‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 206 sur 234 · CHAPITRE OXZIKMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE OXZIKMK

temps entre l'acte homicide et l'acte suicide, ils commettront avec j)rémédilalion tel ou tel acte répréliensible (incendie, injures publiques, agression coupable contre les autorités) afin d'avoir une occasion d'être traduits devant les tribunaux, de se foire ainsi un piédestal pour l'aire connaître à la France cnlicrc qu'on ne veut j)as leur rendre justice, et qu'ils sont les victimes innocentes de leurs ennemis. Ces sortes de malades sont ordinairement dans la période d'évolution de leur maladie, que nous avons désignée sous le nom de transformalion morbide. D'autres se croient appelés à de grandes destinées, comme de sauver l'Etat, ou d'empêcher une guerre sur le point d'éclater entre deux grandes nations. De persécutés, ils deviennent volontiers persécuteurs. Ces aliénés font souvent des tentatives pour aborder l'autorité, dans la personne des ministres et même du chef de l'Etat; ils cherchent à faire intervenir dans leurs affaires personnelles les plus grands personnages, s'attribuent dans les journaux un rôle exagéré, menacent tel ou tel d'une action civile, inlentent des procès et recherchent avec avidité toutes les occasions de faire beaucoup de bruit autour de leur nom et de leur personne. Ils adressaient dans ces dernières années des pélitions au Sénat, et ils les envoient aujourd'hui à l'Assemblée nationale, témoin le sieur V... (pélition n" 2,4G7), qui demande « que des mesures soient prises contre les personnes qui s'occupent de sortilèges. •>•>

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Les j)erséculés enfin, avec Jeur apparente raison sur beaucoup de points, peuvent donner lieu à des mystifications singulières. 11 y a quelques années, un passant trouve dans une rue un j)etit paquet ficelé. Il le ramasse, l'ouvre et y trouve un billet. C'est un individu Irès-riche , dit-il, mystérieusement enlevé et séquestré, qui prévient celui qui trouvera le petit paquet qu'il faut immédiatement avertir les journaux de la série de crimes — étouffés avec un grand soin — dont il est victime depuis telle époque; et il donne l'adresse exacte de la maison de santé dans laquelle il est si odieusement retenu. Le passant, crédule, court aussitôt au bureau d'un journal, où la nouvelle fait sensation cl est insérée. L'opinion publique s'est grandement émue de ce fait, dans lequel je me suis trouvé impliqué.

Au moment même où « un basard providentiel venait de faire découvrir le fait inouï de la plus criminelle séquestration » , j'étais envoyé , par une ordonnance de référé de M. le président du tribunal civil de la Seine, dans une maison de santé, à l'effet de me livrer à l'examen le plus minutieux des facultés mentales de M. le docteur M..., retenu comme aliéné déjà depuis longtemps et frappé d'interdiction, et qui, par le fait du décès récent de sa mère, âgée de quatre-vingt-douze ans, venait d'être appelé à bériter d'un peu plus d'un million. Le docteur M... avait à cette époque soixante et un ans. 11 vivait séparé de sa femme, et avant de tomber malade il

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