‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 22 sur 234 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Caractère des hallucinalions de l'ouïe. — Absence ou rareté des hallucinations de la vue.

Dans le délire des persoculions , sans intoxication alcoolique préalable, l'absence des hallucinations de la vue peut être considérée comme la règle ; les exceptions qu'elle souffre sont infiniment rares et n'ont pas de signification. Lorsque les hallucinations de l'ouïe ne débutent pas d'emblée, le malade commence par donner une fausse signification aux bruits réels qu'il entend : une porte qui s'ouvre, des gens qui causent dans la rue , une parole dite près de lui, le pas de quelqu'un qui marche, tout est matière à son délire. Les faits les plus insignifiants l'étonnent, l'intimident ou l'effrayent. Les hallucinations véritables ne débutent en général que plus tard, et à une époque variable. En quoi consistent-elles? L'aliéné entend soit des gens qui parlent de lui, qui répètent ce qu'il a fait ou dit chez lui, qui publient ses actes les plus intimes ou ceux de sa femme, qui racontent ce qu'ils vont lui faire subir, soit des menaces et des injures directes, ou bien encore des accusations de meurtre, d'empoisonnement. La nuit, on s'amuse à faire du bruit pour l'empêcher de dormir; on l'insulte des chambres voisines-, il y a des voix qui parlent dans sa cheminée. Il s'entend dire bien des choses , sans découvrir jamais ceux qui lui

parlent, il ne cherche même pas à les voir, ou si, lanuil, il se lève pour les découvrir, ils disparaissent silot que la hougie est allumée; souvent il ne les poursuit pas; ils le persécutent sans être vus et s'enfuient soit dans une autre chamhre , soit chez ses voisins, dans un endroit enfin que souvent l'aliéné désigne , mais où il ne songe pas à les rejoindre. Il importe d'insister beaucoup sur ce caractère, qui a une valeur considérable, comme nous le verrons plus loin.

L'organe de l'ouïe fournit donc les premières sensations sur lesquelles s'exerce l'intelligence pervertie. «Le malade, dit M. Lasègue, entend des lambeaux de conversation qu'il interprète et' qu'il s'applique; les gens avec lesquels il est en contact ont dû parler de lui; les bruits mêmes qui se produisent le plus naturellement, le passage d'une voilure, le pas d'un homme qui monte un escalier, une porte qui s'ouvre ou qui se ferme , sont l'objet de ses commentaires. Les conversations directes qu'il soutient, les querelles qu'il provoque dans sa mauvaise humeur, l'émeuvent peu, et ne donnent pas matière à ses suppositions inquiètes. On ne saurait mieux le comparer qu'à ces sourds d'une nature soupçonneuse, qui croient toujours qu'on parle d'eux, et qui, fort émus des propos qu'ils n'entendent pas, s'indigneraient peu des injures qui parviendraient à leurs oreilles. Une fois sur cette pente, l'imagination ne s'arrête plus; après avoir essayé de vagues présomptions , l'aliéné finit

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