CHAPITRE DIXIÈME
testé sous la pression impérieuse d'une volonté étrangère. Cette hypothèse, contredite par l'âge du légataire, n'a pas même été mentionnée, tant elle semblait injustifiable. En aj)|)el, l'arrêt suivant a été rendu : «Cour impériale dk Iîordicaux. — Testa ment du sieur B. . . — Attendu que, hors le cas d'héritiers réservataires, la loi n'intervient pour légler l'ordre des successions qu'à défaut de dispositions de l'honnne;
" Que si pour faire un testament valable il faut être sain d'esprit , la présomption est toujours en faveur de la sagesse du testateur, lorsqu'il est décédé ////^-^y/v^/^/z^v^ et que d'ailleurs le testament ne contieut pas de clauses extravagantes; que l'incapacité résultant de la démence étant donc une exccpliou, doit être justifiée ;
" Attendu que le testament olographe du 8 mai 1855, par lequel Éiie B... a institué le sieur Pierre Camille M... sou légataire universel, est attaqué pour cause d'insanité d'esprit du lostateur;
Qu'il est prétendu que depuis plusieurs années il élait atteint de la monomanie dite des persécutions, compliquée d'hiillucinations; qu'il vivait dans la crainte perpétuelle que toutes les personnes qui l'approchaient, notamment ses nièces, ses héritières naturelles, voulaient l'empoisonner, et que ses dispositions testamentaires ont été faites sous l'inspiration de ces conceptions délirantes;
» .Mais allendu que les prétendues hallucinations d'Klie B... ne sont nullement démontrées par l'enquête; que si dans une circonstance il a prétendu entendre frapper le soir à sa porte, ses servantes, qui se trouvaient seules avec lui dans sa maison , étaient trop personnellement intéressées à détourner son attention pour qu'on puisse croire qu'en réalité personne n'avait frappé, ainsi qu'elles l'affirment, alors que le fait n'a pas été vérifié;
. Que si, à la même époque, il a également prétendu avoir vu des hommes s'introduire la nuit dans sa maison et jusque dans la chambre de sa servante, ou monter sur un arbre en face des fenêtres pour voir ce qui s'y passait, et s'il est certain que dans l'obscurité , et peut-être aussi préoccupé de quelques soupçons, il se soit trompé sur l'identité des personnes qu'il disait avoir reconnues et poursuivies, il n'est nullement établi qu'il se soit égaleinent trompé sur le fait même de ces visites nocturnes, que la conduite de ses servantes était de nature à rendre parfaitement possibles et même vraisemblables;
„ Que, du reste, ces prétendues hallucinations (m illusions de l'ouïe et de la vue ne se sont pas reproduites depuis l'année 1856, époque à laquelle il s'est décidé à renvoyer les deux servantes qu'il avait alors chez lui ;
,> Que les allégations des intimés sur ce point sont donc dénuées de toutes justifications, et doivent être écartées comme n'ayant aucune réalité ;
„ Attendu que s'il est certain qu'à la même époque encore, s'étant senti dérangé après avoir mangé d'un plat de haricots, il a attribué ce dérangement à des substances vénéneuses que sa servante y aurait glissées , il est non moins péremptoirement établi par les enquêtes que ses soupçons procédaient de la crainte ciue lui insph-ait cette fille, qui le poursuivait de ses obsessions pour se faire épouser, cpe ses refus persistants irritaient et qu'il supposait vouloir se vengtr, ainsi qu'il l'a toujours déclaré ;
„ Que s'arrêtant à cette seule personne, il est évident que ces soupçons n'impliquent pas par eux-mêmes des conceptions délirantes et la monomanie des persécutions, alors surtout qu'ils ne se sont plus manifestés après le renvoi de la servante maîtresse, et jusque vers l'année 1861 ;
. Attendu que si, k partir de celte dernière époque , B...