPITRE DIXIÈME
disponibles, et qu'il l'a fait dans les lonues voulues par la loi, on réussit rarement à donner l'explication vraie d'une secrète pensée, et à coni.ncnfer l'usage qui a pu être fait de la liberté. Or, M. «... obéissait si peu à une idée délirante en lin.itant au décès du jeune Camille la durée de la pension à taire à ses nièces, que dans sou testament il a imposé les mêmes condilions à M. et madame P. ... M. B... craignait-il donc aussi pour la vie de AI. et madame P ?
Le testament de M. 15... est olographe, et lorsqu'on gênerai un acte de cette i.aturc ne renferme que des clauses essenl.ellemenl raisonnables, il y a une présomplion bien plus lortc en faveur du libre arbitre du testateur.
Ce fait, si connu de tous les médecins aliénistes, n'avait poH.t échappé à la perspicacité sagace d'un chancelier Illustre. .. II est très-diflicile , a dit d'Aguesseau , de pouvoir « supposer dai.s un insensé assez de patience, de docilité » de soumission, poui- écrire de sa main un testament qui » cont.endrait une longue suite de dispositions. „ Dans 1 espèce, l'acte testamentaire est net, précis, très-étendu et repond en tout point aux conditions, aux vœnx aux sjinpalhies et aux espérance.s du testateur. C'est en un mot, un acte mûrement souhaité et librement consenti.
Apre., nous être livrés, M. Lasègue et moi, à une discussion minutieuse et approfondie de toutes les dépositions de l'enquête et de I.. conlre-enquèle et de toutes les opinions scientifiques exprimées dans ia consultalion médico - légale de MM. Tardieu et Ba.llarger, nous posâmes les conclusions suivantes :
P Quelque exagérées qu'aient pu être les appréhensions e M. B relativement aux disposilions de ses serviteurs et quand n.me ces craintes ne seraient pas motivées ,L
„ne certaine mesure par (les acles malveillanls , elles ne
sufliraient pas pour établir l'existence d'une monomaim des
persécutions.
2" Ce n'est pas assez pour affirmer une maladie mentale . (lélluie que de relater un certain nombre de conceptions injustes et mal fondées, surtout quand ces conceptions répondent à des sentiments tels que la baine, l'avarice , la défiance ou la jalousie.
V 11 faut que ces inquiétudes prennent des proportions maladives, qu'elles se reproduisent , se combinent et s'associent de manière cà représenter un type pathologique, qu'elles exercent sur l'ensemble de la raison une inlluence qui rende le malade irresponsable et le mette bors d'étal de gouverner sa volonté et de se servir de son intelligence.
4" Dans l'espèce, la maladie mentale de M. B... n'étant supposée être qu'une monomanie des persécutions, on ne retrouve pas, dans rensend)lc des phénomènes intellectuels, les signes caractéristiques de cette forme délirante : Les aliénés persécutés étant incapables de faire exception , dans leur défiance , en faveur de qui que ce soit ;
Admettant tout au plus que quelques personnes restent en dehors du complot, mais n'admettant même pas que la justice ou la police leur soient secourables ;
Les idées délirantes de persécution ne se dispersant pas à l'aventure, tantôt sur une personne, tantôt sur une
autre ; ,
Les malades ne consentant jamais à déclarer, même a la suite des plus pressantes incitations, que leurs appréhensions ne sont pas réelles ;
Les aliénés persécutés dépouillant, en vertu même de leur délire, tout sentiment affectueux, et, à plus forte raison , toute sympathie extrême et exclusive.
5" Les hallucinations et les illusions des sens qui auraient