‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 21 sur 234 · CHAPITRE DEUXIÈMi · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈMi

langue lui ont parlé toutes les voix qu'il a entendues, et il répond : « On parlait autrefois en français, niais les choses ont pris une autre tournure, et l'on a tenu alors certains propos en italien. Cela n'est pas étonnant, le docteur M... parle l'italien , et l'un des domestiques de la maison parle également l'italien. Du reste, la langue n'y fait rien; on peut communiquer tant de choses par un regard ou par un geste , même lorsqu'on est très-loin de la personne sur laquelle on veut agir! «

Kn vertu d'une des nombreuses fantaisies de son délire, H... a donné le nom de Hazebrouck à l'individu — trèsprobablement imaginaire — qu'il a rencontré en mars 18G7, dans un café à Amiens, et qui l'aurait grossièrement injurié. Depuis ce temps, de nouveaux griefs se sont accumulés dans l'esprit du malade, et cet Hazebrouck est devenu l'éditeur responsable d'une foule d'outrages et de persécutions. B. .. nourrit un ressentiment profond contre ce personnage, et malgré la bonhomie qu'il affecte en parlant de lui , on voit qu'il caresse intérieurement l'espoir de quelque vengeance... 11 y a là un danger véritable pour l'ordre public et la sûreté des personnes, car le premier venu peut ressembler à cet Hazebrouck et tomber un jour sous les coups de B...

Indépendamment des certificats, notes et rapports qui émanent de MM. Mesnet et Motet, nous trouvons un certificat de M. Bureaux, une consultation de M. Ach. Foville, deux rapports officiels distincts de MM. IJlanche et Bouneau, et une consultation de M. Lasègue et d'un autre praticien. Ces documents sont étendus, circonstanciés, nets et concluants. Ils ne laissent aucune place au doute, relatent avec un soin scrupuleux les particularités morbides de l'état nïental de B..., et ils déposent à l'unanimité en faveur de la mamtenue du malade dans un asile d'aliénés.

42 LE DÉLIRE DES l'ERSÉCUTIOXS.

Dans de nombreuses lettres qu'il adresse à sa feiiiuic, à des parents , aux médecins de la maison et aux pouvoirs publics, li... se livre à des récriminations injustes, à des appréciations erronées , à des accusations de toute nature et cà des violences de langage qui ne dépeignent que trop exaetement les troubles profonds et graves de sa raison. Ses écrits sont en harmonie avec ses paroles. Malgré les apparences d'une intelligente activité, malgré les dehors calmes d'un homme raisonnable, malgré certains efforts de dissimulation, B... se livre et se condamne lui-même, soit qu'il parle, soit qu'il écrive.

Comme pièces annexées au dossier, nous avons encore trouvé un mauvais couteau et de fausses clefs. Ces objets ont été très-récemment saisis dans les poches du malade, ils devaient ser\'ir, selon toute apparence , à faciliter une évasion prochaine.

De l'exposé de tous les faits qui précèdent, nous aroMS cru pouvoir faire ressortir les propositions suivantes :

1» B..., après avoir présenté des accidents dus à une intoxication alcoolique très-légère, est atteint auj^^urd'hui de délire partiel, caractérisé par des hallucinations 4e l'ouïe , des idées de persécution et des impulsions dangereuses ;

2" Cet état, qui parait suivre ttne «marche chronique, exige des soins prolongés et une surveillance so,ia4enue;

3° Il serait Irès-impa-udent de mettre le malade eu liberté.

B..., avant même que le tribunal civil de la Seine eût pris eonnaissance du rapport, avait été interné par sa famille <lans la maison de Charenton. 11 s'en est évadé au bout d'un an ou de dix-huit moi«.

Qu est-il devenu depuis"?

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