‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 192 sur 234 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

cxislé en 1850 ii'onl aucun dos caraclèrcs scicnlifiqucs qui seuls peuvent en garaulir la réalité. Personne n'a été témoin d'un fait hallucinatoire, et aucun acte n'a été la suite de la déception, des sens. Les hallucinations de la vue — les seules invoquées — n'appartiennent pas à la maladie dont M. B... aurait été si longtenqjs et si gravement atteint.

()" l n délire des j)ersécutions qui aurait eu une durée d'au moins neuf à dix ans aurait exercé sur les fonctions intellectuelles l'influence fâcheuse de toute aliénation prolongée. Or, les témoins s'accordent, sans exception, à déclarer qu'ils n'ont perçu ni perversion ni abaissement dans l'intelligence du testateur.

Ce serait d'ailleurs une folie peu exigeante que celle qui, durant ce long espace de temps, laisserait à l'aliéné assez d'euq)ire sur lui-même pour que dans aucune occasion il ne laissât échapper une de ses idées déraisonnables devant les étrangers, et qu'il ne se permît de délirer qu'en présence de ses servantes , à de rares intervalles , et presque toujours au moment où il lui convenait de ne plus garder ses domestiques à son service.

1° En présence des dépositions qui se réduisent à de simples propos tenus dix ans avant la rédaction du testament; en présence du témoignage même du médecin qui déclare, dans l'enquête, que -M. B... jouissait de l'usage complet de son intelligence, excepté quand il était dominé j)ar ses craintes absurdes; en considérant la façon étrange dont M. B... entendait gouverner lui-même .sa .santé, l'es iapi)orts unanimes de tous ceux qui ont été en relation d'affaires ou de plai.sir avec le testateur, il paraît que M. B... était un homme original, singulier, mobile, soupçonneux, et si ses act<}s ne répondent pas à un type délirant , en revanche , ils répondent aux habitudes de ces sortes

m LE DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS.

do caractères, qui n'excluent ni l'entente des affaires, ni la sûreté du jugement.

8° Le testament olographe fournit sur l'état mental de M. B... des enseignements supérieurs à ceux qui ré.sultent de témoignages contradictoires. U donne la mesure de son intelligence non pas en 1856, mais en 1865.

Les dispositions explicites et concordantes ne témoignent d'aucune perversimi délirante. Ce serait aller au delà des interprétations justifiables que d'attribuer l'exclusion d'un certain nombre d'héritiers à des aberrations de l'esprit, à des craintes non exprimées, quand on peut expliquer le legs fait au jeune M... par l'affection paternelle et exclusive que le testateur portait à cet enfant.

90 Tout excès de défiance doublé d'un excès de confiance doit éloigner la pensée d'une monomanie des persécutions. Il est dans la nature de cette forme de monomanie, comme de la plupart des aliénations, de s'imposer sans réserve. Témoigner à un des siens un attachement qui ne se dément pas, Vinslituer son légataire à l'encontre de ses parents, multiplier en sa faveur les garanties et les précautions, en même temps qu'on ne fait qu'une courte allusion à des idées qui devraient être dominantes et indomptables , c'est donner la preuve qu'on n'est pas sous la pression d'un délire des persécutions , avec les caractères que nous reconnaissons scientifiquement à cet étal morbide.

10" Devant un testament ainsi libellé, il est impossible d'admettre que M. B... était incapable de comprendre la portée de ses actes , qu'il obéissait à des impulsions fatales , qu'il n'était maître ni de son intelligence ni de sa volonté. Les dispositions sont assez nombreuses, le testament est assez longuement formulé, pour qu'il serve à établir la

sanilé d'esprit.

Une seule supposition possible, c'est que M. B... ait

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